Partager l'article ! Le réchauffement récent est-il la conséquence de la variabilité interne? (1): Un argument ...
Un argument sceptique de base, parmi tant d'autres, pour expliquer le réchauffement moderne, est d'évoquer la variabilité interne du climat.
Bien entendu, il n'y a pas le moindre début de commencement de preuve, en général, mais c'est d'autant plus facile d'instiller le doute en utilisant cet argument que cela s'appuie sur un fait réel qu'on peut vérifier à l'échelle locale, à savoir:
le temps varie en permanence.
Evidemment si le temps varie à un endroit donné, par exemple s'il fait plus froid que la normale, c'est souvent, voire toujours, qu'il fait plus chaud ailleurs.
Bref, après ces petites considérations, nous allons essayer de voir, dans plusieurs articles, ce qui coince pour expliquer le réchauffement récent uniquement par la variabilité interne.
généralités
On comprend par variabilité interne tout ce qui fait varier le climat en dehors des forçages radiatifs provoqués principalement par:
- les gaz à effet de serre (hors vapeur d'eau)
- le soleil (activité, orbital)
- les volcans
- les changements d'usages des sols (qui peuvent intervenir également dans les bilans eau)
On emploie le terme de forçage interne lorsque celà concerne l'action d'un phénomène qui agit,en dehors des forçages radiatifs cités plus haut, sur tout ou partie du système climatique.
Par exemple, on parlera de forçage des SST sur les terres, de forçage d'un Niño sur la planète, etc.
Ce qui nous intéresse ici est la variabilité de la température moyenne de surface qui est l'indicateur principal du changement climatique.
Nous utilisons, comme d'habitude, un système qui comporte une ou deux zones homogènes qui subissent des processus physiques très simplifiés.
La température moyenne est donc la température de la zone ou la température moyenne de deux zones au maximum.
La variabilité interne de la température moyenne se traduit donc par la variabilité de la température en un seul point ou de la température moyenne de plusieurs points (ici deux seulement, mais le raisonnement ne change pas si on utilise un plus grand nombre de points).
paramètres influant sur la température de surface
Le premier principe de la thermodynamique nous dit que c'est la variation de son énergie interne, elle-même égale aux quantités de chaleur et de travail échangées entre cette masse et l'extérieur.
On fera attention cependant au fait que l'énergie interne n'a de signification que pour une masse ou une parcelle de matière (air par exemple).
On ne fera pas intervenir ici les approches eulériennes (point fixe) ou lagrangiennes (matière) et on considérera donc de la matière fixe subissant des flux de chaleur bien qu'en réalité il y ait transfert de masse.
On peut représenter schématiquement les principaux transferts thermiques et radiatifs (travail mécanique négligé) de la façon suivante:
L'advection représente ici le transfert de chaleur horizontal, la convection le transfert vertical.
Les échanges de chaleur entre surface et couches profondes sont spécifiques aux océans.
nota: l'advection correspondant au transport de chaleur ou d'enthalpie n'a de sens que s'il existe un gradient d'enthalpie (lié au gradient de température) dans le sens de la circulation atmosphérique ou océanique.
Nous allons examiner un exemple simple qui concerne l'advection, en supposant les échanges verticaux constants, sauf le transfert radiatif.
transport méridien à l'échelle globale
Le système climatique terrestre, à l'échelle globale, dans les grands principes, est relativement simple.
Le fait que la Terre soit une sphère implique que le flux solaire (en W/m2) décroît lorsqu'on s'éloigne de l'Equateur vers les pôles.
Il y a donc un gradient de flux solaire méridien (équateur-pôles) reçu qui provoque un gradient de température de surface.
Ce gradient de température appliqué à une planète avec atmosphère et océans, implique une mise en mouvement des fluides de l'équateur vers les pôles.
Pour l'atmosphère, par exemple, c'est la différence d'énergie potentielle méridienne due elle-même à la différence de température, qui va être un moteur important de l'ensemble de la circulation atmosphérique et océanique.
Il y a donc un transfert d'énergie, essentiellement thermique, par l'intermédiaire des vents et des courants marins, qui compense partiellement la différence de flux solaire reçu entre équateur et pôles.
La terre étant en rotation sur elle-même la force de Coriolis s'oppose au transfert méridien en donnant naissance à un mouvement zonal (d'ouest en est) dont les courants jets sub-tropicaux sont l'expression la plus spectaculaire.
Les courants jets du fait d'hétérogénéités diverses (orographie par exemple) engendrent des ondes de gravité qui elles-mêmes vont perturber la troposphère sur des zones déterminées.
