Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 15:47

 

 

blandine

(Le martyre de Blandine en 177 à Lyon. il s'agit là d'une vraie sainte puisqu'elle apitoie les lions, mais pas le taureau - pas montré pour âmes sensibles- toute ressemblance avec une personne évoquée dans cet article est fortuite...)

 

 

 

ou une petite disgression sur les sceptiques suite à quelques échanges sur le blog de Libé.

 

 

 

 

 

Vous avez sans doute remarqué qu'une nouvelle espèce est apparue dans le bestiaire sceptique, pourtant déjà bien fourni.

 

Il s'agit de sceptiques, dits "intelligents", ayant sans doute, à la base, un niveau intellectuel développé, mais absolument ignares en sciences du climat.

 

 

Bien entendu, ils revendiquent cette ignorance crasse, faisant mine de s'y complaire, tout en exhibant la force de leur prétendue logique ou de leur "bon sens".

 

Lorsqu'ils rencontrent de véritables experts sur des blogs assez fréquentés, comme celui de Libération, ils prennent  le rôle du pauvre martyr qui n'obtient pas les réponses, pourtant simples, (m'enfin!) qu'ils demandent pour éclairer leur petite lanterne.

 

Bien entendu le but n'est certes pas de faire avancer leurs connaissances, pensez donc!

 

Il est à l'évidence celui, comme pour tout bon sceptique, du basique au plus sophistiqué, de semer le doute.

 

Alors si certains d'entre vous, chers lecteurs, sont neutres ou agnostiques, et pourraient être amenés à prendre fait et cause pour ces "pauvres martyrs victimes de vilains scientifiques qui ne veulent pas leur répondre", je voudrais vous soumettre un exemple assez révélateur de leur propre incohérence.

 

Voici donc, en guise d'illustration et pas pour de l'ad hominem, un copié-collé d'un extrait de message sceptique paru dans le blog, très couru, de Libération, dont la rubrique science est tenue par Sylvestre Huet.

 

 

" ..... Sa remarque que je ne demandais pas au bon endroit est assez illustrative : au lieu de réponses factuelles scientifiques, je recueille en général un tas de digressions sur qui je suis, ce que je devrais faire si j'etais un bon garçon,mes motivations personnelles voire secrètes, là où il faut poster ou là où il ne faut pas , et si je (ou d'autres dans le même genre) ne comprends pas, on censure , voire on ferme le forum à la discussion. C'est extrêmement étrange. Je ne demandais au départ que des éclaircissements sur les faits ayant conduits à la certitude qu'pn affiche.

 

d'autant plus étrange qu'il ne faut pas chercher midi à 14heures : tout le monde sait très bien ici pourquoi on dit que la sensibilité est entre 2 et 4,5 °C : c'est parce qu'on fait tourner plein de modeles par ordinateurs et c'es( ce qu'ils donnent, et voilà; y a pas besoin d'avoir fait polytechnique ni de maitriser la théorie quantique des champs pour le comprendre, tout le monde sait ce qu'est un ordinateur et comprend à peu près ce qu'est un modèle de climat, ça ressemble à la météo mais en plus long.


Bon, et y a pas non plus besoin d'etre super calé pour comprendre le contre argument : les modèles sur ordinateurs sont imprécis et peuvent louper des faits physiques, et ils ne sont pas fiables, surtout quand leurs propres résultats divergent d'un facteur 2, on ne peut absolument pas appeler ça une théorie précise, et donc meme l'intervalle de valeurs données n'est pas fiable.

Cette discussion n'est absolument pas COMPLIQUEE; faut quand meme pas prendre les gens pour des imbéciles. L'argument et le contre argument sont simples, on y croit,ou pas, mais pas parce que c super trop compliqué à comprendre."

 

 

 

Autrement dit, pour résumer, et là c'est un meteor sceptique qui parle:

 

 

" je demande des éclaircissements mais, de toute façon, c'est pas compliqué, tout le monde sait que j'ai raison et que vous êtes tous des cons"

 

 

Alors pauvres agnostiques, comment voulez-vous que les experts tombent dans de tels traquenards!

 

 

PS:vous avez le droit d'encadrer ce copié-collé ou de le mettre à la poubelle, comme vous le souhaitez.

 

Par meteor - Publié dans : sceptiques - Voir les 290 commentaires
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Commentaires

je parlais du rendement : on s'en est bien préoccupé naturellement. Une précision : mes t(C), t(I) etc... sont les taux relatifs d'accroissement de chaque grandeur , mathématiquement c'est dC/Cdt , dI/Idt , etc .. qui s'exprime en % par an (comme l'inflation ) . Ces taux sont en fait des dérivées logarithmiques (=d(lnC)/dt , etc ...) et sont donc *additifs* pour des grandeurs *multiplicatives* (comme celle que j'ai écrites) : si le PIB est le *produit* de la consommation énergétique par l'efficacité alors son taux de croissance est la *somme* des taux de croissance des deux autres.

En revanche le taux n'est pas calculable simplement pour une somme comme ton C = Cf+Cr+Cn . si les fossiles représentent 90 % du total, et décroissent de 1% , il faut augmenter de 10 % le reste pour maintenir C constant, et de 20 % pour faire croitre C de 1 % : c'est donc un effort bien plus grand à faire.

Il faudrait que tu te calcules, pour avoir un ordre de grandeur, combien il faut construire de centrales nucléaires, ou d'éoliennes, ou de panneaux solaires, pour compenser juste 1 % de production pétrolière en moins; et après le pic, la dépletion pourrait etre de plusieurs % par an. Si tu ne sais pas faire le calcul, je peux te donner le résultat, mais c'est plus instructif de le faire soi meme.

Et l'image que tu donnes (les pays chauds et désertiques à base de panneaux solaires, des chauds et tropicaux à base de biomasse), ça ne marche juste pas. Ces pays existent déjà,ils ont déjà tout ça, et ça ne suffit pas. Avec 1GW électrique dans le désert, et sans fossile, tu ne fais juste rien d'interessant. Qu'est ce que tu mets derriere pour traverser le désert ? les centrales dans le désert n'ont jamais été proposées pour développer les pays pauvres, mais pour alimenter les pays riches qui se gorgent de pétrole ET d'électricité. Encore une fois, il y ZERO pays industriels avec ZERO fossiles, et meme ZERO sans une grande proportion de fossiles, et aucun pays ne se développe sans eux.
Commentaire n°1 posté par Gilles le 16/03/2011 à 07h01
"pourquoi penses-tu qu'on ne s'en est pas préoccupé jusqu'ici ?"

De quoi parles-tu en l'occurrence? De l'énergie ou du rendement ?

Si c'est l'énergie, on ne s'en préoccupe pas car comme tu le fais toi-même observer, il se trouve encore nombre d'économistes qui réfléchissent sur la croissance sans se soucier le moins du monde de ses contraintes physiques. Et de manière générale, on raisonne par court terme uniquement en se disant que la transition se fera de toute façon, qu'elle n'appelle pas une réflexion particulière et le cas échéant des efforts coordonnés. La seule chose qui soit présentée comme un problème de long terme dans le débat public, c’est le réchauffement climatique.

Quand on veut améliorer le rendement d'un procédé existant, il est tout à fait normal de raisonner à court terme, on a une contrainte technique locale et on cherche les meilleures méthodes du moment pour la surmonter. Mais cet effort n'a de sens que dans une réflexion plus large sur l'avenir du procédé en question. Si on aboutit au bout de trente ans à un procédé rendu parfaitement efficace mais dont la source primaire d'énergie est devenue hors de prix, voire indisponible, ben les efforts se révèlent assez vains.

Sinon, le terme t(C) de ton calcul est celui dont on parle, sa projection à l’échelle du siècle est composée des sous-termes Cf (quel niveau de ressources fossiles exploitables à quel coût), de Ce (éolien), de Cn (nucléaire fission U), de Cs (solaire thermique et PV), de Cm (marée), de Cg (géothermie), de Cb (biomasse de chauffage et de carburant), de Ci (composante inconnue résultant des avancées sur la fission de nouvelle génération, la fusion, les carburants OGM, l’hydrogène, …).

Chacun de ces termes est évolutif, le rendement actuel d’une source quelconque (voire ses réserves) est provisoire. Par exemple, comment les naonotechnologies peuvent impacter les capteurs solaires, comment les biotechnologies peuvent transformer les agrocarburants… ce sont des conjectures, on ne peut pas dire « il ne se passera rien de sérieux » ni « tout sera chamboulé par nos progrès rapides » (ou plutôt on peut le dire mais ce sont de simples supputations qui en disent plus sur la psychologie de celui qui les émet que sur la réalité).

Il faut se demander : si je veux produire 1 GW dans tel pays, je peux le faire à partir de quoi et à quel coût (en dehors du fossile) ? La réponse n’est pas généralisable, un pays qui a par exemple 40% de zones désertiques à forte insolation aura intérêt à développer des centrales solaires, un pays tropical humide à croissance végétale rapide pourra produire du biocarburant ou de la biomasse à moindre coût, un pays installé sur des sous-sols à haute enthalpie fera de la géothermie et de la cogénération, un pays aux côtes très venteuses va installer de l’éolien marin, etc. Evidemment, tout cela demande une autre manière de penser que la référence à LA source simple, universelle, ubiquitaire (le fossile, l’atomique). Et cela interdit à mon avis de repousser chaque source comme ‘négligeable’ par un simple calcul rapide, car la plupart des sources non-fossiles et non-nucléaires sont dépendantes du contexte.

S’ajoute à cela le terme P de croissance économique, qui se décompose lui-même par secteurs d’activité employant les N humains, et qui changera. P était composé à 90 % de produits agricoles pendant 5000 ans, puis l’industrie y a pris une grosse part pendant 250 ans et c’est encore le cas mais avec une division internationale du travail (de plus en plus de services et de tertiaire à la place de l’industrie chez les développés, de plus en plus d’industrie à place de l’agriculture chez les émergents BRIC et autres). Ici en Occident, notre vue est souvent biaisée car pas globale, on voit le monde depuis notre société développée, de plus en plus tertiaire, de moins en moins énergivore, avec seulement un tiers de producteurs primaires et secondaires, le reste des employés, petits commerçants, professions intellectuelles, etc. Mais c’est 15 ou 20% des humains qui fontionnent ainsi, de surcroît qui laissent faire le gros de l’ancien « sale boulot » (produire la base matérielle de l’économie mondialisée) ailleurs que chez eux. Et logiquement, cela coince pour le climat (on ne négocie pas depuis les mêmes situations et intérêts économiques), cela coincera pour l’énergie.
Commentaire n°2 posté par skept le 15/03/2011 à 12h14
pourquoi penses-tu qu'on ne s'en est pas préoccupé jusqu'ici ? tu dis toi-même que les rendements ont augmenté considérablement (c'est vrai aussi pour les centrales électriques). Mais un rendement théorique, ça reste théorique : il ne faudrait AUCUNE perte, et ça, on ne sait pas faire. Il est plus raisonnable d'extrapoler une courbe asymptotique que de se baser sur la valeur thermodynamique théorique !

depuis 30 ans, la consommation de fossiles par habitant est restée à peu près constante , (les émissions ont donc suivi le nombre d'habitants) alors que le PIB/hab augmenté : on donc bien fait des améliorations. Mais en présence de dépletion, le problème est le suivant. L'indicateur de richesse (PIB ou autre) peut s'écrire par habitant
P/N = C/I/N où C est la conso énergétique et I l'intensité. On a donc en taux différentiel par an le taux de croissance (dérivée logarithmique)
t(P/N) = t(C)+t(I)-t(N)

comme je disais, depuis 30 ans, t(C) = t(N) (de l'ordre de 1à 2%/an ) et la croissance par habitant est de l'ordre de l'amélioration de l'intensité.

mais en présence de dépletion t(C) va devenir - t(C) . il faut donc améliorer bien plus vite l'intensité (rajouter 2 t(C) ) pour continuer à croitre. Rien ne dit qu'on va y arriver, et donc, que la croissance peut continuer, ou même qu'on puisse rester stationnaire.
Commentaire n°3 posté par Gilles le 15/03/2011 à 07h33
Nucléaire : si l’extension du parc continue, la filière fission U235 est en effet limitée. D’où les nouvelles générations à l’étude, qui repousseraient nettement la question des ressources limitées de minerai. Plein de raisons en font une énergie problématique, je ne le conteste pas (si les confinements de Fukushima tiennent malgré un tremblément de terre de 8.9, un tsunami et une fusion du cœur, ce sera quand même un argument paradoxalement favorable pour la sûreté nucléaire des installations plus modernes que Tchernobyl, car c’est difficile d’imaginer pires conditions !)

