Partager l'article ! Trenberth s'interroge.: Le réchauffement climatique que nous constatons depuis plusieurs décennies est prévu s'amplifier dans ...
Le réchauffement climatique que nous constatons depuis plusieurs décennies est prévu s'amplifier dans des proportions si considérables qu'il est probable que des conséquences désastreuses pour l'humanité et les écosystèmes se produisent.
Dans ce contexte, la relative stagnation des températures de la dernière décennie (certes la plus chaude selon les organismes de mesure), la rigueur de l'hiver aux US, les quelques buzz qui affectent le GIEC (emails, mauvaises citations, Pachauri,...), j'en passe, font un peu désordre.
Les scientifiques font bloc, plus ou moins, pour défendre la probité de ceux qui sont attaqués et pour s'offusquer, à juste titre, des méthodes employées par certains lobbys, pour lesquels la moindre perspective d'une "croissance différente" est un casus belli.
Cependant, malgré ce qu'on voudrait nous faire croire, les scientifiques ne sont pas des êtres bornés ou pire des affidés à on ne sait quelle volonté de complot planétaire.
Bien au contraire, ce sont des gens intelligents, parfaitement conscients des imperfections de leur science.
Mais ce sont aussi des êtres humains et à ce titre, contexte politique aidant, ils obéissent à des attitudes que ne renierait point Panurge.
Il m'est tout à fait insupportable que l'immense majorité des critiques concernant la réalité, l'origine, et les conséquences du RCA, provienne de gens souvent incompétents et/ou orientés.
C'est pourquoi je n'en parle que très rarement dans ce blog.
Par contre, il me semble intéressant de signaler la démarche de certains scientifiques, semble-t-il de plus en plus nombreux, qui pointent les imperfections et les portent à la connaissance d'un public, certes un minimum, averti.
Dans ce cadre, depuis quelques années, Kevin Trenberth oeuvre dans le domaine du bilan radiatif de la planète et en souligne les incohérences.
Je vous invite donc à prendre connaissance de cet article, plutôt facile à lire, dans lequel Trenberth développe l'inadéquation entre les mesures TOA (bilan radiatif mesuré au sommet de l'atmosphère) et le flux de chaleur réchauffant la Terre.
J'en extrais la figure 1 où l'on voit apparaître ce que Trenberth appelle l'énergie manquante (missing energy).
Il n'est pas normal que, pour la compréhension de notre système climatique, nous ne soyons pas encore capables de vérifier, par différents moyens, nos différentes mesures de bilan radiatif.
Car tout de même, il s'agit de 2W/m2, soit une valeur supérieure à l'estimation totale du forçage depuis l'époque préindustrielle.
Cela doit être un effort continu que d'arriver, dans ce domaine, comme dans d'autres, à une science qui puisse reposer sur des observations fiables et cohérentes.
Plus généralement, on peut signaler que des scientifiques du climat, de plus en plus nombreux, éprouvent le besoin de coordonner, à grande échelle, leurs recherches, en vue de diminuer l'incertitude climatique.
On suivra ainsi le devenir de l' "Earth-system Prediction Initiative for the 21st Century" qui me semble être, entre autres et bien que cela ne soit pas clairement dit, une volonté de distanciation ou d'émancipation vis à vis du GIEC.
"Donc je pense qu'il a également vocation à devenir un interlocuteur des gouvernements ou des acteurs en by-passant le GIEC, jamais cité dans ce rapport ou quasiment."
et j'insiste sur ce qui me semble être une mauvaise interprétation . Dans ton dernier article d'ailleurs, tu le dis
" le Groupe continue (doit continuer) de défendre le principe selon lequel il ne fait pas de recherche mais évalue plutôt les études publiées."
l'objectif n'est donc pas particulièrement de shunter le GIEC, c'est à priori sans objet. L'EPI essaie de répondre à un besoin opérationnel qui émerge mais qui se situe au niveau de la prévision méteorologique. Dans un premier temps, il faut s'attendre à ce que ce soit le GIEC qui serve de correspondant de ce nouvel organisme. C'est logique puisque c'est lui qui est le correspondant des institutions internationales. Evidemment, il y aura aussi des interactions directes avec les gouvernements individuels ..tout comme il y en a avec l'OMM.
C'est peut être aussi une coincidence le Nino de 98
Pour ce qui concerne les mesures ARGO de 2008, c'est vraiment très récent: le temps de dépouiller, synthétiser, rédiger...ça fait vraiment très court mais tu as raison: on devrait arriver à détecter une augmentation de chaleur.