C'est dans ces zones, autrement appelées zones baroclines, que naissent les perturbations qui sont des machines à échanger de la chaleur particulièrement efficaces (notamment de chaleur latente).
C'est dans ces zones que le transfert méridien maximal a lieu.
Nous n'allons pas rentrer dans les mécanismes atmosphériques ou océaniques qui peuvent faire varier l'échange méridien, et nous allons plutôt envisager ce qui se passe de manière très macroscopique en cas de variation de cet échange méridien.
Notons que le transfert thermique est fortement contraint par le gradient de flux reçu, constant sur l'année en dehors des variations orbitales de long terme et par la rotation de la Terre sur elle-même, constante également.
Notons également que si le transfert varie, l'effet sur le gradient s'oppose à cette variation.
Seul l'aspect chaotique du climat peut induire la variabilité interne de ce transfert à moyen terme si on exclut le phénomène des saisons.
un peu de chiffres et de calculs
le transfert équateur pôles est en moyenne, selon Trenberth et al, de 12PW (12 1015W) entre une bande 30°N/30°S et le reste de la planète.
Cette puissance thermique correspond à un flux, ramené à la surface, de 47 W/m2 environ.
On notera que le transfert atmosphérique est bien supérieur au transfert océanique dans un rapport de 5:1.
De plus le transfert océanique est largement soumis à la circulation atmosphérique.
La partie convective (thermohaline) plus "indépendante" en principe de cette circulation étant inférieure à 0.5PW correspondant à un flux de l'ordre de 1W/m2.
L'extinction totale de la circulation thermohaline ne représenterait que très peu sur un plan global d'autant que la circulation atmosphérique aurait tendance à prendre le relais.
Nous allons envisager une variation de l'ordre de 20% environ de ce transfert méridien, soit 2.4PW ou 10 W/m2 sur 50 ans par exemple.
L'ordre de grandeur de cette variation, dans un système aussi fortement contraint, ne se produit que lors du cycle saisonnier et c'est surtout la forte dissymétrie des deux hémisphères qui en est la cause.
Une variation interne du transfert méridien du système, hors cycle saisonnier, aussi importante que 20%, impliquerait vraisemblablement que le système soit très instable.
Et on voit mal les changements de circulation atmosphérique susceptibles de provoquer une telle variation pendant la période du réchauffement climatique observé.
Une telle instabilité de l'atmosphère se traduirait vraisemblablement par des variations du très court terme au moyen terme d'une intensité plutôt conséquente.
Mais peu importe, nous ferons tout de même cette hypothèse pour mettre en évidence les conséquences en terme de répartition des températures.
1er cas : pas de rétroactions
C'est le cas envisagé dans ce premier article, tout à fait théorique donc, et correspondant à la réponse de Planck pure.
Le calcul est évidemment très facile puisqu'il s'agit d'utiliser l'équation qui lie la température au flux émis par une surface (loi de Stefan)
On considère qu'on est à l'équilibre: le flux émis par la surface est égal au flux reçu.
Ce flux reçu est égal au flux solaire +- advection.
Ce système climatique très simple est figuré sur le schéma ci-dessous:
On peut faire varier le rapport entre surface émettrice et réceptrice, ainsi que l'advection.
Le flux solaire net atteignant la surface chaude est de 400 W/m2, celui affectant la surface froide est de 200W/m2.
L'advection d'origine, est de 42W/m2 et on suppose qu'elle augmente de 10W/m2.
Si les surfaces émettrice et réceptrice sont égales les advections sont égales en valeur absolue mais inversées.
résultats
On suppose, rappelons le, qu'on est à l'équilibre
Si les surfaces sont égales, une advection de 10W/m2 supplémentaires (42 W/m2 à 52 W/m2) sans forçage exogène provoque une augmentation de la température moyenne de 0.3K seulement.
La température de la zone chaude baisse de -2K tandis que celle de la zone froide augmente de 2.6K.
On est loin de l'augmentation de température moyenne constatée depuis 1960, par exemple, égale à 0.7K .
On est également très loin de la répartition de température telle qu'observée par la NASA.
Cette répartition observée pourrait faire penser à un transfert de chaleur de l'hémisphère sud vers l'hémisphère nord ce qui est concevable si on considère une baisse de l'advection vers le sud et une augmentation vers le nord, à partir des régions chaudes.
On se ramène en quelque sorte au cas précédent.
Essayons de reproduire cette répartition avec la même température moyenne.
Les observations indiquent que l'HS s'est réchauffé de 0.49K alors que l'hémisphère nord se réchauffait de 0.92K.