Acier / fonte : pour la fonte brute, quelques chiffres (toujours Smil 2008) pour donner des ordres de grandeur, on était à 300 GJ/t au XVIIIe siècle, 50 Gt/t en 1900, 30 GJ/t en 1950 et les plus grosses unités de production actuelles atteignent 12 à 15 GJ/t. Il semble que le meilleur rendement théorique serait de 6.6 GJ/t, ce qui laisse encore un peu de marge (mais il n’y a pas de progrès sensible depuis les années 1980).


‘tes arguments rentrent dans le cadre général : on va compenser la dépletion par une augmentation des rendements’

J’essaie simplement de mettre des chiffres sur l’état actuel des besoins énergétiques et les 30-40 ans à venir (après, c’est de la boule de cristal pour moi). Si tu veux entrer dans le détail de ce que peuvent faire les humains, tu es bien obligé d’examiner poste par poste ce qui peut encore progresser.


‘C'est juste en train de se passer, là, devant nos yeux ....’

Tout à fait, on se rend compte plus directement de notre hyperdépendance aux fossiles et j’espère bien que cela sera un déclic pour poser la question énergétique au premier plan des préoccupations mondiales, bien plus sérieusement que cela n’a été fait en produit dérivé des questions climatiques. Une fois admis que les rêves de croissance à deux chiffres pour tout le monde sont fantaisistes, et que l’on risque surtout de se taper de l’inflation, on commencera à débattre sur le fond des rapports économie-énergie-progrès !
Commentaire n°4 posté par skept le 14/03/2011 à 20h15
sur les aciéries électriques, tu peux lire ça par exemple :
http://www.aliapur.fr/modules/movie/scenes/home/index.php?fuseAction=page&rubric=MotsClesApplications&article=ApplicationsAcieries

"La fabrication de l'acier en four à arc électrique repose sur la fusion de ferrailles à haute température (1 650 °C) pendant 45 minutes environ, pour qu'elles soient fondues. Un arc électrique d'une température supérieure à 15 000 °C assure cette montée progressive en température.
Habituellement, dans un four à arc électrique, on ajoute aux 100 tonnes de ferrailles environ 3 300 kg de chaux et 1 150 kg de carbone sous forme d'anthracité et de coke. L'anthracite fournit du carbone qui se dissout dans le métal liquide, où il joue le rôle de réducteur des oxydes de fer : la rouille.
"

on rajoute donc bien du charbon pour réduire la rouille des ferrailles, certes bien moins que dans un haut fourneau puisqu'on part essentiellement de métal déjà formé, donc pas besoin de réduire le minerai. Mais il ne s'agit là que de RECYCLAGE. or on ne recycle jamais 100 % de la matière initiale, il faut donc continuellement en reproduire du minerai. Le calcul montre que si une fraction f est recyclée , tu finiras par augmenter la production totale de 1+f+f^2+f^3.. = 1/(1-f). Si tu prend f = 50% ce qui est déjà beaucoup, ça revient à augmenter la production initial d'un facteur 2 (en doublant le temps effectif "dans le circuit de production). C'est appréciable, mais ça ne fait que jouer sur le montant des réserves, sans résoudre le problème de la dépletion sur le long terme. si tu n'as plus de production fraiche, tu finis par ne plus avoir non plus de produit à recycler.
Commentaire n°5 posté par Gilles le 14/03/2011 à 18h12
quelques commentaires techniques

sur l'uranium : les réserves conventionnelles se montent à 70 ans avec les techniques actuelles (U235). Rien que doubler la production actuelle les ramenerait à 35 ans, et si on voulait produire toute l'électricité mondiale avec, on en a plus que pour 10 ans. Après on peut toujours imaginer gratter dans les phosphates, l'eau de mer, les cendres de charbon, mais globalement, on a le même probleme que pour les fossiles : épuisement des ressources bon marchés et renchérissement du coût. De plus il faut bien réaliser que si l'uranium ne représente qu'une faible partie du coût total du nucléaire, c'est justement que l'essentiel du coût est dans l'infrastructure "traditionnelle" , et que donc elle sera aussi impactée de plein fouet par la hausse des fossiles - d'ailleurs l'EPR a déjà très nettement explosé son budget initial. Et puis il y a pas que le budget qui explose, comme on voit actuellement, en me pardonnant ce mauvais jeu de mot ...

après il faut passer aux surgénérateurs: difficile techniquement, cher, et sans doute pas généralisable à la planète. J'aimerais voir comment on va disperser des surgénérateurs au plutonium dans tous les pays du monde. Et bien sur, meme problème du coût, ça fait appel à tout un tas d'industries conventionnelles qui exploseront leur coût tout autant. Sans compter l'acceptation par les populations : on en est à 3 accidents majeurs en 50 ans avec 500 réacteurs. Il en faudrait 10 fois plus pour assurer une partie conséquente de la consommation énergétique actuelle ...

acier : tu fais l'erreur commune de croire que l'acier se fabrique dans les aciéries. C'est vrai et faux. Les aciéries raffinent la fonte en oxydant l'excès de carbone, soit directement par l'air ou l'oxygène , soit en y recyclant des ferrailles oxydées. mais la matière de base, la fonte, est produite dans des hauts fourneaux avec du minerai de fer et du coke metallurgique. On ne sait pas faire autrement avec une telle quantité comme actuellement. La production massive d'acier, comme de tous les métaux, est complétement dépendante du charbon au départ. Le charbon et le fer sont l'épine dorsale de la société industrielle, on ne s'en est jamais passé.

De façon générale, tes arguments rentrent dans le cadre général : on va compenser la dépletion par une augmentation des rendements. Je répète, il n'y a aucune preuve quantitative qu'on puisse le faire avec une efficacité et un rythme tel que ces améliorations suffisent à compenser la dépletion - il y a des signes tout à fait clair du contraire, à commencer par l'explosion du prix de toutes les matières premières qui suivent le pétrole, et qui impactent toutes les activités de l'agriculture à l'industrie en passant apr les transports, et donc, in fine, la croissance mondiale. C'est juste en train de se passer, là, devant nos yeux ....
Commentaire n°6 posté par Gilles le 14/03/2011 à 17h59
‘peut etre , sauf que EN REALITE l'énergie nucléaire n'a en rien changé la face du monde, je veux dire par là que si les centrales nucléaires n'avaient pas existé (parce qu'ils se serait finalement avéré que c'etait trop compliqué à maitriser comme la fusion), et ben ... on aurait vécu exactement pareil. Le nucléaire ne produit que 15 % de l'électricité mondiale et 5 % de l'énergie primaire - absolument rien qui soit indispensable et qu'on ne puisse remplacer. Et pareil pour les renouvelables.’

Ton jugement rétrodictif est certainement exact, mais s’il y a une pression forte sur les ressources énergétiques majoritaires et finies (fossiles), TOUTE source est ‘indispensable’ à sa manière pour reculer le moment de la déplétion et de la limitation croissante des marges de manœuvre en vue de changer d’instrastructure. A partir du moment où l’électricité reste très majoritairement issue du fossile (charbon et gaz aux deux-tiers), la question est de savoir comment la produire en minimisant l’exploitation du stock fini.

Dans le cas du nucléaire, il est passé de 0,9% à 5,8% de la production d’énergie primaire entre 1973 et 2008 (AIE 2009). Un doublement sur les trente prochaines années paraît au minimum physiquement jouable… mais ensuite discutable politquement (évaluation du risque déchet et prolifération, résistance des citoyens, etc.). L’avenir plus lointain de la 3e génération (EPR) et de la 4e génération (neutrons rapides, HTR, RSF, plutonium, thorium, etc.) n’est pas tellement projetable aujourd’hui, il faut voir comment évoluent les actuelles études de faisabilité ou prototypes. Au moins ces pistes existent donc ce n’est pas un horizon bouché dont on peut dire d’avance qu’il n’évoluera pas au cours du siècle.


‘tous les moyens alternatifs aux fossiles supposent au départ des matériaux abondants et bon marchés (acier , beton, etc..)’

Là aussi, il faut voir au cas par cas. Je prends l’acier : bien que théorisée au XIXe siècle, la production par arc électrique était quasi-inexistante à l’échelle industrielle en 1940, elle représente aujourd’hui un tiers de la production mondiale et est en hausse constante depuis 1980, au détriment des hauts-fourneaux par convertisseur à oxygène. En 1965, il fallait 630 kWh/t d’acier, quarante ans plus tard le chiffre est tombé à 350 kWh/t (Smil 2008).

Pour le ciment, le minimum théorique est de 1,75 GJ/t, les meilleurs procédés sont à 2,9 Gt/J, les équipements installés sont à 3,2-7 GJ/t environ (même source). On a donc une marge de progression importante en intensité énergétique à l’horizon des trente prochaines années.
Commentaire n°7 posté par skept le 14/03/2011 à 16h25
donc, pour aller plus loin, il faut rentrer dans les détails techniques ...

"De surcroît, je répète que ce débat n’a pas de sens sur un siècle, car le terme C2 se décompose en Cf+Cr+Cn (énergies fossiles, renouvelables, nouvelles), que Cr et Cn dépendront largement de l’innovation scientifique et technologique, que statuer à leur sujet en 2011 pour 2051 ou 2081 n’a pas de sens de mon point de vue (on ne savait pas en 1911 qu’il existerait de l’énergie nucléaire militaire en 1941 et civile en 1961)."

peut etre , sauf que EN REALITE l'énergie nucléaire n'a en rien changé la face du monde, je veux dire par là que si les centrales nucléaires n'avaient pas existé (parce qu'ils se serait finalement avéré que c'etait trop compliqué à maitriser comme la fusion), et ben ... on aurait vécu exactement pareil. Le nucléaire ne produit que 15 % de l'électricité mondiale et 5 % de l'énergie primaire - absolument rien qui soit indispensable et qu'on ne puisse remplacer. Et pareil pour les renouvelables.

Bref, contrairement à ce que tu as l'air de penser, rien à part les fossiles n'a réellement été indispensable à la société industrielle - c'etait juste un petit plus toujours bon à prendre pour économiser les précieux fossiles.

Et l'éolien, pour des raisons techniques, ne produira probablement jamais plus de 20 % de l'électricité , soit entre 5 et 10 % du total au mieux - et en est encore loin, c'est même pas 1 % du total. Bref, tout ce dont on parle là n'a toujours aucune influence fondamentale sur la société - contrairement aux fossiles qui sont eux indispensables. Il ne faut pas oublier que
a) ce n'est pas que la production d'électricité qu'il faut assurer
b) tous les moyens alternatifs aux fossiles supposent au départ des matériaux abondants et bon marchés (acier , beton, etc..) qui ne le sont QUE GRACE AUX FOSSILES. Si les éoliennes ne sont pas trop chères, c'est juste parce que les fossiles ne sont pas chers ! fais le décompte de toutes les étapes élémentaires du minerai de fer à l'éolienne construite, et dis moi lesquelles ne dépendent pas des fossiles.
Commentaire n°8 posté par Gilles le 13/03/2011 à 21h08
Gilles : je suis tout à fait d'accord avec ta présentation. Je souligne simplement de mon côté que le débat sur la transition C1 → C2 et I1 → I2 est rendu complexe par l’absence de synthèses claires et de modèles couplées énergie-économie (le travail du WG3 est très insuffisant, les SRES sont sans utilité).

De surcroît, je répète que ce débat n’a pas de sens sur un siècle, car le terme C2 se décompose en Cf+Cr+Cn (énergies fossiles, renouvelables, nouvelles), que Cr et Cn dépendront largement de l’innovation scientifique et technologique, que statuer à leur sujet en 2011 pour 2051 ou 2081 n’a pas de sens de mon point de vue (on ne savait pas en 1911 qu’il existerait de l’énergie nucléaire militaire en 1941 et civile en 1961). On doit faire des projections plus modestes et surtout beaucoup plus précises, par exemple que peut-on produire en Cf et Cr entre maintenant et 2030, et même cet exercice moins ambitieux est difficile pour diverses raisons (manque d’info fiable sur les ressources de Cf, évolution décennale du rendement et du coût kWh de Cr en fonction des innovations, etc.).