La Nina, ça correspond à un épisode pendant lequel le Pacifique tropical est relativement dégagé. L'eau se réchauffe donc pendant le temps du déplacement vers l'ouest.Il y a donc accumulation de chaleur
on voyait que lors du nino 97-98 le bilan radiatif net était positif, ce qui voulait dire qu'il rentrait plus qu'il ne sortait, donc que le forçage (ou le déséquilibre) était positif.
D'ailleurs cela correspondait à une augmentation de la chaleur dans l'océan, il y a vait une logique.
Donc je pensais que le forçage (ou le déséquilibre) était positif pour les nino et négatif pour les nina.
Mais apparemment je m'étais gourré et il ne fallait pas généraliser sur cet exemple.
tu vois ce que je veux dire?
Il s'agit de mettre en place un Programme de Recherche dont l'objectif sera de faire de la prévision de l'évolution du climat, cad de tenir compte de la variabilité interannuelle et pluri décennale (alors que l'on ne prévoit jusqu'à présent que les tendances et non pas le détail de cette évolution.
Ce n'est pas au GIEC de déterminer quelle sera l'évolution de la recherche, c'est au WCRP (Programme Mondial de Récherche sur le Climat) et ceci est le produit du travail du WCRP tout comme la CCM3 qui concluait aussi sur la nécessité de passer à cette étape.
Si l'EPI voit réellement le jour, il risque de devenir par contre, la référence incontournable puisque son intention va jusqu'à par exemple fournir:
" Information systems to deliver timely, user-friendly, and issue-targeted input into decision-making for risk reduction, adaptation, mitigation, and sustainable development. This necessitates engagement with users of environmental information to assess and incorporate their requirements (ICSU 2008)."
Donc je pense qu'il a également vocation à devenir un interlocuteur des gouvernements ou des acteurs en by-passant le GIEC, jamais cité dans ce rapport ou quasiment.
Enfin c'est mon impression...
D'abord en ce qui concerne les mesures océaniques, il y a une véritable rupture qui s'est opérée avec la mise en place du réseau ARGO. Ca ne s'est pas fait en un mois et il est probable que les pbs techniques n'aient pas encore été tous résolus.
En ce qui concerne la mesure du bilan radiatif: il y a deux sources d'erreur majeures, outre les pbs de précision instrumentale.
Le premier concerne la directionnalité des mesures: depuis un satellite, on vise un endroir de la planète (un pixel) sous un angle particulier alors que le flux à mesurer est l'intégrale sur 2 pi steradians. Il faut donc transformer une mesure de radiance (luminance en français) en flux. Ca implique de connaître la distribution angulaire du rayonnement. En IR, c'est pas trop anisotrope mais en courtes longueurs d'ondes (en solaire), c'est un gros pb. CERES a la particularité de pouvoir effectuer un balayage qui explore un peu les différents angles mais sur des scènes à priori différentes
Le deuxième pb est un pb d'échantillonnage: le satellite passe à un moment donné et on doit en déduire la valeur du flux en moyenne journalière. Dans les régions convectives, on comprend facilement que ça provoque un biais qu'on corrige avec un modèle d'évolution diurne basé sur l'utilisation des observations des géostationnaires mais ces satellites ne comportent pas de mesures du bilan radiatif (sauf Meteosat).
Tout ça pour dire que 2 W/m2, ce n'est pas un objectif très facile à atteindre.
Par contre, ce qui est très important, c'est de voir que (enfin!), on en arrive à l'étape où on commence à essayer de boucler les bilans. Quand on a lancé ERBE (dans les années 80), on en était bien loin.
Trenberth dit ceci en citant deux références:
"Tracking relative changes in Earth’s energy by measuring incoming solar radiation and outgoing infrared radiation, and thus changes in the net radiation, seems to be at hand (8, 9)."
Il a l'air de dire que c'est cohérent avec l'épisode Niña qui absorbe de l'énergie (ce qui infirme d'ailleurs ce que je pensais).
Ensuite pour les ARGO on devrait être assez précis maintenant pour détecter une augmentation de la chaleur pendant 2007-2008 et puis les SST suivent la chaleur océanique, en gros donc ça confirme la baisse du flux de réchauffage.
Bref ça cloche dur de mon point de vue...
Ah oui j'ajoute ceci dit par Trenberth:
"Is the latest El Niño a manifestation of the missing energy reappearing?"
Là tout de même, il charrie un peu ou alors il ne fait aucune confiance au bilan qu'il produit tout en disant que les conditions de mesures s'améliorent.
Pas évident tout ça...