Partager l'article ! réchauffement des abysses: A la suite de l'article précédent sur Lyman et al 2010, signalons un article paru e ...
A la suite de l'article précédent sur Lyman et al 2010, signalons un article paru en 2007 dans Journal Of Climate.
Il s'agit de:
Recent Bottom Water Warming in the Pacific Ocean
GREGORY C. JOHNSON
NOAA/Pacific Marine Environmental Laboratory, Seattle, Washington
SABINE MECKING
Applied Physics Laboratory, University of Washington, Seattle, Washington
BERNADETTE M. SLOYAN AND SUSAN E. WIJFFELS
CSIRO Marine and Atmospheric Research, Hobart, Tasmania, Australia
et concerne l'augmentation de chaleur dans les abysses du Pacifique, soit à des profondeurs sous 3000-4000m.
en voici un extrait:
"Between 3000 m (or 4000 m in the case of P06) and the bottom these estimates of heat flux range from 0.01W/m2 along 47°N (P01) to 0.06W/m2 along 170°W south of the equator (P15S). These values are between 5 and 30% of the heating trend of 0.2 W/ m2 estimated for the 0–3000-m World Ocean heat content change between 1955 and 1998 (Levitus et al. 2005) and between 2% and 10% of the heating trend of 0.6W/m2 (per unit area of the earth’s surface) estimated for the 0–750-m World Ocean heat content change between 1993 and 2003 (Willis et al. 2004).
Thus, abyssal Pacific Ocean heat content variations may contribute a small but significant fraction to the earth’s heat budget."
Les flux indiqués sont des flux rapportés à l'ensemble de la surface terrestre s'ils étaient généralisés à l'ensemble des abysses océaniques (si j'ai bien compris).
Les flux les plus importants, 0.06W/m2, concernent cependant une petite période 1996-2001 (voir tableau 1)
Il semblerait également que le réchauffement abyssal se soit produit à partir des années 90
selon ce deuxième extrait:
"Interestingly, all the abyssal Pacific warming signals are smaller than those recently reported in an analysis of repeat section data in the western basins of the South Atlantic (Johnson and Doney 2006). The same calculations made above applied to these repeat section data result in a value of 0.2 W/ m2 below 3000 m between 2005 and 1989–95 and from 60°S to the equator in the southwest Atlantic. Again, this number represents the impact that these regional changes in ocean heat content would have on a uniform surface heat flux distributed over the entire earth (not just the ocean) were they representative of changes throughout the abyssal World Ocean."
S'il avait lieu sur l'ensemble de la surface terrestre, et suivant Johnson et Doney 2006, les abysses de l'Atlantique occidental sud auraient absorbé un flux thermique correspondant à 0.2W/m2.
Ce que j'en pense
Ce dernier flux, trouvé au fond de l'Atlantique, serait bien sûr considérable, s'il s'appliquait à l'ensemble de l'océan, et prouverait, en tout état de cause, que les températures abyssales peuvent varier de façon significative en des temps relativement courts.
Il n'y a pas d'étude globale des abysses, mais un flux de l'ordre de 0.1 W/m2, ramené à l'ensemble de la surface terrestre, semblerait dans le domaine du possible.
Si on ajoute un flux du même ordre pour la couche intermédiaire, entre l'océan supérieur et les abysses, on atteint, avec Lyman et al. 2010 un flux global de l'ordre de 0.8-0.9W/m2 soit encore plus proche du déséquilibre radiatif de 0.85 W/m2 trouvé par Hansen 2005 .
Pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec cette notion de déséquilibre radiatif on peut dire simplement que ces 0.85W/m2 représentent le flux de chaleur stocké par l'océan, du fait de son inertie thermique, et n'ont donc pas été utilisés pour augmenter la température de surface.
Si on adopte un coefficient de sensibilité climatique de 0.81K.m2/W, cela correspond à un déficit de température de 0.7K à l'équilibre.(virtuellement "in the pipe")
Dans le cas particulier du réchauffement climatique que nous vivons, l'océan joue bien son rôle de modérateur, comme il le joue, de façon bien connue et familière, dans le climat en général.
On ne s'emballera évidemment pas, car si les mesures de l'océan supérieur semblent difficiles, que dire de celles de l'océan profond et abyssal.