Sans forçage c'est évidemment impossible puisqu'on rend le système plus hétérogène en déséquilibrant les deux hémisphères et en conséquence on diminue la température moyenne.
Si on veut reproduire la situation observée, il faut appliquer un forçage global de 3.1W/m2 et une augmentation du transfert HS vers HN de 1 W/m2.
Notons que ce transfert supplémentaire a pour effet de faire baisser très légèrement la température moyenne.
La figure ci-après illustre les 3 cas que nous avons examinés.
conclusion
Une augmentation très conséquente (20%) du transfert méridien équateur vers pôles, telle que la température moyenne augmente de 0.3K seulement, entraîne un refroidissement important des régions équatoriales et un réchauffement important des régions polaires de 2 à 3K en valeur absolue pour les deux variations.
Ces valeurs sont incompatibles avec les observations.
Si on essaie de reproduire par ce mécanisme la répartition observée, il faut un forçage global de 3.1W/m2 avec une augmentation du transfert entre l'hémisphère sud et l'hémisphère nord de 1W/m2.
Dans ce cas c'est le forçage qui est exclusivement responsable de l'augmentation de température moyenne.
La variabilité du transfert méridien seule est donc incapable d'expliquer les observations, du moins compte-tenu des hypothèses simplificatrices prises en compte.
Nous verrons dans le prochain article une variation de l'advection dans des zones de sensibilités climatiques différentes.
C'est ainsi que je comprends la chose.
15H00
Cours Edouard Bard
L’océan et le changement climatique : variations de la circulation océanique
Amphithéâtre Marguerite de Navarre vendredi 03 février 2012
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Amphithéâtre Marguerite de Navarre vendredi 24 février 2012
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L’océan et le changement climatique : variations de la circulation océanique
Amphithéâtre Marguerite de Navarre vendredi 30 mars 2012
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Séminaire Edouard Bard
L’océan et le changement climatique : variations de la circulation océanique
Amphithéâtre Marguerite de Navarre.
Que ceux qui ont le temps y aillent et fassent un résumé; peut-être parlera-t-il aussi de variabilité interne à cette occasion
http://data.giss.nasa.gov/gistemp/time_series.html
A quelle terme du bilan énergétique cette variation est -elle attribuable, et quel est le changement de ce terme en 10 ans ?
comme dirait M. de la Palisse, la variabilité interne peut produire un réchauffement sur les échelles de temps où elle se produit.
Si vous avez une information sur l'échelle de temps maximale à laquelle elle peut se produire, merci de les donner !
sirius et meteor : à quoi sont dues selon vous les variations de température dans la période, disons, 1850 à 1950 ?
dans la période en question il n'y a pas de variation de forçages?
d'autre part, la variabilité interne n'est pas exclue.
dans ce premier article j'envisage la variabilité pour causes de répartition des températures de surface différentes suite à des échanges à la surface.
et dans ce cadre, la répartition spatiale du RC actuel interdit que ce soit par ce mécanisme que la température moyenne augmente.
il y a d'autres possibilités de mécanismes je suppose, comme des échanges avec l'océan profond.
Je ne vais pas pinailler sur les flux à 30 ° au lieu de 37,
Désolé pour le temps que je t'ai fait passer là dessus.
Euh, la zone chaude, c'est celle dont le bilan radiatif est positif, la zone froide, bilan négatif. Dans la zone chaude, le flux d'advection (océan + atmosphère) croît avec la latitude puisque la divergence du bilan d'énergie est positive, il décroît dans la zone froide puisque la divergence est négative. La coupure a donc lieu vers 30° (voir figure 7) et là le rapport est de moins de 2.
La valeur du rapport n'est pas le point important, ce qui l'est c'est la façon dont tu découpes tes boîtes et là, j'essaie de voir si on se comprend bien.
je pense que tu oublies l'hémisphère sud.
pour moi la zone chaude c'est celle qui cède de la chaleur.
donc sur la courbe du transfert la limite entre les deux zones est celle où la pente du transfert s'annule (le maximum)
pour l'HN la zone chaude va donc de 0 à 37°N et pour l'HS elle va de 0 à 35°S.