Un exemple : le coût de revient du kWh éolien a diminué entre 1990 et 2010, en raison de divers progrès, en même temps que le rendement des éoliennes installées a crû. Rien que pour prolonger les courbes sur 2010-2030, il y a des débats entre spécialistes dans la littérature économique (comme toujours il faut paramétriser avec les bons coefficients empiriques). Si j’espère un GIEC de l’énergie, c’est parce que chaque question particulière fait ainsi l’objet de discussions assez poussées et qu’en dehors de calcul de coin de table sur les ordres de grandeur, ou alors de spécialisation sur un sujet pointu, on ne peut pas faire grand chose à notre niveau. Les bouquins généralistes (Janco, Dautray, Ngô, Smil, etc.) donnent de plus ou moins bons aperçus d’ensemble, mais ils n’entrent pas dans ces détails et cinq ou dix ans après leur parution, ils sont en partie périmés en raison des progrès techniques accomplis dans l’intervalle.

S’ajoute à cela le fait que C est une consommation (pas une production) et que le niveau de C2 dépend du rythme de croissance. Certains crieront à la catastrophe si la progression globale de C n’est que 0,5% par an au lieu de 5%, mais cette évaluation n’est pas strictement objective, elle dépend d’une conviction sur ce que doit faire l’humanité et comment elle répartit l’énergie disponible (ce qui est bon, bien, juste, etc. pour les humains, toutes sortes de choses qui relèvent de jugements de valeur indécidables et non de jugements de fait calculables).

Je crois qu’il vaudrait mieux discuter de questions énergétiques précises, car il n’y a pas désaccord entre nous sur le fond de la question. Je suis le premier à dire qu’en raison de notre dépendance substantielle à l’énergie et des attentes légitimes de 7 milliards d’humains, le simple calcul sur les ordres de grandeur montre qu’il y a un gros problème devant nous !
Commentaire n°9 posté par skept le 13/03/2011 à 12h15
Bon, le fait de dire que c'est un "point aveugle" me fait penser que tu n'as pas bien encore saisi le fond de mon discours - je ne nie pas ce point, j'explique pourquoi pour moi il est improbable que ça suffise, en donnant des arguments.


Pour ce qui est de l'énergie "rare " ou "chère" , pour moi, ça revient à une chose : l'énergie bon marché est limitée, et le reste est cher. De l'énergie en quantité , il y en a plein (y compris l'énergie solaire et les dizaines de milliers de milliards de tonnes de carbone fossiles enfouies). Le problème, c'est d'en faire autant qu'on a besoin, en production annuelle.

Pour compenser la dépletion fossile, il y a DEUX solutions :
* produire de l'énergie autrement
* mieux utiliser cette énergie (diminuer l'intensité énergétique)
en réalité bien sur c'est une combinaison des deux qu'on tentera de faire.

je ne nie absolument pas la possibilité de faire ça *dans une certaine mesure*, et je l'ai déjà dit plusieurs fois. BIEN SUR on va le faire , autant qu'on peu. Ca n'empeche pas qu'il n'est pas mathématiquement équivalent de dire qu'on peut faire croitre une fonction, et la faire croitre a l'infini. Ces deux gains sont *limités*, bornés supérieurement, et donc on peut se demander si le produit des deux gains peut rester >1 , ou meme quelle valeur il peut avoir.

C'est à dire très simplement en une formule, si tu prends un indicateur de "déveveloppement économique " (le plus simple est le PIB mais on peut prendre autre chose si ça te donne des boutons) X, et qu'on appelle C la conso énergétique, et qu'on définit l'intensité énergétique I par C/X, on a alors

X1 = C1/ I1 actuellement
et
X2 = C2/I2 dans un temps futur
et donc
X2/X1 = C2/C1. I1/I2

(on peut difficilement faire plus simple comme expression)

et donc, le rapport des niveaux de développement sera simplement le rapport des consommations divisé par le rapport des IE.

Posé comme ça, le problème est simple : de combien peut-t-on augmenter C2/C1 ? de combien peut-on augmenter I1/I2 ?

note que dans le passé, il n'y avait aucun probleme pour augmenter simultanément ces deux valeur, les fossiles parce qu'on n'avait pas encore atteint le pic, et l'intensité parce qu'on améliore constamment les procédés.

mais quand la production de fossiles diminue, il faut soit développer d'autres sources encore plus rapidement pour compenser, soit améliorer bien plus l'IE. Les deux sont très difficiles - on peut discuter des chiffres REELS si tu veux t'en convaincre. Je dis juste que ça me parait de loin le plus gros problème que l'humanité aura a affronter dans le siècle qui vient.
Commentaire n°10 posté par Gilles le 13/03/2011 à 08h48
Gilles : je suis comme toi sensible, et depuis pas mal d’années, à l’excès d’inquiétude sur les questions climatiques face à l’excès d’indifférence sur les questions énergétiques (pas seulement énergétiques dans mon cas, je trouve que les problèmes de base de la majorité des humains sont toujours ignorés ou minorés dans les discours comme dans les actes).

Cependant, concernant l’avenir, je reste persuadé qu’il y a dans ton analyse un ‘point aveugle’ sur ce que j’ai appelé plus tôt la distinction énergie rare / énergie chère. Par exemple encore dans ta phrase : ‘l'épuisement des fossiles, dans le même ordre de temps (le siècle), conduit à la disparition directe des 80 % des sources d'énergies de l'humanité , et même de 90 % si on considère qu'il est implausible qu'on continue à faire de l'hydraulique de masse et du nucléaire sans fossiles’. Cette observation suppose que le fossile disparaît sur le siècle et n’est pas remplacer graduellement par d’autres sources, plus chères que ne le furent les énergies fossiles au XXe siècle, mais pas forcément plus rares (au contraire). J’ai l’impression que tu oscilles entre les deux registres – et que le fond de ta pensée est : ‘on ne remplacera jamais le fossile, mais o va bien sûr essayer et je suis pour cette tentative’.

L’autre aspect, c’est le lien de causalité énergie / croissance. Je suis en train de lire la littérature économique à ce sujet, qui n’est pas inintéressante, puisqu’il y a un débat déjà ancien : la hausse de l’offre énergétique cause-t-elle la croissance économique ou la croissance économique cause-t-elle la hausse de la demande énergétique ? On pourrait se dire que cela revient au même, mais partiellement seulement à mon avis. La dimension énergie → croissance ne laisse pas d’autres alternatives que la décroissance si l’énergie disponible baisse. La dimension croissance → énergie implique que la demande énergétique en hausse constante est un sous-produit de certaines options passées et présentes de croissance, sans préjuger d’options futures. Sachant, vu le paragraphe précédent, que le choix concret du XXIe siècle n’est pas : « comment faire de la croissance avec de moins en moins de fossiles », mais est bien : « comment faire de la croissance avec une énergie de plus en plus chère, au moins dans une période transitoire dont la durée exacte est inconnue ».

D’après ce que j’ai lu, ces deux axes de causalité sont mêlés, et surtout différents selon le niveau de dveloppement des pays. Par exemple un papier ici :
http://ideas.repec.org/p/sur/seedps/113.html

Ensuite, il faut aussi discuter de cette fameuse croissance que l’on met toujours en face de l’énergie. L’exemple que tu cites de la discusion Berger-Jeanperrin sur France-Info est pour moi symptomatique de la maladie sénile du capitalisme, vouloir toujours plus de retour sur le capital investi, exiger en conséquence une croissance économique à rythme démesuré, vivre dans le fantasme de la ‘croissance à deux chiffres’. Même sans problème climatique ou énergétique, je pense que cela ne peut pas tenir, c’est trop éloigné des réalités anthropologiques, cela ne peut nourrir au bout d’un moment que des révoltes et des révolutions. L’histoire le démontre, et notamment les années 1810-1920. Dans bien des domaines, l’investissement risqué est bénéfique et je n’en remets pas en question le principe (le risque a un coût, c’est l’intérêt du capital), mais ce n’est pas une fatalité que de généraliser progressivement le schéma à toutes les activités humaines ni d’augmenter progressivement le fardeau de l’intérêt du capital. Ce point est évidemment très politique, mais je ne crois pas possible de l’évacuer : l’homme est un animal politique, son passé et son présent le démontrent, les spéculations sur son avenir doivent tenir compte de cette variable.
Commentaire n°11 posté par skept le 12/03/2011 à 19h54
"Je laisse ça à d'autres ayant déjà bp de mal à comprendre ce qui se passe réellement au niveau du climat."

Meteor, tu te sous-estimes, je pense que tu as depuis longtemps l'essentiel de ce qu'il faut comprendre pour le climat.

Voilà : la Terre est une sphère éclairée par le Soleil. A cause principalement de l'inclinaison différente des rayons du Soleil sur la surface, en fonction de la latitude , et suivant l'époque de l'année, les régions équatoriales sont beaucoup plus chaudes que les régions polaires, avec plusieurs dizaines de degré d'écart. La présence de gaz à effet de serre (vapeur d'eau et CO2) augmente notablement la température moyenne à la surface. Tout ça provoque des mouvements de convection atmosphériques et océaniques, et on explique assez simplement la présence de zones équatoriales chaudes et humides, de zones tropicales désertiques, de zones tempérées humides, et de zones arctiques très froides. L'essentiel des conditions climatiques variables de l'humanité est là; mais bien sur ça tu le connais parfaitement. On peut discuter des détails (différences façades ouest et est par exemple), mais l'essentiel de l'ordre de grandeur est compris.

C'est comme l'énergie : à la base, on constate que le développement de la société industrielle s'est faite à partir d'une exploitation des énergies fossiles, multipliant par un facteur 100 la quantité d'énergie exploitée par l'humanité. Ca s'est réparti par environ 10 fois plus d'humains et une multiplication par environ 10 de leur niveau de vie moyen (plutot 20 à 50 pour les plus riches). La encore,on peut ensuite discuter des détails, mais l'ordre de grandeur est simple à comprendre.


ce qui est compliqué, ce n'est pas de comprendre l'ordre zéro, mais des petites variations , en l'occurence de quelques °C sur une surface qui a en elle-même une variations de plusieurs dizaines de °C en latitude. C'est donc une PETITE variation, et c'est forcément compliqué de bien comprendre les détails.

Vient maintenant la vraie curiosité sociologique et épistémologique. Dans tous les scénarios réalistes, la variation de température attendue est inférieure, et même assez sensiblement, à l'amplitude de variation annuelle et géographique auxquelles sont soumises l'humanité depuis toujours, qui s'est baladée spontanément aux 4 coins de la planète en s'adpatant sans trop de difficultés à des conditions extrêmement différentes. Meme les chiffrages quantitatifs des impacts possible de changements climatiques n'affectent que quelques % du PIB mondial - même le résultat de Stern ( à mon avis exagéré) de 20 %, ce n'est que 20 %, et en plus dans une situation générale de croissance bien supérieure. Ce n'est que 20 % par rapport à une croissance maximale qu'on pourrait atteindre !

Inversement, l'épuisement des fossiles, dans le même ordre de temps (le siècle), conduit à la disparition directe des 80 % des sources d'énergies de l'humanité , et même de 90 % si on considère qu'il est implausible qu'on continue à faire de l'hydraulique de masse et du nucléaire sans fossiles. Les 10 % restant, c'est juste le bois de chauffage qu'on ramasse dans le Tiers monde, comme au Moyen age.


On peut broder sur les scénarios qu'on veut , les données de base sont là : au départ, des variations de conditions de l'ordre de quelques % d'un coté, de 90 % de l'autre. Et bizarrement, dans l'esprit de la plupart des gens, les quelques % de variations climatiques prennent beaucoup beaucoup plus d'importance que la disparition de 90 % des ressources. L'humanité est censée s'adapter sans trop de problème à un problème qu'elle n'a jamais eu à affronter dans le passé (la disparition de 90 % de ses ressources énergétiques), mais être incapable de faire face à des choses qu'elle a toujours connues. Il y a peut etre quelque chose de très rationnel là dessous, mais j'avoue que je suis totalement incapable de le comprendre. Ca n'a rien à voir avec une quelconque "plainte de martyr " comme tu le présentes aimablement dans ton fil. C'est juste que j'aime bien comprendre la logique d'un raisonnement avant de l'adopter, et là , je ne la comprends pas.
Commentaire n°12 posté par Gilles le 12/03/2011 à 13h27
si tu crois aux robots qui font tout, alors je pense qu'ils pourront aussi bien travailler pour compenser tous les petits problèmes du climat non? je te rappelle qu'avec de l'énergie abondante, les Américains vivent très bien dans des villes dans le désert - Phoenix, Las Vegas... si on peut extraire les dizaines de milliers de Gt d'énergie à bas coût, je pense qu'on n'aura non plus aucun problème à dessaler autant d'eau de mer qu'il faut , développer enfin le Tiers Monde , et assurer le confort matériel à toute l'humanité, et puis meme à se passer totalement de fossiles. Pas d'inquiétude à avoir alors.
Commentaire n°13 posté par Gilles le 12/03/2011 à 10h45

Je n'ai pas d'inquiétude particulière, en fait.