Néanmoins tout ceci ouvre des perspectives intéressantes pour la résolution du bilan radiatif global.
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Mais je ne partage pas la façon de traiter les données disponibles par ces scientifiques. Les anomalies relevées dans les données devraient appeler à bien plus de prudence dans l'élaboration de conclusions. Elles sont tellement grosse que ne pas en parler discrédite l'ensemble de la construction.
"There is still a good deal of uncertainty in observational estimates of ocean heat content during the 1990s and into the early part of the 2000s. This is because of known biases in the XBT data set, which are the dominant source of ocean temperature data up until 2003 or 2004. Numerous authors have attempted to correct these biases, but substantial difference remain in the “corrected” data. As a result, the period from 1993 to 2003 still has uncertainties that are probably larger than the natural or anthropogenic signals in ocean heat content that happen over a period of 1 to 3 years. However, the decadal trend of 10 to 15 years seems to be large enough to see despite the uncertainties. Because Argo begins to become the dominant source of temperature data in about 2004, the period from 2000 to 2005 is especially worriesome because of the transition from an XBT-dominated estimate of ocean heat content."
Dans un autre commentaire il précisait que vu la quantité de données disponible avec le système Argo, il n'était plus nécessaire de faire des traitements statistiques sophistiqués.
A partir de ce qu'il a dit si nous regardons les courbes il y a une croissance significative de la chaleur contenue dans L'océan avant 2000, mais le rythme de cette croissance est bien en dessous de la droite en pointillé rouge de ton graphe qui elle se concentre sur le raccord du début des années 2000 qui ne semble pas fiable du tout. Depuis 2003 nous avons un plateau, la durée de 7 ans semble suffisante pour de la tendance car cette période est mieux mesurée. C'est ce qui avait initié le débat entre Kevin Trenberth et Josh Willis notamment sur la chaleur manquante dans un autre post sur le même blog.
Je ne vois pas de consensus sur la quantité de chaleur contenu dans les océans. Ce sujet continuera à faire débat pendant quelques années. Dommage c'est un bon marqueur, plus intéressant que la température moyenne ou les extensions de glaces polaires qui dépendent d'autres facteurs locaux ou court terme et qui au final sont peu représentatifs de la situation globale long terme.
Bonne soirée
Bah ce n'est pas l'avis de Gavin Schmidt mais bien celui de l'équipe qui a mené l'étude sur la chaleur de l'océan supérieur et qui faisait l'objet d'un article présenté par Gavin Schmidt.
Cette étude dont je donnais le lien dans l'article précédent (chaleur de l'océan une mise à jour) était la suivante:
Robust warming of the global upper ocean
John M. Lyman,
Simon A. Good,
Viktor V. Gouretski,
Masayoshi Ishii,
Gregory C. Johnson,
Matthew D. Palmer,
Doug M. Smith
& Josh K. Willis
je suppose que tu as vu que Josh K Willis faissait partie de la bande.
donc il a changé d'avis, ça arrive à tout le monde.
Mais mon but ici n'est pas de dire qu'il y a consensus ou qu'il n'y a pas consensus, c'est de décrire l'évolution de la connaissance dans ce domaine.
Ce que je constate, mais je n'oblige personne à penser comme moi, c'est que, pas à pas, il semble que se dessine, à partir d'un faisceau d'études dont j'ai déjà parlées, une tendance à une constatation d'une augmentation de la chaleur de l'océan au cours de ces dernières années.
Je peux difficilement être plus prudent tout en reconnaissant, évidemment, que la messe n'est pas dite.
Il y a énormément de choses dont je suis sur à 100% : les mathématiques mais aussi bien d'autres concepts, notamment les concepts auto-définis comme l'intelligence ou la bêtise. Nous définissons l'intelligence par rapport à nous même (l'être humain) tout comme la bêtise. Il est donc sûr que l'être humain est intelligent mais aussi qu'il est bête. L'histoire et l'actualité le montrent clairement.
Que tu sois convaincu de l'origine humaine du réchauffement climatique montré par la moyenne des températures sur les dernières décennies du 20ème siècle est une attitude raisonnable et respectable, comme toute croyance est respectable. Que cette conviction soit un prérequis pour entreprendre une démarche de vérification scientifique est normal. Il me semble que c'est Einstein qui disait qu'une croyance quasiment religieuse en un concept était écessaire pour avoir envie d'avancer.