La zone chaude totale va donc de 35°S à 37°N, son bilan radiatif est bien positif puisqu'une partie du flux va vers la zone froide qui est composée du reste et dont le bilan radiatif est négatif.
je vais mettre le graphe pour qu'on soit bien d'accord:
la zone chaude est comprise entre les traits rouges verticaux.
les traits en bleu montrent le flux entrant par l'océan dans la zone froide (1PW(HN)+0.5PW(HS)=1.5PW
les traits en vert ce qui rentre par l'atmosphère (4.5PW(HN)+5.2PW(HS)=9.7PW)
le rapport est donc 9.7/1.5=6.5
bon si tu prends d'emblée une zone chaude 30°N-30°S le rapport baisse mais est supérieur à 2.
ceci dit alors que j'ai pris des surfaces égales dans la simul, là la surface excédentaire doit être un peu plus grande que la déficitaire mais çà change pas grand-chose sur le fond.
enfin si j'ai bien compris.
Sur le long terme, c'est évidemment impossible mais il vaut mieux poser la question en parlant de réchauffement prolongé.
L'idée ne peut être que celle d'un stockage de chaleur par l'océan profond, chaleur qui serait restituée depuis la fin du Petit Age Glaciaire (et accumulée pendant ce PEG?, humm, bon, ça, c'est à gilles de répondre)
Si c'est l'océan qui restitue cette chaleur, alors, il faut s'attendre à ce que ce soient les régions océaniques qui se réchauffent . Le réchauffement de l'Arctique s'explique dans le cadre de l'augmentation de l'effet de serre sans faire intervenir de mystérieuses oscillations de basse fréquence. Là encore, la critique pêche par son caractère non argumenté cad du genre "avec des si, on pourrait mettre Paris en bouteille".
Soyons clair: la question n'est pas de discuter de l'existence des oscillations de toutes fréquences, la question est de savoir si c'est là que réside la cause principale du réchauffement. Or, personne n'est venu donner une estimation de l'amplitude plausible de ces oscillations. En face, il y a une autre explication qui tient la route et qui est compatible en ordre de grandeur avec les observations et avec leur distribution spatiale.
On n'est donc pas du tout au même niveau scientifique.
En outre, il n'y a aucune observation qui aboutit au résultat d'une diminution du contenu en chaleur des océans, au contraire, toutes aboutissent à une augmentation ..même si il y a de la chaleur manquante. Alors, je voudrais bien qu'on me dise comment l'océan peut communiquer de la chaleur à l'atmosphère sans en perdre ...à moins que le bilan global soit déséquilibré mais c'est précisément ce qu'on dit.
il me semble que tu soutiens un point de vue qui est que le réchauffement peut être dû à la variabilité interne.
Bien, qu'est ce qui prouve donc que ce point de vue est recevable?
sinon, rien ne m'empêche de dire que ce sont des petits hommes verts qui en sont responsables
l'origine anthropique du réchauffement, ça se teint un peu mieux que ça
peux tu me citer un article scientifique validant ta thèse?
meteor: effectivement le papier de Trenberth dit explicitement qu'il revoit fortement à la hausse le transport atmosphérique mais je ne comprends pas bien ta moyenne sur toutes les latitudes. Ca n'a pas de sens ou bien j'ai pas compris: vers 20°, les transports atmosph et océaniques sont équivalents puis, le transport océanique diminue parce que l'océan commence à larguer de la chaleur et c'est le transport atmosphérique qui augmente et devient prépondérant mais je ne peux pas faire de moyenne (je crois que c'est aussi ce que dit gilles d'ailleurs). Ce qu'il faut faire, c'est prendre une latitude donnée (disons 30° si tu veux que tes boites aient la même surface) et là tu compares tes deux flux et là, tu as à peu près 2 PW pour l'océan et moins de 4 pour l'atmosphère.
Ca ne change pas fondamentalement ton raisonnement, c'est un peu un (gros) détail.
gilles parle de réactions via l'albédo etc.., ça me pose pb car on se mord la queue: les transports sont déterminés à partir des mesures de bilan radiatif, si on parle de modif de l'albédo , on parle de modifs de bilan radiatif et donc de transports . Ca ne va pas.
oui effectivement la moyenne n'a pas de sens.
en fait si je divise en 2 zones: une chaude qui cède, une froide qui reçoit de la chaleur, ces zones sont délimitées par les maxi des courbes sur chacun des hémisphères et là on a un rapport compris entre 4 et 5.
concernant l'origine, l'atmosphère pique pas mal à l'océan c'est clair, mais comme je le disais, l'océan bouge principalement du fait de la circu atmosphérique il est "wind driven" comme on dit.
bref le transfert océanique n'est pas indépendant ou si peu.
et donc, si on veut envisager une variation de ce transfert, il faut imaginer une variation de la circu atmosphérique qui consisterait par exemple à une modification de la convection équatoriale et/ou une situation de blocage généralisée au niveau des latitudes moyennnes, que sais-je.
mais çà ne me semble pas vraisemblable que tout çà arrive tout seul puisque c'est formidablement contraint en fait.
il s'agit bien évidemment de *variabilité* naturelle interne.