Je m'intéresse à l'évolution climatique en tant que telle et pas en tant que source future d'ennuis insurmontables.

Je laisse ça à d'autres ayant déjà bp de mal à comprendre ce qui se passe réellement au niveau du climat.

Réponse de meteor le 12/03/2011 à 11h50
le progrès technique réduit le coût des ressources * à conditions externes constantes* , mais il n'assure absolument pas de pouvoir compenser une baisse externe de ce rendement.

la meilleure preuve, c'est que les dangers du réchauffement climatique sur l'agriculture n'existent * que si des variations de conditions externes conduisent à diminuer la productivité de manière tellement grande que les progrès techniques ne suffisent plus à les contrebalancer* . Sinon il n'y aurait jamais de problème ! En réalité, une sécheresse finalement, ça n'est grave que parce que ça conduit à diminuer la productivité agricole : il y a toujours le même nombre d'agriculteurs, ils sont toujours aussi intelligents, ils ont peut etre meme fait des progrès depuis quelques années, et pourtant la production baisse quand meme et ne suffit plus aux besoins.

Pourquoi est ce que ça se passerait pour l'agriculture et pas pour l'énergie ? c'est exactement le meme probleme. Le rencherissement de la ressource est simplement la traduction du fait qu'il faut employer plus de personnes pour produire le meme kWh, ou que de façon équivalente, qu'une personne produit moins de kWh. Et rien ne garantit que les progrès techniques seront suffisants pour faire plus que compenser les rendements décroissants. Pas plus que pour le climat en tout cas - c'est fondamentalement exactement le même problème.

Et à ma connaissance, toutes les civilisations ayant connu une décroissance importante des ressources sur lesquelles elles étaient baties n'y ont pas résisté.
Commentaire n°14 posté par Gilles le 12/03/2011 à 10h41
et non, les progrès techniques n'arriveront jamais à produire 60 Mbl/j de pétrole à 10 $ le baril en allant le chercher sous 2000 mètres d'océan.
Commentaire n°15 posté par Gilles le 12/03/2011 à 09h50

mobiliser des ressources pour aller chercher l'énergie çà augmente la valeur ajoutée et donc le PIB.

si on suppose qu'on a des robots qui font tout le boulot à notre place on vit peinards et on a toute l'énergie qu'on veut, pour presque rien.

çà a commencé il y a des millénaires, lorsqu'on s'est aperçu qu'un boeuf ça faisait le travail de 20 hommes et que l'araire c'était bien commode pour éviter de faire les sillons avec ses petites mains.

si on exprime en unité de travail humain, le progrès technique a bien réduit le coût du quintal de blé.

donc oui le progrès technique réduit le coût de l'énergie, c'est évident.

 

Réponse de meteor le 12/03/2011 à 10h02
"
Tous les raisonnements que je lis ici ne tiennent pas compte du progrès technique permettant l'extraction des ressources.

Or, répétons le, ces ressources sont immenses, vraisemblablement plusieurs dizaines de milliers de Gt de carbone.

Il suffit d'avoir les machines pour aller les chercher.
"


meteor, tu n'as pas saisi le point principal de ce que je dis : c'est que ce dont on a besoin, ce n'est pas d'énergie, c'est d'énergie PAS CHERE . Bien sur que de l'énergie, y en a partout. Meme pas besoin d'aller chercher les fossiles, le solaire, y en a bien plus. C'est pas ça qui manque. Ce qui manque c'est l'énergie BON MARCHE - et non, les réserves d'énergie bon marché ne sont pas immenses. Elles sont en train de s'épuiser à grande vitesse.
Commentaire n°16 posté par Gilles le 12/03/2011 à 09h48

ben je ne sais pas si tu saisis également que le progrès technique est un moyen de rendre l'énergie moins chère tout simplement.

Réponse de meteor le 12/03/2011 à 09h52
c'est extrêmement amusant comme coincidence, une des auteures (Karine Berger) est précisément interviewée sur FI en ce moment, vous pouvez écouter l'émission, et elle vient de dire (en substance)
"on a un problème avec la dette, si on relance pas la croissance, on pourra plus payer"

la journaliste, Brigitte Jeanperrin (pleine de bon sens) :
"euh mais c'est risqué ce que vous dites là, on va encore dépenser plus d'argent pour des investissements, mais faut être sur que le retour de la croissance soit au rendez vous, sinon c'est encore pire ?"

l'auteure
"oui, on dit qu'il faut faire comme au poker, il faut prendre le risque, il faut faire "tapis"".


Effectivement, tout est dit : on est devant un poker - personnellement je dis "casse-cou". Et c'est mon principal souci d'inquiétude, je pense qu'avec ce raisonnement, on est en train d'assurer à coup sur la catastrophe qui se profile.
Commentaire n°17 posté par Gilles le 12/03/2011 à 09h46
pour donner un exemple très précis : voilà exactement le genre d'analyse qui me semble totalement à coté de la plaque :

http://www.lepost.fr/article/2011/03/07/2427438_les-trente-glorieuses-sont-devant-nous.html

je pense que l'analyse de la situation faite par ces auteurs est incorrecte, que leurs idées n'ont aucune chance de se réaliser, et que pire, élaborer des stratégies économiques sont le meilleur moyen de préparer un krach économique majeur. en effet, le principal problème qui risque de se poser est l'endettement des états qui risque de devenir insupportable en cas de non-croissance. Or l'endettement est très exactement un pari sur l'avenir, et donc, dépend complétement de la confiance qu'on a dans cet avenir. Une confiance excessive dans la croissance est donc la principale raison du surendettement (c'est tout aussi vrai pour les individus que pour les états); je trouve donc ce genre de discours, pour sympathique qu'il paraisse, en réalité extrêmement pernicieux et dangereux pour le futur.
Commentaire n°18 posté par Gilles le 12/03/2011 à 09h20
Skept, encore une fois, mon point n'est certainement pas qu'il ne faut rien faire pour remplacer les fossiles, ni que c'est pas mieux d'avoir une récession de 1% par an à partir de 2030, plutot que - 5 % à partir de 2015. Je ne vois même pas comment on pourrait argumenter là dessus.

Encore une fois aussi (peut etre que la discussion arrive au point ou tout à été dit et qu'il est inutile d'en rajouter une couche), je ne fais aucune prédiction précise sur la forme de la courbe, par exemple du PIB mondial. Je dis que la courbe de production fossile sera une courbe en cloche, et qu'il est improbable que la courbe de PIB mondial ne soit pas AUSSI une courbe en cloche, et que l'état asymptotique dans le futur lointain sera vraisemblablement très sensiblement en-dessous de l'actuel - il est très improbable que sans fossiles, on n'ait à faire que quelques réajustements de détail de nos modes de chauffage et d'électricité.

Néanmoins la courbe sera certainement décalée en amplitude et en date du pic fossile, par suite des efforts qu'on fera pour améliorer l'intensité énergétique, ce qui devrait conduire a retarder le moment où le pic aura lieu et à mitiger la décroissance; je n'ai pas grand doute qu'on le fera de toutes façons. Mais je pense que le simple fait de ne plus avoir une croissance économique continue sera l'essentiel du problème "vécu" par les gens, que les mesures simplement techniques à base de chauffe-eaux solaires et d'éoliennes seront bien insuffisantes pour se garantir de ce problème, et qu'il faut donc dès à présent affronter la question d'un changement radical du modèle économique et de la gestion d'une décroissance , qui n'est en rien facile. Je ne vais pas plus loin dans le détail de prédictions qui m'échappent.
Commentaire n°19 posté par Gilles le 12/03/2011 à 09h12

"Néanmoins la courbe sera certainement décalée en amplitude et en date du pic fossile, par suite des efforts qu'on fera pour améliorer l'intensité énergétique, ce qui devrait conduire a retarder le moment où le pic aura lieu et à mitiger la décroissance"

 

C'est bien là qu'il faut recaler tout ce débat et le replacer dans le contexte du RC.

 

Tous les raisonnements que je lis ici ne tiennent pas compte du progrès technique permettant l'extraction des ressources.

 

Or, répétons le, ces ressources sont immenses, vraisemblablement plusieurs dizaines de milliers de Gt de carbone.

 

Il suffit d'avoir les machines pour aller les chercher.

 

C'est pas une mince affaire évidemment mais c'était pas facile non plus, en 1900, d'aller chercher le pétrole offshore.

 

Alors peut-être qu'on aura pas ces machines ou peut-être qu'on les aura, mais personne ne peut le savoir.

 

Réponse de meteor le 12/03/2011 à 09h40
Gilles : « dire qu'on doit le faire ne GARANTIT aucunement n'importe quel résultat à l'avance »

Pourquoi garantirait-on quoi que ce soit ? A part la R&D, j’adhère plus a des objectifs courts (10 à 30 ans) de remplacement ciblé du fossile, au moyen de ce qui existe déjà dans l’éventail technologique. Les plans trop longs sont toujours remis en question.

Mais c’est vrai dans l’autre sens, je réfute tout argument qui exigerait une garantie de résultat ou qui comparerait des réalités d’ahourd’hui avec des objectifs lointains. Par exemple, l’éthanol canne à sucre brésilien produit 0,45 W/m2, la consommation globale de carburant fossile est de 75 EJ, on en déduit qu’il faudrait 550 Mha pour la couvrir, soit le tiers des surfaces cultivées mondiales ou toutes les Tropiques. Mais ce n’est pas un argument contre l’éthanol, juste un ordre de grandeur. Je lis souvent (Jancovici par exemple) ces chiffres et l’auteur passe à autre chose en disant «donc on voit bien que ce n’est pas la solution ». La réalité est qu’il existe désormais des marchés nationaux dans le Sud employant des paysans et dégageant des profits, que des recherches sont menées pour améliorer le rendement à chaque étape (de la conception du végétal à la fermentation alcoolique), que les chiffres ne seront pas les mêmes dans 10 ans et que remplacer 10% du carburant fossile serait déjà un objectif intermédiaire intéressant, surtout qu’il existe d’autres pistes pour le transport sans dérivé du pétrole.

Bref des choses plus modestes et plus réalistes, mais qui n’en sont pas moins des avancées possibles sur la base technologique présente. Moi je serai ravi d’avoir un agrocarburant produit localement et qui couvrirait largement mes rares transports motorisés à la campagne. Ce serait toujours cela de moins à la pompe.


« La somme de renseignements que j'ai collectés sur la façon dont elle fonctionne me fait penser néanmoins qu'elle n'échappera pas à la décroissance industrielle (…) « Je parle de la capacité à garder une économie comparable , en PIB. » (réponse à Parisse)

De nouveau, le rythme et l’amplitude de la « décroissance industrielle » en question dépendent de facteur mal connus. Et comme pour le réchauffement, le rythme est déterminant, par exemple s’adapter à 3K de sensibilité à l’équilibre n’est pas la même chose si les océans retardent ou ne retardent pas cet équilibre de plusieurs décennies. Gagner 0,2 K sur 150 ans n’est pas gagner 0,4 K par décennie sur 75 ans, quoique le résultat serait le même à l’arrivée (pour les T de surface en tout cas). Une décroissance de la part fossile de l’industrie est dans la même situation : si elle commence en 2015 et baisse de 5% tous les ans, ce n’est pas pareil que si elle commence en 2030 et baisse de 1% par an.


« les traductions concrètes de ce que veut dire une décroissance (qui est, tout betement et simplement, que les gens gagnent de moins en moins de fric d'une manière ou d'une autre, pour les obliger à baisser leur consommation, donc qui signifie très concrètement : crises économiques, précarité, crises financières, crises de la dette, baisse des financements publics, etc, etc....) ne semblent pas particulièrement appréciées par la population. »

La disparition d’un modèle en place ne se fait pas souvent dans la joie et la bonne humeur, surtout pour ceux qui en ont le plus profité et qui y occupent une position dominante. Les tensions sociales, un temps noyées sous les discours sirupeux selon lesquelles on deviendrait tous propriétaires, actionnaires, milliardaires, etc. vont sans doute redevenir très présentes.

Rien que l’année dernière, on a eu le rapport du Pentagone, de l’armée allemande, de la Lloyd’s et de Chatham House… tous concluaient qu’une pénurie de pétrole éventuellement plus rapide que les rapports au chloroforme de l’AIE auraient des conséquences dramatiques. Au moins les Anglais ont un Peak Oil Task Force qui débat publiquement avec le ministre, chez nous c’est zéro débat dans les médias ou presque, tout va très bien au pays du nucléaire heureux.

