Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /2009 15:30

J'attire l'attention du lecteur sur le fait que les quantités de CO2, dont il est question à la fin de cet article, sont exprimées en Gt (gigatonnes) de CO2, alors, qu'habituellement, on les exprime en C (carbone).

Il faut donc diviser ces chiffres par 3.67, si l'on veut se rapporter aux repères habituels.

Ce qui donne, entre parenthèses, une idée de l'ampleur de la tâche et, à mon sens, de la quasi impossibilité pratique de limiter la température à 2°C.

 

(traduction approchée de l'original)

 

La température globale moyenne  devrait augmenter de 2 à 7°C au-dessus de la température préindustrielle, d'ici 2100. Cette large gamme est principalement due à l'incertitude sur les émissions futures.

Il y a une très forte probabilité de réchauffement supérieur à 2°C, à moins que les émissions, après être passées par un pic ne commencent à baisser rapidement en 2020.

Le réchauffement va s'accélérer si les rétroactions positives du cycle du carbone diminuent de manière significative l'efficacité des terres et des océans à absorber nos émissions de CO2.

Plusieurs indicateurs suivent actuellement de très  près, ou même sont au-dessus, les projections les plus pessimistes de l'ensemble des modèles de l'AR4.

 


 
Projections climatiques



Il n'y a pas eu de nouvelle série coordonnée de projections numériques depuis l'AR4.

Par contre, de nombreuses nouvelles recherches au cours des dernières années se sont focalisées sur la préparation de la prochaine série de simulations de l'AR5, et sur une évaluation continue des modèles de l'AR4.

Cela inclut de nouvelles analyses du taux observé des changements climatiques par rapport aux projections de l'AR4 (par exemple, Rahmstorf 2007; Stroeve et al. 2007), et de nouveaux calculs qui utilisent les simulations existantes en y intégrant les rétroactions couplées de carbone et d'autres processus (par exemple Zickfeld et al. 2009; Allen et al. 2009).

Tandis que les modèles montrent une bonne faculté de simulation du climat moyen actuel, certains changements récents  observés, notamment l'élévation du niveau de la mer et la fonte de la banquise arctique se produisent à un rythme plus rapide que prévu par l'AR4.
C'est une cause de préoccupation car elle laisse supposer que certaines rétroactions et certains processus amplificateurs, tels que la fonte des glaces terrestres, se produisent plus vite que prévu précédemment.


Les dernières estimations de la température globale moyenne jusqu'en 2100 sont présentés dans la figure 21.

fig21

 

Le large éventail des enveloppes des projections est principalement attribuable à l'incertitude dans les scénarios d'émissions futures.

A  l'extrémité haute de la fourchette, c'est à dire en mode BAU ("Business As Usual") pendant les décennies à venir, le réchauffement moyen mondial est estimé atteindre des valeurs allant de 4 à 7 ° C d'ici 2100, se verrouillant ainsi dans des changements climatiques profondément néfastes à toute la civilisation humaine et à tous les principaux écosystèmes de la planète.

A l'extrémité inférieure des émissions, qui nécessiterait des réductions durables dans l'utilisation des carburants fossiles et une préservation active des forêts du monde, le réchauffement global moyen devrait s'établir à 2-3°C d'ici la fin du siècle.

Bien qu'étant clairement meilleur que l'hypothèse haute, un réchauffement global moyen de seulement 1,5-2,0°C apporte encore un risque important d'effets néfastes sur les écosystèmes et la société humaine.
Par exemple, 2°C  pourraient réchauffer suffisamment le Groenland pour faire fondre finalement une grande partie de son inlandsis (Oppenheimer et Alley 2005), et augmenter le niveau de la mer de plus de six mètres faisant ainsi se déplacer des centaines de millions de personnes dans le monde. 


Malgré la certitude d'une tendance à long terme au réchauffement, en réponse aux gaz à effet de serre, il n'est pas prévu que le réchauffement sera monotone et suivra les émissions au jour le jour.

La variabilité naturelle, le cycle solaire de 11 ans,  ainsi que des éruptions volcaniques sporadiques, génèrent des variations à court terme en surimpression sur le long terme (Lean et Rind 2009).

Même sous une tendance forte au réchauffement d'environ 4°C sur le siècle, nous nous attendons encore à voir des périodes, d'une durée de l'ordre de 10 ans, d'absence de tendance, voire de refroidissement modeste (Easterling et Wehner 2009).

De telles périodes, ne signifient donc pas la fin du réchauffement climatique - les émissions doivent cesser d'augmenter et commencer à décliner, bien avant que cela se produise.

En fait, le pic de la température mondiale pourrait ne pas être atteint plusieurs siècles après le pic des émissions (par exemple, Allen et al. 2009). Même après que les émissions se seront complètement arrêtées, les températures atmosphériques ne seront pas susceptibles de beaucoup diminuer pendant de nombreux siècles et millénaires (Matthews et Caldeira 2008; Solomon et al. 2009; Eby et al. 2009) en raison de la longue durée de vie du CO2 dans l'atmosphère. En outre, les réductions des pluies de saison sèche dans plusieurs régions devraient devenir irréversibles (Solomon et al. 2009). 