Il est aussi psychologiquement normal que l'on voit très vite ce qui semble correspondre à nos croyances et que l'on ait tendance à occulter ce qui ne colle pas.
De mon coté j'ai changé trois fois d'avis, je croyais fortement en l'influence de l'homme dans le réchauffement. C'est en cherchant des confirmations que je me suis rendu compte que les hypothèses étaient trop simples et les données insuffisantes pour pouvoir affirmer quoique ce soit. Les spécialiste pointus de certains domaines le mettent rapidement en évidence. Les glaciologues par exemple s'intéressent à la température mais surtout au régime des pluie et à d'autres facteurs saisonniers lorsqu'ils analysent le comportement des glaciers. Les affirmations rapides sur les glaciers émises aussi bien par les sceptiques et les réchauffistes ne nous mènent pas très loin.
De ton coté tu peux être sûr à 100% de l'origine humaine du réchauffement, mais pour convaincre d'autres personnes il faut que tu amènes des informations précises, sûres, vérifiables et cohérentes. Pour l'instant ni un camp ni l'autre n'arrive à cela. Le débat serait déjà clos. Tu peux continuer à écrire sur la température moyenne de surface, parler de records cela ne représente pas grand chose. La quantité de chaleur de l'océan reste un indicateur aussi fiable même si la quantité stockée dans les abysses n'est pas bien connue. Dans la dernière mise à jour de la NOAA cette quantité de chaleur reste toujours quasiment stable malgré les "records" de la moyenne de surface. Cela n'est pas plus une preuve mais c'est indicateur non corrélé avec cette température de surface. Il reste un peu de travail pour réconcilier tout cela.
au sujet de l'enregistrement NOAA lire ceci dans realclimate:
"The latest paper is a consensus effort from many of the people involved in the previous work and shows how robust the recent decades warming of the ocean has been. Indeed, the ‘best estimate’ for the changes in the top 700m seems to be a greater warming than seen in the NODC data and more than even the models were suggesting:
Il est clair qu'on ne peut utiliser les données brutes concernant la mesure de la chaleur de l'océan.
Cette mesure appartient à des spécialistes qui savent exploiter les données, corriger les biais, etc etc. et apparemment les gens de NOAA ne l'ont pas fait.
Alors bien sûr, c'est fragile, mais, encore une fois, si on ne parle de ce qui est sûr à 100%, on ne parle de rien.
Quant à ma "croyance" que le réchauffement est anthropique, elle est basée sur des choses relativement simples dont on est sûr à presque 100%.
En effet, ajouter une substance qui absorbe les IR (sûr à 100%) dans l'atmosphère augmente l'épaisseur optique de cette dernière (sûr à 100%) et donc provoque un forçage positif qui augmente la température au sol (sûr à 100%).
Tout cela est aussi sûr que le fait de faire chauffer de l'eau sur une plaque chauffante.
Ce qui est moins sûr c'est la force du forçage négatif des aérosols, c'est la force des rétroactions, c'est la connaissance d'un facteur d'amplification du forçage solaire, et un tas d'autres choses ..
Il n'en reste pas moins qu'on a posé la casserole sur la plaque chauffante et ça oui j'en suis sûr.
On peut toujours extrapoler mais c'est comme de construire une maison sur du sable. Cela tiendra ce que cela tiendra. Ce n'est pas une attitude raisonnable.
C'est ton avis que ce n'est pas raisonnable.
L'extrapolation est un exercice de raison qui peut se baser sur des résultats partiels.
Il est à peu près évident que les abysses se sont réchauffées car il y a une dépendance non moins évidente avec la température des eaux de plongée et plus généralement des eaux de surface.
Le problème est que, pour le moment, on n'avait pu mettre en évidence la moindre tendance.
Cette étude, que tu le veuilles ou non, prouve le contraire, du moins sur certaines zones du Pacifique et de l'Atlantique.
Je trouve plutôt bien que des mesures confirment ce qu'on devrait, logiquement, observer.
A moins qu'il existe je ne sais quel frigo dans les abysses...
Maintenant, si on attend d'être sûr à 100% de tout, on ne dit plus rien.
Au fait de quoi es-tu sûr à 100%?