Cela dit, si crise majeure et brutale il y devait y avoir, ce serait typiquement une situation et une économie de guerre, ou quelque chose de comparable (rationnement, etc.). Ma comparaison avec le Projet Manhattan serait alors d’actualité, je ne vois ce qu’il y aurait d’autre à faire que consacrer les énergies restantes à en concevoir de nouvelles.


« La position tendant à faire croire qu'on va tous baisser notre consommation sans crise et sans qu'on le ressente douloureusement me semble simplement incompatible avec ce que je vois de la psychologie humaine »

Sans doute, mais je suis aussi frappé par la plasticité de la psychologie humaine. Nous avons tous à peu près les mêmes gènes et les mêmes cerveaux depuis le Paéolithique, nous nous sommes adaptés (et nous adaptons encore) à des régimes incroyablement différents. (Le philosophe Sloterdijk a fait un livre intéressant sur ce qu’il appelle la thymopolitique, la place des humeurs individuelles et collectives dans l’histoire politique. La peur, la colère ou le désarroi nourrissent évidemment des opinions extrêmes.) La croissance capitaliste est très bien cablée sur nos cicrcuits cérébraux de recherche de récompense, un petit plaisir dopaminergique à chaque consommation nouvelle, qui en appelle une autre, puis une autre…

*

Sinon, quelqu’un a-t-il a-t-il vu passer de premières synthèses de présentation sur les nouveaux scénarios du GIEC appelés RCP ? Il y a des documents sur ce site, mais durs à assimiler comme tels.
http://www.iiasa.ac.at/web-apps/tnt/RcpDb/dsd?Action=htmlpage&page=about

Apparement, ce ne sont pas vraiment des scénarios complets, mais des hypothèses centrées sur le forçage radiatif. J’ai encore un peu de mal à saisir comment ils sont conçus.
Commentaire n°20 posté par skept le 11/03/2011 à 10h15
et j'apprécierais que tu arrêtes d'agiter l'argument épouvantail prétendant que je dis que ce n'est pas grave de gaspiller les fossiles, je n'ai absolument jamais dit une chose pareille et tu fais un contresens grave en le croyant. Je dis que les crises me semblent inévitables et qu'il faut prendre ça en compte dans les stratégies politiques, et que c'est dangereux de faire croire que des mesures techniques comme le développement des chauffe-eaux solaires ou des éoliennes suffiraient à les éviter, parce que justement, ça fait prendre des comportements dangereux (par exemple si tu ne crois pas à des récessions graves dans l'avenir, tu peux etre plus confiant pour t'endetter, et ça peut conduire un état à se trouver en état de cessation de paiement. C'est un danger BIEN REEL, tu es d'accord?)

donc une confiance exagérée dans les capacités techniques à eviter les crises peut concrètement conduire à des décisions erronnées; ça me semble important de le prévenir dès maintenant - ça n'a strictement rien à voir avec l'attitude que tu me prêtes, qu'il n'y a qu'à depenser les fossiles puisque c'est fichu. Comme je disais, ce n'est pas parce que le médecin ne te promet pas la vie éternelle que tu ne prends pas des médicaments qui peuvent améliorer des problèmes de vieillesse.
Commentaire n°21 posté par Gilles le 11/03/2011 à 08h50
"Gilles, je n'ai jamais dit qu'on devait se limiter au chauffage, j'ai juste dit que pour le chauffage on pouvait se passer de fossiles en conservant le même niveau de confort. Il faut faire une étude au cas par cas pour les autres secteurs. Mais ce n'est pas une différence de 10, 20 ou 30% près."

oui mais c'est faux : plusieurs pays ont deja des systèmes de production d'électricité et de chauffage pratiquement non carbonés,(Islande par exemple, que j'aime bien comme cas "test") et la France elle meme est peu carbonée grace à l'electricité nucléaire, et ça ne règle pas du tout leur dépendance aux fossiles.

Concretement, pour tout un chacun, il n'a aucune idée de la quantité globale de fossiles produits et consommés dans le monde. Tout ce qui compte , localement , c'est le prix. Le prix lui même est guidé par l'équilibre offre-demande, mais personne n'a une idée de la quantité globale qu'il faut avoir, et personne ne la controle.

Or le prix est guidé par des déséquilibres de quelques % entre offre et demande. Si ton idée est qu'en réduisant localement en France la consommation de chauffage, ça impliquerait d'éviter ce déséquilibre de quelques % au niveau mondial, ça me parait totalement erroné. Personne ne limite la demande a priori, il y a suffisemment de demande de croissance dans les pays pauvres pour pousser constamment la demande à la hausse. Et les petites économies qu'on peut faire chez nous ne changent absolument rien, ça permettrait juste à d'autres pauvres de demander leur part. Bref la TENSION entre offre et demande, le besoin de croissance, est perpetuel. Le problème est la réponse du système : le système a-t-il ou non la capacité de répondre à cette tension par une augmentation croissante de production ? jusqu'ici la réponse etait oui, et à partir d'un moment, elle sera non. Il est tout à fait incorrect de raisonner comme si il y avait un "besoin absolu" X figé à l'avance en 2050 et de se casser la tete de savoir comment rentrer dans cette contrainte. La contrainte n'est PAS sur la quantité absolue, les besoins réels excéderont toujours de loin la capacité à produire des fossiles (faut pas oublier qu'il y a toujours 80 % de l'humanité exclue de notre mode de vie, et que ça ne diminuera certainement pas à l'avenir). Elle est dans la capacité du système à répondre positivement au besoin de croissance, et cette capacité s'annulera à l'avenir, quoi que tu fasses.
Commentaire n°22 posté par Gilles le 11/03/2011 à 08h45
Gilles, je n'ai jamais dit qu'on devait se limiter au chauffage, j'ai juste dit que pour le chauffage on pouvait se passer de fossiles en conservant le même niveau de confort. Il faut faire une étude au cas par cas pour les autres secteurs. Mais ce n'est pas une différence de 10, 20 ou 30% près. Peut-etre qu'il sera nécessaire d'utiliser je ne sais pas disons encore 1Gtep de fossiles pour soutenir une telle société en 2100, ça fait un ordre de grandeur en moins et ça repousse d'autant l'horizon des problèmes, le temps pour réduire encore cette dépendance, et ça permet d'utiliser des non conventionnels sans tout ravager, et enfin de ne pas rejeter trop de CO2.
Peut-etre qu'on arrivera à stocker l'énergie solaire dans 50 ans et qu'on disposera de 100Gtep et que ça permettrait de régler une partie des problèmes potentiels liés au RC, mais je préfère ne pas parier là-dessus et plutot parier sur les technologies qu'on maitrise aujourd'hui, et se fixer 1tep de fossiles avec confort équivalent comme objectif 2050. Partir de l'hypothèse que soit c'est foutu alors autant dilapider les conventionnels aujourd'hui sans se préoccuper du futur, ou que soit ce sera largement dans la poche, c'est me semble-t-il un expédient facile pour justifier de ne pas commencer à faire des efforts dès aujourd'hui et qui aura comme conséquence d'aggraver la crise à court terme pour les plus défavorisés. Alors commençons à agir, et le secteur du chauffage me parait un secteur où on peut le faire car on a des solutions.
Commentaire n°23 posté par parisse le 11/03/2011 à 08h03
"
Bref, ce que tu dis ne remets pas en cause les axes d’action que je défends sur l’horizon prévisible et pour les pays riches : remplacer partout où on le peut le fossile par du renouvelable (ou du nucléaire), financer la R&D à long terme, promouvoir la coopération plutôt que la compétition, associer l’Etat et le marché dans cet effort, financer une partie des coûts par une taxe énergie (qui pourrait se substituer à certaines taxes sur le travail pour ne pas alourdir la fiscalité), produire une réflexion scientifique indépendante sur ces questions… tout cela me paraît assez raisonnable, sans promettre à la prochaine génération qu’elle se rasera gratis avec de la fusion deuterium-tritium. Et tout cela a bel et bien commencé en Europe.

Inversement, les positions fondées sur une projection à trop long terme (« on ne remplacera jamais tout le fossile en 20XX donc c’est foutu d’avance ») ou sur une stratégie à trop court terme (« utilisons au maximum le fossile moins cher et la main invisible du marché trouvera toute seule la solution ») me semblent peu tenables."


Il me semble que tu n'es pas très logique en comparant deux discours très différents. Un discours sur ce qu'il faut faire , et un discours sur ce que ça peut produire.

Tu les présentes comme opposés et contradictoires, alors que pour moi, ils ne le sont pas du tout. Je ne vois pas comment m'opposer à "ce qu'il faut faire" , comme tu le présentes . BIEN SUR on va faire le maximum pour faire le mieux qu'on peut, et comme les fossiles vont s'épuiser, on va finir par faire que des renouvelables. Pourquoi ne le ferait-on pas ? je ne vois aucune raison d'argumenter qu'on ne devrait pas le faire.

Mais dire qu'on doit le faire ne GARANTIT aucunement n'importe quel résultat à l'avance. Pour prendre un exemple, un médecin peut très bien te conseiller de prendre des médicaments, de faire du sport, de manger léger. Il n'aura jamais la folie de te garantir que tu ne tomberas jamais malade , et encore moins que tu seras immortel. Et si tu lui demandes une chose pareil, il te rira au nez. Ca n'empeche en rien QUAND MEME de prendre des médicaments pour soigner certains maux et de mener une vie saine, non ?

donc voilà, j'ai l'avis d'un medecin sur la société humaine. Qu'elle fasse ce qu'elle peut pour aller mieux, ok. La somme de renseignements que j'ai collectés sur la façon dont elle fonctionne me fait penser néanmoins qu'elle n'échappera pas à la décroissance industrielle.

Je ne porte pas d'avis personnel sur si c'est bien ou mal. Je me borne à constater que les traductions concrètes de ce que veut dire une décroissance (qui est, tout betement et simplement, que les gens gagnent de moins en moins de fric d'une manière ou d'une autre, pour les obliger à baisser leur consommation, donc qui signifie très concrètement : crises économiques, précarité, crises financières, crises de la dette, baisse des financements publics, etc, etc....) ne semblent pas particulièrement appréciées par la population.

La position tendant à faire croire qu'on va tous baisser notre consommation sans crise et sans qu'on le ressente douloureusement me semble simplement incompatible avec ce que je vois de la psychologie humaine, c'est tout.
Commentaire n°24 posté par Gilles le 10/03/2011 à 18h23
parisse, je ne parle pas juste de la capacité à se chauffer. Je parle de la capacité à garder une économie comparable , en PIB. On n'a pas l'air de parler de la même chose ...

d'autre part je ne vois pas ce qui limite a priori la capacité à produire et à stocker de l'énergie solaire par exemple.

Si on considère que les contraintes actuelles seront encore plus ou moins valables , à 10, 20, ou 30 % près, dans 100 ans, alors on aboutit à la conclusion qu'il n'y a pas de sociétés industrielles sans fossiles. Elles n'existent pas maintenant, et il n'y a aucune preuve d'aucun genre qu'elles puissent exister avec les capacités actuelles.

Si on considère qu'on ne peut rien dire du futur, alors on ne peut pas non plus exclure qu'on fasse 100 Gtep de renouvelable à l'avenir, et que ça suffise par exemple largement à compenser tous les effets climatiques. Avec assez d'irrigation, de dessalement de l'eau de mer, des constructions bien solides pour résister aux ouragans, des digues là ou ça suffit et le déplacement des installations sur des nouveaux rivages là où ça suffit pas, on doit pouvoir s'en tirer. N'oublions pas que pratiquement rien des équipements modernes actuels n'existait il y a 100 ans, il n'y a aucune difficulté de principe à tout reconstruire dans le même laps de temps.

Est ce que tu as un argument fort pour dire que c'est exclus ?
Commentaire n°25 posté par Gilles le 10/03/2011 à 18h13
Parisse : merci, je vais lire cet article qui a l’air très intéressant, je vous dirai ce que j’en ai pensé.

Gilles : « mon raisonnement ne porte absolument pas sur une forme particulière de la courbe de dépletion , mais juste sur l'existence générique d'une courbe de dépletion »

Certes, mais un pic réel qui commence 2010 avec une décroissance rapide ou un plateau ondulant qui débute en 2020 et dure 30 ans n’a pas les mêmes implications sur la crédibilité des scénarios alternatifs pour l’énergie. De même, une croissance annuelle mondiale à 2 % ou à 8 % n’implique pas les mêmes besoins énergétiques. De même une démographie à 8, 9 ou 10 milliards d’humains en 2050 n’exerce pas la même pression sur les ressources. Et ainsi de suite. La somme de ces petites incertitudes fait que l’on a des scénarios assez différents pour les quarante prochaines années.