 



Atténuation ("mitigation") du réchauffement climatique

 

 

Si le réchauffement climatique peut être arrêté, il ne peut pas être facilement inversé en raison de la longue durée de vie du dioxyde de carbone dans l'atmosphère (Solomon et al. 2009; Eby et al. 2009). Même un millier d'années après avoir atteint le niveau zéro d'émissions, les températures resteront élevées, susceptibles de se refroidir de quelques dixièmes de degrés seulement en dessous du pic de température.

Les décisions d'aujourd'hui ont donc des conséquences profondes et pratiquement irréversibles  pour les générations à venir, à moins qu'on puisse trouver des méthodes pour extraire le CO2 de l'atmosphère en quantités massives et à des coûts abordables.
La probabilité que l'on trouve ces méthodes ne semble toutefois pas très grande.


La température à laquelle le réchauffement climatique va enfin s'arrêter, dépend principalement de la quantité totale de CO2 rejetée dans l' atmosphère depuis l'industrialisation (Meinshausen et al. 2009,Allen et al. 2009, Zickfeld et al. 2009). Ceci est à nouveau du à la longue durée de vie du CO2 atmosphérique.

Par conséquent, si on veut arrêter le réchauffement, il faut diminuer les émissions mondiales de CO2 jusqu'à zéro.

Plus tôt on arrête les émissions, plus le réchauffement final sera réduit. 


D'un point de vue scientifique, le cumul de CO2 émis serait l'élément naturel d'un accord politique sur le climat.
Un tel cumul global pourrait alors être distribué entre les pays, par exemple sur la base de principes d'équité (WBGU 2009). 


Le but le plus largement soutenu politiquement, est de limiter le réchauffement climatique à, au plus, 2°C au-dessus du niveau préindustriel.

Beaucoup de nations ont publiquement reconnu l'importance de cette limite des 2 ° C.
En outre, le groupe des pays les moins avancés, ainsi que les 43 petits Etats insulaires (AOSIS), lancent un appel pour limiter le réchauffement global à seulement 1,5°C.

Le rapport de synthèse du "congrès sur le climat de Copenhague" (Richardson et al. 2009), la plus importante conférence de science climatique en 2009, conclut que "des élévations de température au dessus de 2°C seront très difficilement supportables pour les sociétés contemporaines, et seront susceptibles de causer des ruptures majeures sociétales et environnementales sur le reste du siècle et au-delà. " 


Un certain nombre d'études scientifiques récentes ont étudié en détail les trajectoires d'émissions mondiales compatibles avec un réchauffement planétaire à 2°C.

La réponse doit être donnée en termes de probabilités, afin de refléter l'incertitude qui subsiste dans la réponse du climat au CO2 élevé, et l'incertitude sur la stabilité du carbone stocké dans les sols et les systèmes océaniques.
Meinshausen et al. (2009) ont constaté que, si un total de 1000 gigatonnes de CO2 sont émis pour la période 2000-2050, la probabilité de dépasser la limite de 2 degrés de réchauffement est d'environ 25%. Sur la période 2000-2009, environ 350 gigatonnes ont déjà été émises, ce qui laisse seulement un budget de 650 gigatonnes pour 2010-2050.

Au taux d'émission actuel ce budget sera épuisé dans 20 ans


Une conséquence importante d'émissions en pleine croissance et de la nécessité d'un budget limité, est que tout retard dans la réalisation du pic d'émissions, augmente considérablement la rapidité et l'ampleur des réductions des émissions à réaliser (voir la figure 22 et aussi England et al. 2009).

 

fig22

 

Dans la figure 22, les émissions de la trajectoire exemplaire verte, on arrive à 4 Gt CO2 en l'an 2050, ce qui, avec une population projetée mondiale d'environ 9 milliards, permettrait l'émission de moins d'une demi tonne par personne et par an.

Alors que le chiffre exact va fortement dépendre de la voie empruntée, la  baisse nécessaire des émissions, combinée avec une population en plein essor, signifie que d'ici 2050, les émissions annuelles de CO2 par habitant devront être probablement inférieures à 1 tonne.


Bien que le CO2 provoque le plus important forçage climatique d'origine anthropique, d'autres gaz à effet de serre,  et les aérosols, jouent également un rôle non négligeable.

Réussir à limiter les forçages autres que celui du CO2, créerait donc plus de latitude dans le budget de CO2 autorisé.

Des études ont montré que des options attrayantes, pour une atténuation particulièrement rapide et rentable des changements climatiques, concernent la diminution de la pollution par le noir de carbone (suie), et l'ozone, dans la troposphère (Wallack et Ramanathan 2009).

À la différence du CO2, ce sont des substances à courte durée de vie, et donc susceptibles de répondre rapidement à des actions volontaires de réduction.

 

Par meteor - Publié dans : diagnostic de Copenhague - Voir les 1 commentaires
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