Une petite question, est ce que la variété naturelle peut induire un réchauffement sur le long terme ? Si oui, comment ?
- le mois, le jour, l'heure, plus bas?"
Rien que ce que je t'ai dit (tenir compte des fluctuations saisonnières entre été et hiver) change le calcul du même ordre de grandeur à mon avis. Mais comme je te dis, si tu te mets à prendre en compte des variations d'albedo (nuage ou glace), qui vont là directement impacter le flux incident, tu peux facilement aussi avoir des variations du même ordre. Par exemple sur infoclimat, j'avais vu la suggestion intéressante qu'un apport supplémentaire d'eau salée pourrait retarder la formation de glace de la banquise, et effectivement il semblerait que le déficit hivernal soit surtout concentré vers la mer de Barents alimentée par la langue septentrionale du Golf Stream - pourquoi pas après tout ? dans ce cas une augmentation de la circulation thermohaline pourrait avoir un effet qui ne serait pas dû qu'au flux thermique direct, mais à des conséquences induites sur l'albedo. C'est juste un exemple d'une autre variabilité naturelle possible.
Ton argument est paradoxal quand même, puisque tu as l'air de vouloir démontrer que des variations naturelles ne peuvent physiquement pas faire varier la température de plus de quelques dixièmes de °C, alors qu'on sait très bien que la variabilité annuelle est largement de cet ordre, et que les données paléoclimatiques montrent aussi des fluctuations hors Milankovitch et CO2 , largement aussi de cet ordre . Bref serais tu en train de démontrer mathématiquement qu'il est impossible que quelque chose se passe ...alors que c' est souvent observé ? :)
"Rien que ce que je t'ai dit (tenir compte des fluctuations saisonnières entre été et hiver)"
euh oui enfin tu m'as dit que pour une région particulière çà pouvait varier exactement comme pour mes régions chaude et froide prises individuellement.
"alors qu'on sait très bien que la variabilité annuelle est largement de cet ordre, et que les données paléoclimatiques montrent aussi des fluctuations hors Milankovitch et CO2 , largement aussi de cet ordre "
ben non, moi je sais pas.
tu sais d'ailleurs toi-même que les données paléo sont d'une précision tout à fait insuffisante.
il est impossible d'avoir une précision de l'ordre du degré, voire plus, pour les époques lointaines, ensuite pour les derniers millénaires, hum..., n'insistons pas!
de plus il faudrait leur associer les forçages naturels.
Si on prend la moyenne sur toutes les latitudes on doit pas être loin de 1 à 5."
Ah, ça , ça n'a aucun sens, de prendre la moyenne sur les latitudes. Le flux en question est celui traversant une frontière (un parallèle). Prendre la moyenne sur différentes latitudes ne correspond à rien de physique. Ce qu'on voit, c'est que le flux océanique et atmosphérique est comparable au départ , puis l'océanique diminue et l'atmosphèrique augmente, ce qui signifie que l'océan transfère sa chaleur à l'atmosphère (c'est comme chez toi, si tu as un chauffage central, le flux de chaleur est d'abord apporté par l'eau des radiateurs, mais à l'intérieur de la pièce, par l'air !) prendre la moyenne du flux sur différents endroits n'a pas de sens : l'air est alimenté par l'eau, et si tu coupes tes radiateurs, ton air se refroidit aussi !
si il n'y avait pas de transfert d'un compartiment à un autre, et pas de perte, le flux devrait etre constant : la diminution du flux océanique est forcément un transfert (probablement par évaporation et par conduction) à l'atmosphère, dont une partie vient donc des océans.
ce que dit la figure 7, c'est que le flux est de l'ordre de 12 PW (2 fois 6 ) dont environ 4 (2x 2 ) sont apportés par les océans. Mais ça ne veut absolument pas dire que les 8 restent n'en dépendent pas (en particulier par des possibles variabilités de la couverture nuageuse et de l'albedo des glaces, qui peuvent varier avec la circulation océanique). Je te rappelle que l'essentiel des différences entre les modèles vient de différences dans la couverture nuageuse tropicale, (donc in fine de l'albedo des zones tropicales) , un paramètre dont tu ne peux absolument pas tenir compte avec ton modèle ....
Oui bon tu pinailles un peu là.
Evidemment que l'atmosphère tire une très très grande partie de son énergie de l'océan.
Mais ce qui m'importe surtout c'est le global, en sachant que le mouvement des océans est presque intégralement lié au mouvement de l'atmosphère.