« on va s'adapter "juste ce qu'il faut " pour maintenir "un niveau de vie raisonnable mais juste convenable mais sans trop gaspiller" me semble plus tenir du "wishful thinking" (finalement, on ne fait qu'exprimer ses souhaits de société comme on l'aimerait), que résulter d'une analyse objective des contraintes »

On s’adaptera de fait aux contraintes, que veux-tu faire d’autre ? La lutte contre le gaspillage commence déjà en ce moment avec le prix de l’essence, je pense qu’une partie des gens diffèrent des sorties ou des déplacements pas trop utiles. Et comme tu le dis toi-même, le renchérissement prévisible de tout bien ou service qui a une part importante de fossile dans sa conception fera que ces petits changements de comportements sont appelés à se généraliser dans les années et décennies à venir. (Le débat actuel sur le tarif social de l’essence préfigure plutôt ce qui nous attend, comment faire pour les plus faibles ne soient pas durement impactés par les contraintes nouvelles.)


« il est extrêmement improbable que changer le système énergétique fasse retomber pile-poil sur le même genre de niveau de vie qu'avec les fossiles »

Evidemment, je suis persuadé que nous n’aurons ni le même niveau ni le même style de vie dans deux ou trois générations, peut-être avant. Et alors ? Sur l’échelle des temps historiques, la génération des trente glorieuses et la suivante (1950-2000) ne représentent presque rien, c’est une folie de penser que l’histoire du monde deviendra simplement l’universalisation de ces conditions de vie ou son progrès linéaire par amélioration technique de l’existant. J’adhère à la notion de progrès car je pense que les hommes peuvent raisonnablement définir des conditions de bien-être optimal pour un niveau de contrainte donné, et qu’ils utlisent cette même raison pour repousser tendanciellement les contraintes. Mais je suis bien loin des premières idées modernes sur le progrès, une sorte de mouvement arithémique et déterministe faisant que demain est nécessairement mieux qu’hier : il y a des pauses, des régressions locales, des essais et erreurs, etc. Et pour certains aspects du progrès, il y a des bornes objectives comme en forme de limites (plus ou moins) prévisibles comme l’énergie et les matières premières.

Bref, ce que tu dis ne remets pas en cause les axes d’action que je défends sur l’horizon prévisible et pour les pays riches : remplacer partout où on le peut le fossile par du renouvelable (ou du nucléaire), financer la R&D à long terme, promouvoir la coopération plutôt que la compétition, associer l’Etat et le marché dans cet effort, financer une partie des coûts par une taxe énergie (qui pourrait se substituer à certaines taxes sur le travail pour ne pas alourdir la fiscalité), produire une réflexion scientifique indépendante sur ces questions… tout cela me paraît assez raisonnable, sans promettre à la prochaine génération qu’elle se rasera gratis avec de la fusion deuterium-tritium. Et tout cela a bel et bien commencé en Europe.

Inversement, les positions fondées sur une projection à trop long terme (« on ne remplacera jamais tout le fossile en 20XX donc c’est foutu d’avance ») ou sur une stratégie à trop court terme (« utilisons au maximum le fossile moins cher et la main invisible du marché trouvera toute seule la solution ») me semblent peu tenables.
Commentaire n°26 posté par skept le 10/03/2011 à 18h02
Gilles: la valeur de la sensibilite climatique est independante de l'homme, meme si notre connaissance de sa valeur est encore entachee d'incertitudes. Ce n'est absolument pas le cas des scenarios de consommation de fossiles.
Quant a un avenir base sur du renouvelable seul (ou presque), il y a des limites dues au stocage par exemple (que ce soit en hydaulique pour l'electricite, en production de bois pour le chauffage), qui ne semblent pas permettre de depasser d'un ordre de grandeur les valeurs actuelles (disons 4tep en Europe). Inversement des calculs comme celui que j'ai presente pour le chauffage permettent de minorer la quantite disponible.
Skept: Pour les couts d'actualisaion, cf. par exemple pour l'eolien:
http://europe.theoildrum.com/node/5354
Commentaire n°27 posté par parisse le 10/03/2011 à 15h37
"
La seule chose dont on soit sûr est que les humains ne peuvent durablement vivre dans un système de croissance de ces activités sur leur base énergétique fossile actuelle, car ils rencontreront une limite du stock fossile exploitable à coût acceptable (ou exploitable tout court). Mais tout raisonnement fondé sur une courbe particulière de la déplétion (ou de l’inventivité technologique, ou du taux exact de croissance économique) est par nature spéculatif, aussi bien pour les optimistes que les pessimistes (ou une « moyenne » supposée réaliste), soit parce que l’information est partielle (quel stock / flux énergétique final à quel coût) soit parce que la projection est impossible (nature imprédictible des inventions en science, technologie et ingénierie, dépendance du rythme de croissance à toute sortes d’événemnt historiques chaotiques)."

Soyons clair : mon raisonnement ne porte absolument pas sur une forme particulière de la courbe de dépletion , mais juste sur l'existence générique d'une courbe de dépletion.


Je me contente d'observer qu'il y a une quantité qui est l'intensité énergétique moyenne mondiale qui a somme toute relativement peu évolué, et qu'en prolongeant sa tendance de façon raisonnable , et en tenant compte de la dépletion et de la croissance démographique, on tombe génériquement sur une décroissance économique. A l'inverse, supposer que cette décroissance économique n'ait pas lieu demande des conditions très particulières, que l'intensité énergétique se mette à diminuer brutalement au fur et à mesure de la dépletion, et en plus , à un rythme très particulier, pour que ça maintienne "juste à peu près le niveau de vie". Parce qu'assez curieusement, tout le monde semble d'accord pour dire que le niveau de vie ne va pas continuer à croitre ou même accélérer, alors que si on imagine que des progrès sont possibles par des renouvelables, on ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas faire autant ou plus de croissance qu'avant ???

bref l'idée qu'on va s'adapter "juste ce qu'il faut " pour maintenir "un niveau de vie raisonnable mais juste convenable mais sans trop gaspiller" me semble plus tenir du "wishful thinking" (finalement, on ne fait qu'exprimer ses souhaits de société comme on l'aimerait), que résulter d'une analyse objective des contraintes. Allons plus loin : il est extrêmement improbable que changer le système énergétique fasse retomber pile-poil sur le même genre de niveau de vie qu'avec les fossiles ! les fossiles ont révolutionné la vie par rapport à l'agriculture traditionnelle, celle ci a révolutionné la vie par rapport au paléolithique, pourquoi le remplacement des fossiles ne produirait aucune variation importante du mode de vie ? c'est une hypothèse somme toute particulièrement étrange. On peut imaginer qu'il seront soit BEAUCOUP plus productifs que les fossiles (pourquoi pas chacun un jet privé ou meme une navette spatiale à hydrogène avec plein de nanorobots extrayant toutes les matières premières de l'océan, ou même, soyons fous, de l'espace, par exemple ?) - ou bien beaucoup moins, et dans ce cas, retour grosso modo à la civilisation préindustrielle. Mais l'idée qu'on vivrait "presque pareil" sans les fossiles est somme tout la plus improbable, parce que la plus réduite dans l'espace des possibles.

Maintenant, si on me demande mon avis sur le fait que la vie sans fossile serait "bien plus", ou "bien moins" productive, je le donne : pour moi, "bien moins " est bien plus probable.
Commentaire n°28 posté par Gilles le 10/03/2011 à 14h04
Meteor : merci

Parisse : j’ignorais les détails du calcul du prix du kWh. Où trouve-t-on une explication de ces choix et de leurs justifications économiques ?

Gilles : le « futur » est un problème général de ces discussions énergétiques parce qu’aucune anticipation n’est plus crédible qu’une autre au bout de quelques décennies. Si je prends la technologie, le problème n’est pas seulement quelles seront les avancées sur les sources d’énergie primaire d’ici 2050, mais aussi quelles seront les avancées ou transformations dans les industries qui dépendent centralement du fossile et qui en consomment le plus aujourd’hui : métallurgie, chimie industrielle (caoutchouc, plastique, etc.), industrie des produits minéraux (minerais, verre, céramique, ciment, plâtre, etc.), industrie du bois et du papier, alimentaire.

La seule chose dont on soit sûr est que les humains ne peuvent durablement vivre dans un système de croissance de ces activités sur leur base énergétique fossile actuelle, car ils rencontreront une limite du stock fossile exploitable à coût acceptable (ou exploitable tout court). Mais tout raisonnement fondé sur une courbe particulière de la déplétion (ou de l’inventivité technologique, ou du taux exact de croissance économique) est par nature spéculatif, aussi bien pour les optimistes que les pessimistes (ou une « moyenne » supposée réaliste), soit parce que l’information est partielle (quel stock / flux énergétique final à quel coût) soit parce que la projection est impossible (nature imprédictible des inventions en science, technologie et ingénierie, dépendance du rythme de croissance à toute sortes d’événemnt historiques chaotiques).

Pour moi les choses sont plus simples : par inertie collective comme par penchant individuel, les hommes vont chercher de l’énergie pour préserver leur niveau de vie (ou accéder à un niveau de vie qu’ils n’ont pas). En situation d’incertitude sur l’avenir, il vaut mieux partout où c’est possible produire cette énergie par des sources renouvelables que par des sources finies. Et en situation de sources finies dominantes, il vaut mieux une stratégie de coopération que de compétition ou trahison (en termes de théorie des jeux, c’est-à-dire une lutte égoïste pour manger la plus grosse part du gâteau fossile sans pensr à rien d’autre).
Commentaire n°29 posté par skept le 10/03/2011 à 09h28
parisse, ce que je ne comprends pas, c'est que parfois tu utilises l'argument "on ne sait pas ce qui peut se passer dans le futur et des progrès sont toujours possibles" pour écarter les discussions sur les crises énergétiques graves, et d'autres fois, tu utilises des présupposés sur ce futur (par exemple l'impact réel des changements climatiques ou le calcul du coût actualisé des investissements) pour justifier les actions à faire; ce que je ne comprends pas, c'est ta limite entre ce qui te semble assez avéré pour justifier d'agir, ou non, et les critères objectivables que tu retiens pour faire la différence entre les deux.


PS : Huet commence aussi à me censurer , sur la banquise. Je posterai mes réflexions à ce sujet ici alors ...
Commentaire n°30 posté par Gilles le 10/03/2011 à 08h51
Allez donc expliquer vos idées au monde de la finance...

Vous vous croyez dans un monde de bisounours ma parole.
Commentaire n°31 posté par Robert le 10/03/2011 à 00h00
qui a un placement qui pourrait rapporter 5% en moyenne sur les prochaines 30 années)

Parisse m'étonnera toujours
Commentaire n°32 posté par the fritz le 09/03/2011 à 21h44
Gilles, je ne suis pas sur de comprendre ce que tu ne comprends pas, je précise donc. Dans le prix de les énergies renouvelables (et du nucléaire dans une moindre mesure), l'investissement initial est prépondérant (par exemple pour des panneaux solaires thermiques, ça va être 95%). Or dans les calculs de prix du kWh, le cout de l'investissemnt initial n'est pas simplement divisé par le nombre d'années * le nombre de kWh/année, à la place on calcule un coût fictif, comme si on avait placé cet argent avec un taux donné, par exemple 5%, censé représenter ce que rapporterait cet argent en plus de l'inflation (après on ajoute bien sur les couts de fonctionnements). C'était sans doute un calcul raisonnable dans la période des 30 glorieuses, mais plus du tout maintenant (qui a un placement qui pourrait rapporter 5% en moyenne sur les prochaines 30 années): le fait que les énergies renouvelables ont un cout prépondérant à la construction de l'installation est bien sur intrinsèque, mais ça n'intervient qu'une fois dans une société à majorité énergie renouvelable, c'est le cout divisé par le nombre d'années qu'il faut prendre en compte et comparer aux autres énergies.
Les règles actuelle du marché ne sont tout simplement pas adaptées à la déplétion, il est donc impossible qu'elles permettent d'optimiser.
Commentaire n°33 posté par parisse le 09/03/2011 à 19h58

Comme vous avez pu le remarquer, ou sinon, vous le saurez maintenant, les commentaires sont placés du plus récent au plus ancien.

Je n'aime pas trop cet ordre mais s'il y en a un grand nombre, c'est plus pratique.

Réponse de meteor le 09/03/2011 à 20h02
Gilles : « il n'appartient à personne de décréter pour le monde entier comment il est nécessaire de vivre »

Plus exactement : les hommes vivent avec des règles communes, elle sont fixées par la tradition, l’autorité ou l’argumentation. Donc « comment il est nécessaire de vivre » est toujours à un certain degré établi par la loi démocratique (régime de la décision par argumentation et choix majoritaire). Idéalement, des règles minimales comme « ne pas nuire à autrui »pourrait normer la vie commune. Mais les choses sont plus complexes et les hommes jamais d’accord sur la notion de nuisance, etc. Il n’existe aucune idée même simple (égalité, liberté) qui ne reçoivent des interprétations différentes par les citoyens, d’où le conflit des valeurs et des visions du monde (et avant lui le conflit des intérêts matériels).


« qui ne remet absolument pas en cause le désir de disposer du maximum d'énergie possible »

On peut imaginer que ce soit remis en cause, c’est le cas dans certains discours écologistes selon lesquels l’empreinte humaine (énergétique, environemntal) doit être minimal. Pourquoi pas, voir le point précédédent (il faut faire partager cet idéal par l’argumentation). Pour ma part, je pense que l’énergie contribue à l’émancipation et philosophiquement, je ne vois pas de limite à celle-ci, je ne pense pas que l’homme doive respecter les limites « naturelles » (ce qui n’empêche pas de choisir une meilleure qualté de vie passant généralement par la préservation de l’environnement, mais dans mon esprit c’est toujours la qualité de vie *humaine*, l’environnement *humain*, pas la nature en soi qui serait dotée de droits ou fondatrice de normes, a fortiro je ne sais quelle pensée magique ou mystique).


« tant qu'on dépendra un tant soit peu des fossiles, on n'arrêtera jamais de les extraire »

C’est probable mais cela dépendra de l’évolution des connaissances, donc je ne considère pas les scénarios élevés du GIEC comme des impossibilités (pas les plus élevés qui vont au quadruplement et supposent des réserves immenses avec une croissance exponentielle, mais les limites de ce qu’on peut racler vont certainement au-delà du doublement ; voir le documentair Gasland pour la tendance, chez certains, à exploiter de manière immédiate et anarchique toute opportunité nouvelle.).


« il est peu probable qu'une décroissance imposée par des limites naturelles soit vécue comme quelque chose d'agréable »

A nouveau, cela dépend des états d’esprit des gens. L’idée même de limites naturelles m’est désagréable, comme tout discours de la nécessité (cf ci-dessus). Je pense que la majorité des humains préfèrent cela, même s’ils ne réfléchissent pas aux fondements philosophiques de leur attitude devant la vie.

Pour le reste, le débat concerne non pas un maximum dans l’idéal (d’énergie, de production), mais la réalité de ce qui se produit et de la manière dont ce qui se produit est utilisé, partagé par les humains.
Commentaire n°34 posté par skept le 09/03/2011 à 19h16
Skept, je parle de la moyenne de la vie de la population. Il y a toujours possibilité de faire des riches et des pauvres , meme dans une société médiévale, mais tu ne changes pas le total produit dans la société - les prostituées, les artistes peintres, ou les coiffeurs font payer aux clients une fraction qui doit etre à peu près constante de leur niveau de vie, la "richesse" produite suit donc la richesse matérielle, mais ne la remplace pas.

Maintenant une chose doit etre claire : tout ce que je dis n'implique RIEN sur la qualification de savoir si c'est bien ou mal de vivre plus chichement. Je ne veux pas rentrer dans ce débat , pour la première raison fondamentale que je pense qu'il s'agit d'un jugement subjectif, personnel, culturel, et qu'il n'appartient à personne de décréter pour le monde entier comment il est nécessaire de vivre. Je me contente d'observer que le mode de vie industriel parait entièrement dépendant de la disponibilité en énergie abondante et bon marché, et qu'il semble bien que seuls les fossiles puissent l'assurer à ce niveau; c'est un constat, c'est tout.

j'observe par ailleurs une autre chose : c'est que ceux qui réclament à cor et à cri le développement d'autres énergies sont bien dans l'optique que c'est une bonne chose de disposer de plein d'énergies - ils voudraient juste qu'elle soit inépuisable et sans pollution, ce qui est tout à fait compréhensible , mais qui ne remet absolument pas en cause le désir de disposer du maximum d'énergie possible. Il n'y a donc en réalité pas tant de différence que cela entre les écolos et les libéraux tenant du libre marché, ils cherchent en fait la même chose, ils peuvent simplement diverger sur l'appréciation des différents inconvénients associés aux différents modes de production - mais aucun ne remet en cause l'interêt d'en produire un maximum !!!

ça me laisse donc penser que personne ne limitera VOLONTAIREMENT la production d'énergie en dessous de ce qui est possible de faire, et que donc, l'humanité évoluera comme un système sous contrainte, en essayant de produire le maximum de ce qui est techniquement possible de produire. Une conséquence logique sera

a) que tant qu'on dépendra un tant soit peu des fossiles, on n'arrêtera jamais de les extraire - seules les contraintes géologiques finiront par y mettre fin

b) qu'il est peu probable qu'une décroissance imposée par des limites naturelles soit vécue comme quelque chose d'agréable. Et on le vérifie tous les jours avec des discours politiques qui n'hésitent pas à mélanger dans le même discours la dénonciation de la société de consommation et du capitalisme, mais aussi réclamer le droit à augmenter le SMIC, les allocations, la gratuité des soins, la solidarité avec le Tiers monde - ce qui revient quand même à dire qu'il faut enrichir le maximum de personnes.
Commentaire n°35 posté par Gilles le 09/03/2011 à 13h50
Oui bien sûr mais c'est toujours le même problème, une énergie ne va remplacer le fossile partout, ce qui n'empêche pas un remplacement partiel du fossile dans divers postes où il est substituable. Ma remarque concerne plutôt la question de l'énergie comme marché : certaines pistes nouvelles sont trop longues, trop complexes et donc trop incertaines pour être mises en oeuvres par un acteur privé ; l'existence d'un marché de masse sur des biens d'équipements coûteux, déjà installés et interconnectés (chaudières, véhicules, etc.) n'est pas favorable à l'émergence ds niches compétitives ; le temps de retour sur investissement marchand est court ; les asymétries d'information (entre producteurs de fossile et spéculateurs-consommateurs, sur l'état des ressources) en font un marché biaisé ; la dimension "sécuritaire" et géopolitique explique les interventions de l'Etat sur un bien central dans la vie des sociétés modernes ; etc. Pour toute ces raisons, une transition énergétique a plus de chance de se faire en système mixte, avec un Etat qui fixe des objectifs et propose des garanties, des acteurs privés qui entrent en compétition pour réaliser au mieux ces objectifs. Je pense qu'une des premières carences pour la prise de décision efficace est celle de l'information sur l'état exact de l'énergie et son évolution prévisible.

Je reviens sur un point que tu disais et auquel j’avais répondu par la plaisanteire : « Qu'est ce que vous faites de 30 000 $/an avec 1 tep/an, concretement ? »

Je me disais, s’il y a des riches et des pauvres dans mon village, mais tout le monde ayant 1 tep, que pourrait se payer le riche. Déjà, un peu plus d’énergie. Et aussi plein de choses en terme de service : il pourrait se payer les services d’une bonne, d’un jardinier, d’un cuisinier, d’un précepteur pour ses enfants, d’un gardien quand il est absent, d’un comptable, d’un kiné, d’une prostituée, d’un médecin, etc. On aurait donc toutes sortes de tâches monnayables malgré (et au sein) des limites matérielles, des tâches qui relèvent de services et de savoir-faire, et qui rappellent plutôt les sociétés d’ancien égime. La question est plutôt de savoir comment on pourrait être riche dans une telle société pauvre en énergie : sous l’Ancien Régime, c’était par la force et la lignée permettant la domination de territoires et de populations, mais cela ne fonctionne plus dans une société moderne. On aurait plutôt moins d’écart de richesses dans une telle société à l’âge contemporain. En fait, je ne trouve pas forcément pénible cette perspective, même si j’espère que les progrès technologiques permettront entretemps de monter au-delà de 1 tep / personne. Que la compétition-coopération pour des biens matériels surabondants (fraise en hiver, quinzième paire de chaussure, troisième SUV et voyages pluri-annuels en destinations lointaines) soit en partie remplacée par une compétition-coopération pour des services utiles à la qualité de vie et pour des biens plus immatériels (arts, culture, éducation, etc.) est-elle une mauvaise chose ? En tout cas, ce ne serait pas un pur et simple retour à la féodalité ou au néolithique.
Commentaire n°36 posté par skept le 09/03/2011 à 10h12
certes, mais pour chauffer, on peut prendre n'importe quelle forme d'énergie, tout se transforme en chaleur d'après le 2nd principe. Mais pour une économie moderne, ça suffit pas vraiment - et jusqu'à preuve du contraire, le bois ne suffit pas à assurer tous les transports, la carbochimie, la métallurgie, etc, etc... dans les quantités nécessaires pour une économie moderne.
Commentaire n°37 posté par Gilles le 08/03/2011 à 23h59
Gilles : "Y a qu'a vendre l'énergie à un prix suffisant pour qu'elle soit rentable, c'est tout"

Un des problèmes est qu'au minimum, l'énergie seule ne sert pas à grand chose, elle est toujours couplée à une infrastructure qui exploite de la chaleur, du travail, etc. Tu n'achètes / ne vends pas du bois pour le brûler au milieu du salon ou dans le jardin, ni du biocarburant s'il n'est pas compatible avec 95% des moteurs. De même, un opérateur marchand en 1940 allait difficilement se dire : "tiens, j'ai une bonne idée, dans 25 ans ans je vais vendre de l'énergie nucléaire". Un marché comme celui de l'énergie n'est pas comparable à un marché de biens de consommation.

Par exemple : en chauffage, l'hiver DJF coûte 15 stères ce qui fait environ 600 euros (en campagne, 40 euros la stère de 50, mettons 50 euros avec des taxes donc 750 euros) ; en fioul, il coûte 1000 litres soit 750 euros aussi. Le prix de l'énergie est à peu près équivalent, mais tu as 90% de chaudière fioul pour 10% de chaudière bois. Ce n'est pas l'énergie qui empêche une transition, juste l'inertie des brûleurs installés dont la durée de vie est de 15-30 ans.
Commentaire n°38 posté par skept le 08/03/2011 à 23h43
correctif : il faudrait qu'elle ait une productivité économique bien supérieure, et en plus croissant avec le temps.
Commentaire n°39 posté par Gilles le 08/03/2011 à 19h48
ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi le retour sur investissement d'énergies productives devrait etre long. Y a qu'a vendre l'énergie à un prix suffisant pour qu'elle soit rentable, c'est tout. Et si ce prix est trop élevé, alors c'est qu'elle est vraiment plus chère, et alors je ne comprends pas que ça ne conduise pas à un appauvrissement général. Ca me parait contradictoire de dire d'une part qu'une énergie n'est pas immédiatement ou du moins rapidement rentable, mais qu'elle permettrait à terme d'avoir la meme productivité économique.
Commentaire n°40 posté par Gilles le 08/03/2011 à 19h46
Gilles,
tu sais très bien que le marché ne peut pas développer des énergies dont le retour sur investissements est long, tout simplement parce qu'il calcule les couts avec des taux d'actualisation qui ne sont pas compatibles avec une période de stagnation des fossiles et encore moins de déplétion (ceci revient à adopter des règles avec un biais systématique en faveur du présent par rapport au futur). Si on pense que le niveau de vie moyen va rester constant ou baisser, il faut compter les investissements avec un taux d'intérêt nul (hors inflation) voire négatif. Evidemment, ce n'est pas ce genre de règles que les marchés utilisent, ils favorisent donc le recours aux énergies fossiles (en se fondant de plus sur leur prix actuel) et pas aux énergies renouvelables ou aux économies d'énergie. Quand par exemple on calcule un prix d'électricité solaire thermique à 20 centimes/kWh, c'est avec un taux de 5% au moins en euros constants, avec un taux de 0, on devrait sans doute diviser par 2 (à vérifier, je n'ai pas fait le calcul précis), ce qui change pas mal la comparaison.
Commentaire n°41 posté par parisse le 08/03/2011 à 18h45
Robert : oui, c’est à peu près ce que je calcule, comme mes buches font 0,7 à 0,8 m de long, je prend environ 1,3 m de haut (et 1 m de large) pour évaluer le m3 (à l’œil). Le fait est que chez les vendeurs de bois, j’avais observé sur Internet des calculs compliqués pour évaluer le stère selon que les buches sont à 30, 50 ou 100 cm.