Même la circulation thermohaline en dépend puisque ce sont les vents qui sont à l'origine du retour de THC.
Pour revenir au cas de cet article, donc, une modification importante du transfert ne peut venir que d'une modification de la circulation atmosphérique, c'est cela l'essentiel, mais je te remercie de m'avoir permis de bien préciser les choses.
Sirius, tu as une conception curieuse de la preuve scientifique. C'est quand même à celui qui fait une assertion scientifique restrictive d'apporter des arguments convaincants, pas le contraire. J'admets tout à fait que le réchauffement peut (et doit en partie) venir de l'augmentation des GES, mais je ne vois toujours pas ce qui permet de lui en imputer la totalité. Pour le moment, on a rien vu qui sorte extraordinairement des ordres de grandeurs de la variabilité naturelle - ce qui parait un critère évident pour conclure que quelque chose d'extraordinaire est en train de se produire. Mais on dirait vraiment que la climatologie ne se soucie pas tellement des règles ordinaires de la validation scientifique ...
"Pour conclure que ton calcul est robuste, il faudrait que tu prouves que ce que tu as négligé donne une contribution négligeable à la température, et ça ne me parait pas être le cas."
Le calcul est robuste dans les hypothèses faites je n'ai jamais rien dit d'autre.
Pour "prouver" que ce que j'ai négligé est vraiment négligeable, il faudrait descendre à quelle échelle?
- le mois, le jour, l'heure, plus bas?
- 1000km, 100km, 1km, plus bas?
désolé mais je n'ai pas les moyens de faire.
Ce que j'ai fait et je le publierai bientôt, c'est évaluer la variation d'hétérogénéité des températures sur l'année et sur une maille de 500km environ pour 1955, 1965, 1975, 1985, 1995, 2005.
Bon je pourrais descendre au mois mais sur 50 ans cela me ferait 600 calculs à faire et je ne suis pas sûr que çà en vaille le coup.
"Mais on dirait vraiment que la climatologie ne se soucie pas tellement des règles ordinaires de la validation scientifique ..."
c'est de la provoc cette réflexion.
et puis "on dirait vraiment" çà fait partie des règles de validation?
de même que:
"on a rien vu qui sorte extraordinairement des ordres de grandeurs de la variabilité naturelle"
tu t'appuies sur quoi pour dire çà?
C'est quoi la variabilité naturelle?
c'est avec ou sans forçages naturels?
c'est basé sur les modèles?
c'est basé sur des proxies que tu réfutes par ailleurs?
j'ai dceux pbs
1 peux tu préciser la référence à Trenberth parce que à ma connaissance, les amplitudes des transports atmosphériques et océaniques sont équivalentes et non pas dans un rapport 5 (ou ai je mal compris ton texte?)
2 je crois que tu devrais préciser le détail de ce qui te conduit à 0,3K de delta T, dans quelles conditions? Supposes tu un déséquilibre radiatif momentané de tes deux zones?
3 l'idée que la variabilité interne peut expliquer le réchauffement actuel est pratiquement incompatible avec la distribution spatiale des variations de température. Faudrait que gilles vienne nous prouver que ça ne l'est pas. La charge de la preuve lui incombe.
salut Yves je vais essayer de répondre à tes deux pbs.
La référence est ici voir figure 7.(j'ai indiqué fig 6 mais c'était une autre version)
Si on regarde les maxi de transfert on a 3PW (HN+HS) pour l'océan et 9PW pour l'atmosphère, soit 1 à 3.
Si on prend la moyenne sur toutes les latitudes on doit pas être loin de 1 à 5.
De plus, comme tu peux voir sur la figure, notamment dans l'HN, une très importante partie du transport océanique a lieu au niveau des gyres tropicales et subtropicales induites par la circulation atmosphérique.
Pour la deuxième question j'ai supposé une planète, sans effet de serre, sans rétroaction qui répond au flux suivant Planck et qui est un corps noir, à l'équilibre radiatif dans tous les cas.
Elle est composée d'une partie chaude et d'une partie froide de surfaces égales.
Bien sûr c'est une planète tout à fait théorique mais c'est pour comprendre tout en étant pas trop loin des flux reçus et échangés sur Terre.
La partie chaude reçoit 400W/m2.
La partie froide reçoit 200W/m2.
Le transfert méridien initial est de 42W/m2.
La température initiale de la zone chaude est donc de 281.90K (on fait T = ((400-42)/sigma)^0.25)
La température initiale de la zone froide est donc de 255.60K.( on fait T=((200+42)/sigma)^0.25)
J'augmente le transfert méridien, de manière autoritaire, de 10W/m2.
soit de 23.8%, ce qui est considérable et impossible à mon sens dans le monde réel, mais c'est pour exagérer le trait.
J'obtiens alors une température de la zone chaude de 279.90K en réduction de 2K (normal puisqu'elle transfère à la zone froide) et une température de la zone froide de 258.20K en augmentation de 2.6K (normal puisqu'elle reçoit de la chaleur).
Ceci entraîne une augmentation de la température moyenne de 0.3K, soit une augmentation très faible étant donné la forte variation de flux méridien.
Bien sûr ce n'est pas la Terre, mais ce qui est comparable ce sont les flux reçus et le tranport méridien que j'ai estimé à 47W/m2 au niveau des 35° de latitude.
PS: j'ajoute que pour les problèmes que se pose Gilles et si je les ai bien compris, bien sûr qu'un même bilan radiatif peut avoir comme origine une infinité de couples de températures (dans mon exemple à 2 zones), mais on ne peut pas considérer que, toujours dans mon exemple, les températures de chaque zone font n'importe quoi.
Elles sont contraintes par la géométrie et liées entre elles par les transferts d'énergie.
Bien entendu c'est simplifié mais on va essayer de compliquer ou de varier un peu la variabilité, si je puis dire, un peu plus tard.
Hem, j'ai peur qu'on ne comprenne pas très bien.
La "variation très importante" n'est nécessaire qu'avec les approximations que tu fais (supposer que la moyenne spatio temporelle des températures détermine correctement la température effective moyenne).
Mais si tu fais le calcul plus finement, ça peut etre très différent. Par exemple tu peux facilement obtenir + 1°C dans les régions polaires *sans changer le transfert méridien* et donc * sans changer les températures tropicales*, simplement en jouant sur la courbe saisonnière (j'insiste, à bilan moyen annuel constant).
Comment ?
si tu regardes la courbe saisonnière de l'arctique
http://ocean.dmi.dk/arctic/meant80n.uk.php
tu vois qu'elle oscille en gros entre 245 K (-30 °C environ) en hiver et 275 K (quelques °C).
Le bilan thermique dépendant de T^4 , une meme variation ∆T va produire un effet sur le bilan thermique dans le rapport des T^3 soit (275/245)^3 = 1,4.
Autrement dit, une variation de + 3 °C dans la partie froide a le même effet que - 2 °C dans la partie chaude, pour le bilan d'énergie. Si tu cumules les deux, tu as une variation moyenne de + 1°C * sans rien changer au bilan énergétique*.
Je ne dis pas que c'est ce qui se passe (il faudrait bien sur que les périodes chaudes se refroidissent ce qui n'est probablement pas le cas), simplement que tu peux facilement obtenir l'ordre de grandeur voulu des variations de T *sans changer le bilan thermique* , si la courbe saisonnière n'est pas conservée. Donc ça peut bien changer le résultat de quelques dixièmes (et je ne compte pas les possibles variations d'albedo par exemple ...)
Donc ça jette un doute sur la précision du calcul si tu ne regardes pas ça avec plus de détail ...
ben je vois pas l'incompatibilité avec ce que j'ai écrit.
Sur le plan global, le transfert méridien a une importance qu'il est inutile de souligner.
J'ai envisagé une variation très importante et sans doute impossible, d'ailleurs.
J'ai obtenu 0.3K en moyenne, mais les anomalies observées sont incompatibles avec le calcul des anomalies locales, dans cet exemple simple.
Si tu trouves, par un savant mélange de températures, sans tenir compte d'autre chose que Planck, ce qui pourrait provoquer 0.5K sur l'HS et 0.9K sur l'HN, je suis preneur.
Pour les applications numériques, tu peux rajouter n'importe quelle modulation sinusoïdale annuelle à la température, sa moyenne est bien évidemment nulle, donc ça ne change pas la température moyenne. En revanche ça changera la valeur moyenne des T^4 donc le bilan thermique.
Il faut regarder numériquement ce que ça donnerait, mais tu ne peux pas supposer a priori que ça ne compte pas, c'est ce que je veux dire.
Il y a aussi toutes les rétroactions nuageuses possibles, ou dans le cas de l'Arctique, la rétroaction de l'albedo par la couverture glacée. La tu agis directement sur la fraction de flux solaire incident et l'effet peut être bien plus important (ce qui explique probablement en grande partie l'amplitude des variations glaciaires-interglaciaires). Ce que je veux dire d'une manière générale, c'est que ça me parait très insuffisant de discuter de choses aussi complexes par des bilans thermiques à l'équilibre et des suppositions de "boule isotherme", même par morceaux - la Terre réelle n'est ni l'un ni l'autre. Et prétendre que la différence entre 0,3 K et 0,7 K est significative voudrait dire que ton modèle a une précision bien meilleure que cet écart - ce dont je ne suis nullement convaincu.