Gilles : « Qu'est ce que vous faites de 30 000 $/an avec 1 tep/an, concretement ? »

Je me construis une vie de rêve… sur Second Life ☺

Pourquoi un GIEC de l’énergie au lieu du WG3 ? Parce que j’aimerais avoir l’avis d’experts internationaux totalement indépendants sur les points suivants

> Réserves de fossile conventionnelles et non conventionnelles, avec fourchette de plausibilité sur le non prouvé et sur l’exploitabilité (physique / économiques) du non-conventionnel :
• Charbon (différentes qualités)
• Gaz (conventionnel et non conventionnel)
• Pétrole (idem)

> Energie renouvelables ou nucléaire, fourchettes de plausabilité sur ce que l’on peut produire avec :
• Biomasse
• Géothermie
• Eolien terrestre et maritime
• Hydroélectricité
• Solaire thermique et PV
• Fission nucléaire (diverses générations opérationnelles)
• Biocarburant

> IE / IC : exposition des postes réels de gains d’intensité énergétique / carbone observé sur 1970-2010 et une fourchette de plausibilité sur la poursuite de ces gains postes à postes (les moteurs, les turbines, les réseaux de distribution, la cogénération, l’isolation, etc.)

> Projets en développement : enfin, une liste de toutes les pistes entièrement nouvelles mais non opérationnelles, leurs degrés de maturation selon les publications et expériences menées dans le monde (solidité de la preuve de concept scientifique), la date prévisible de la preuve de concept (réussie ou ratée) industrielle, par exemple vers 2025-2030 pour Iter et la fusion.

Avec à chaque fois sur tout cela un chiffrage économique et des modèles dynamiques d’implantation formant des scénarios sur 30-50 ans (couplant les changements de sources avec les changements des infrastuctures de batiment, transport, réseau, etc.).

C’est évidemment très loin de ce que fait le GIEC, et c’est bien dommage car le climat et l’énergie sont liés en tout état de cause. Sur l’énergie, on a pour l’instant des déclarations contradictoires, des sources non indépendantes des producteurs ou des Etats, des calculs partiels orientés uniquement réduction fossile, des compilations de données disparates sans synthèses claires ni marges d'erreur ni probabilités, etc.
Commentaire n°42 posté par skept le 08/03/2011 à 17h53
skept @


""""pour le stock c'est plus simple parce que j'ai deux rangées de séchage extérieur S et SO faisant pile 10 mètres de longueur chacune, donc sur chacune je sais qu'à environ 1,3 m de hauteur, je suis à 10 stères, et au double à 2,6 m.""""

Juste une petite correction, un stère c'est 1mètre/1mètre/1mètre, un stère fait un m3 en volume (espaces compris) ce qui représente en gros 0,80m3 effectifs de bois. Certains bûcherons peu scrupuleux ont l'art d'arranger les quartiers pour augmenter les espaces et comme ils achètent au M3 et revendent au stère .....
Commentaire n°43 posté par Robert le 08/03/2011 à 16h19
"parce que le marché optimise sur des échéance beaucoup trop courtes (et des profits attendus sur les prêts incompatibles avec la période qui s'annonce)."

je n'arrive pas tres bien à saisir son argument : comment un truc qui n'est pas rentable sur le court terme finit par l'etre sur le long terme ? l'énergie, c'est un truc que tu produis et que tu vends, si y a besoin d'énergie, et qu'on peut la produire, pourquoi ne le ferait-on pas ? si le bois peut se développer techniquement, pourquoi ne le ferait-il pas ? y a pas eu besoin de se forcer pour développer le gaz ou le fioul , ou même les radiateurs électriques.
Commentaire n°44 posté par Gilles le 08/03/2011 à 07h35
Skept, comme je disais, la remarque sur l'épuisement des fossiles n'était pas tant faite pour prévoir la situation ultime de l'humanité, que de dire que la courbe sera forcément décroissante. Une fois qu'on a dit qu'on ne peut jamais vraiment savoir ce qui va se passer, ce qui est tout aussi vrai du climat, on est bien obligé de prévoir la situation à partir de tendances actuelles, ce qui suppose bien qu'on utilise l'information actuelle (c'est un peu dans l'idée mathématique de faire un développement limité de fonctions en utilisant uniquement les dérivées au temps présent ! ) .

D'une manière générale, ce que je trouve curieux dans le débat climato-énergétique, c'est qu'on donne beaucoup d'importance à des extrapolations dans le futur d'impacts climatiques qui sont à peine significatifs actuellement, et peu à des impacts énergétiques qui eux sont parfaitement mesurables et significatifs ! je me demande si ce n'est pas un aspect des peurs humaines qui sont plus souvent centrées sur l'inconnu que sur des dangers parfaitement connus- par exemple les mêmes personnes peuvent craindre les dangers des antennes GSM mais prendre leur voiture, ou craindre les vaccins mais fumer comme des pompiers. Ca me parait quand meme curieux de dire "ah mais quand on n'aura plus du tout de fossiles , on aura surement d'autre chose à la place, mais si on a 2°C deplus, on va surement beaucoup souffrir" - alors que l'extrapolation des connaissances actuelles montre très exactement l'inverse.


Pour 1 tep/an, c'est pareil : plein de gens vivent avec 1 tep/an, mais ce n'est aucunement la vie des pays développés avec un PIB de 30000$/hab. Qu'est ce que vous faites de 30 000 $/an avec 1 tep/an, concretement ? le PIB, ça mesure d'abord et avant tout la consommation, si on ne consomme plus, le PIB se rétracte, c 'est aussi simple que ça.
Commentaire n°45 posté par Gilles le 08/03/2011 à 07h30
parisse : merci des chiffres, j'ignorais les ordres de grandeur pour la ressource bois. Elle semble là, mais la transition est forcément lente (il faut fabriquer, financer et installer des chaudières bois) et pas universelle (je vois mal une barre HLM ou un immeuble du centre parisien chauffés facilement au bois... cela existe ?)
Commentaire n°46 posté par skept le 07/03/2011 à 21h49
Gilles:
233 -> si on ne prend pas de mesures très fortes, je suis d'accord qu'on n'y arrivera pas (disons à environ -0.5% globalement par an d'ici 2050 pour atteindre 1 tep/habitant et par an à cette échéance) parce que le marché optimise sur des échéance beaucoup trop courtes (et des profits attendus sur les prêts incompatibles avec la période qui s'annonce). Mais je pense que c'est techniquement possible, ce qu'il faut c'est mobiliser une volonté politique.
234 -> les non conventionnels seraient exploités si on ne trouve pas d'équivalents d'ici-là mais de plus en plus comme matière première, donc à un rythme qui ne génère pas des problèmes à la même échelle (il doit déjà y avoir un facteur au moins 10 aujourd'hui et on a un énorme marge coté recyclage et gaspillage).
Skept: on estime qu'on peut exploiter 20 Mtep de bois par an en France, ça fait un peu plus de 300kgep/personne, de quoi compléter les 45Mtep de solaire thermique de chauffage dont je parlais pendant les jours gris, ça ferait 1tep de renouvelable par français et par an, je crois que ça suffit déjà avec l'isolation actuelle des logements, alors avec une isolation meilleure pas de problèmes. Ce sera plus difficile pour les autres secteurs, à commencer par les transports où des remises en causes me paraissent inévitables.
Commentaire n°47 posté par parisse le 07/03/2011 à 20h49
Robert : "le manque de précision sur la quantité" Ben j'ai dit à vue de nez. Pour la coupe, je n'ai jamais cherché à calculer à chaque fois que je sors, pour le stock c'est plus simple parce que j'ai deux rangées de séchage extérieur S et SO faisant pile 10 mètres de longueur chacune, donc sur chacune je sais qu'à environ 1,3 m de hauteur, je suis à 10 stères, et au double à 2,6 m. (Bon, cela dit, ce n’est pas le problème et Meteor va nous foutre dehors !)

Gilles : ah mince, tant pis pour Futura, je m’inscrirai peut-être à Oleocene. Sur la « vraie valeur », c’est un problème macro, mais aussi micro-économique (des choses que certains marginalistes ont approché). Le processus de valorisation est à mi-chemin entre l’économie et la psychologie, c’est évident dans certains marchés comme l’art ou le luxe ou l’édition (deux toiles de peinture vale 1 et 1 million sans que le matériau ou l’énergie les distinguent), je soupçonne que c’est plus général dans le comportement économique, au-delà d’une base matérielle difficile à remettre en question.

Sur les étalons énergétiques de l’économie, je sais que divers auteurs l’ont proposé, les seuls que j’ai lus (il y a bien longtemps) étaient Dubouin et Georgescu-Roegen. Ton idée de ratio calorique / temps est pas mal, je vais y cogiter.

Quant à prolonger les courbes (vers la conso fossile nulle), cela perd de son sens au bout d’un moment (Keynes disait « à long terme nous serons tous morts » pour rappeller que l’échelle de temps d’action de l’économie est plutôt la génération humaine). On ne va pas abuser de l’hospitalité de Meteor pour relancer le débat : de combien de temps disposons-nous au juste pour trouver des sources alternatives et quel est le niveau de sérieux des hypothèses sur l’innovation technologique ? C’est sans fin… contrairement à certaines ressources !
Commentaire n°48 posté par skept le 07/03/2011 à 17h14
Skept, je te déconseille fortement de lancer un sujet sur l'économie ou le climat sur FS, j'ai essayé en mon temps, mais il parait que c'est hors -charte :); déjà, l'énergie, c'est limite, je les ai déjà un peu gavés ! en revanche, je peux te faire entrer dans un forum "fermé" créé par un membre de FS frustré de ne pas pouvoir discuter de tout ça ;). Mais il n'est pas très actif du coup ...

effectivement le problème central de la croissance "hors énergie" , c'est aussi le problème de la mesure du PIB, donc de la monnaie et de l'inflation, ou de la "vraie valeur " des choses. Après tout qu'est ce fait dire que l'écu du Moyen age valait tant ou tant de dollars actuels? on n'a qu'à dire qu'un écu valait un million de $ actuels , et ils étaient bien plus riches que nous. Bon manifestement y a quelque chose qui cloche quand même là dedans. C'est comme dire que le dollar zimbabwéen vaut toujours un dollar américain, avec l'hyperinflation, ils deviennent tous très riches. Mais ça va pas non plus ....

donc quand même tu es bien obligé d'admettre que malgré le flou qu'il y a de convertir une monnaie en une autre ou , ce qui est un peu la meme chose, d'évaluer proprement l'inflation au cours du temps (ce qui revient à comparer la "valeur" d'une monnaie entre deux moments différents), il y a quand meme des "étalons " de richesse relativement invariants qui permettent de comparer des pays ou des époques différentes. J'avais proposé à un moment que ces étalons pouvaient par exemple etre la ration calorique de base, et que la "croissance" serait in fine mesurée par la diminution du temps humain passé à produire une ration calorique de base - ce qui a l'avantage d'etre indépendant de la monnaie. Je pourrais développer un peu plus cette idée, mais bon on devient quand meme très loin du sujet central de ce forum, malgré la bienveillance apparente du propriétaire qui a peut etre tout simplement arrêté de lire ce fil depuis longtemps :) Apparemment ce n'est pas une théorie orthodoxe en économie, mais je continue à trouver l'idée intéressante. L'idée alors serait que ce n'est pas tant l'énergie totale qui compte, que l'efficacité avec laquelle on l'utilise et on remplace le travail humain - ce qui laisse effectivement une latitude d'amélioration de l'IE à conso constante ou même décroissante. Cependant, pour des raisons physiques évidentes, ces améliorations sont quand meme limitées dans le temps et ça ne permet en aucun cas de poursuivre à l'infini la croissance.

La question est alors, avec la décroissance absolue de la capacité de production énergétique, que devient cette productivité? meme si dans un premier temps , on peut compenser cette baisse par une amélioration de son utilisation, je doute que ça puisse se faire beaucoup, et pendant longtemps - il ne faut pas oublier qu'à terme la conso de fossiles sera STRICTEMENT NULLE. Et sans fossile, je répète, je doute fort qu'on puisse approcher un tant soit peu la productivité actuelle.
Commentaire n°49 posté par Gilles le 07/03/2011 à 15h41
skept @


En tant que propriétaire forestier et m'étant chauffé au bois pendant trente ans, je sais exactement comment ça se passe, aussi vos explications me font un peu sourire, surtout le manque de précision sur la quantité.
Commentaire n°50 posté par Robert le 07/03/2011 à 15h40

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