Il ne faut pas inverser la charge de la preuve. Si on émet l'énoncé "les variations naturelles ne peuvent certainement pas expliquer l'amplitude observée", c'est à celui qui l'émet qu'incombe la charge de la preuve que c'est impossible - pas à ceux qui en doutent de prouver que c'est le cas. Pour le moment je n'ai pas vu de preuve convaincante que c'est impossible, ou au moins de majoration de l'effet appuyé par des modélisations crédibles.
D'accord pour le bilan radiatif, ce qui compte ce sont les T^4 ou les flux c'est pareil.
Mais c'est bien ce que je fais dans l'exemple d'une variation importante de répartition de la température.
Il faut une variation très importante du transfert méridien pour obtenir une variation de la température moyenne de 0.3K avec des anomalies "locales" entre 2 et 3K.
Pour cet exemple, le calcul est absolument exact.
Le flux renvoyé est toujours égal au flux incident et on calcule les T pour chacune des surfaces en faisant ensuite la moyenne.
Maintenant, si tu lis cet article tu verras bien que je ne sors pas de l'exemple en question.
Il n'y a pas de rétroactions, pas de variation de la convection, etc. et j'aborderai çà plus tard sans idée préconçue.
Mon but étant toujours de partir du plus simple au plus compliqué.
A moins que ce soit une mauvaise méthode pédagogique?
Le plus simple je sais faire, le plus compliqué c'est problématique mais il s'agit d'un premier article.
Sinon j'ai déjà regardé l'évolution de la moyenne des T^4 sur pas loin de 60 ans sur une maille relativement fine et je n'ai pas vu d'évolution significative.
Ce sera pour un prochain article si je retrouve mes billes sinon il faudra me croire ou ne pas me croire sur parole.
1-je ne fais pas la moyenne des T^4, mais la moyenne des T.
2-j'ai bien précisé qu'on travaillait en Planck pur
3-le calcul a été fait sur une variation du transfert méridien, rien d'autre.
4-"un décalage saisonnier pourrait tout à fait introduire une température moyenne annuelle différente avec le même bilan thermique (sinon d'ailleurs tu ne pourrais pas expliquer la variabilité interannuelle)."
Pourrais-tu donner un exemple chiffré?
Il faut rappeler que l'ENSO est responsable de 70% de la variabilité interannuelle, soit 70% d'un sigma de 0.1K.
Le reste c'est 0.03K à expliquer par des tas de phénomènes dont peut-être ton "décalage saisonnier"
c'est mineur de toute façon.
"Et il n'est là encore nullement exclus que des oscillations océaniques perturbent la courbe saisonnière"
bah ce sont des paroles verbales comme dit l'autre.
j'attends des chiffres...
a)selon moi la moyenne de surface des températures n'est PAS VALABLE pour établir des bilans de puissance, la fonction de perte (en sigma T^4 ) est trop non linéaire pour que la simple moyenne sur deux zones en latitude ait un sens (la moyenne des T^4 n'est pas (la moyenne des T)^4 ). J'ai fait le calcul sur mon blog, quand tu passes d'une Terre isolante à une Terre conductrice, tu obtiens une centaine de °C d'écart de température moyenne POUR LE MEME BILAN THERMIQUE. Ne me dis pas que 0.7°C ne peut en aucun cas être expliqué !
b) tu ignores totalement les rétroactions qui peuvent avoir lieu entre la circulation océanique et la circulation atmopshèrique (indispensable pour comprendre des cycles comme l'ENSO) - c'est quelque chose de très mal maîtrisé dans les modèles.
c) tu ignores également les rétroactions possibles sur les couvertures nuageuses locales, qui peuvent affecter le bilan thermique.
Bref prétendre qu'il est impossible qu'une variabilité spontanée se produise sur des arguments aussi sommaires ne me semble absolument pas convaincant - et un simple coup d'oeil sur les paléoclimats montre que le système réagit bien différemment de ce que tu as l'air de décrire, si la température était contrainte à +/- 0.3 K par les forçages passés, va falloir m'expliquer alors comment on obtient cette courbe !
http://serc.carleton.edu/images/eslabs/cryosphere/vostok_ice_core_data.png
les variations sont bien supérieures à 0.3°C, MEME en se limitant aux interglaciaires et MEME en tenant compte des variations du CO2.