Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 15:44

photo cloud

 

 

 

Le projet CLOUD a comme but principal de vérifier la formation d'aérosols sous l'action des rayons cosmiques.

 

Dans  cette présentation du CERN , on lit:

 

"Ces études sont étayées par des mesures prises par satellite révélant la possibilité d’une corrélation entre l'intensité des rayons cosmiques et l’épaisseur de la couverture nuageuse à basse altitude"

 

Tout d'abord, j'émets des doutes, depuis toujours, sur la corrélation mentionnée, dont l'affirmation de l'existence, même sous forme de "possibilité", pourrait entraîner une certaine suspicion de parti pris.

Mais bref, on vise donc directement une vérification de la théorie reprise actuellement par Svensmark, mais déjà vieille d'un demi-siècle, d'une amplification possible des conséquences climatiques de l'activité solaire, via l'albédo des nuages bas stratiformes.

 

Ces nuages, comme nous l'avons vu ici, ont un albédo élevé pour un effet de serre quasi-nul.

Ils ont donc un effet refroidissant très élevé.

 

La "théorie" est, en apparence, simple:

 

Une activité solaire faible entraîne des rayons cosmiques forts (par diminution de la protection héliomagnétique) et ainsi des nuages bas élevés, d'où refroidissement supplémentaire.

 

Les nuages bas stratiformes (stratus) sont des nuages plutôt nombreux sur Terre en particulier au dessus des océans.

Ce sont des nuages du sommet de la "Boundary Layer" (BL, couche limite atmosphérique en français) qui est la couche atmosphérique la plus près de la surface, soumise à une forte turbulence, et dont l'épaisseur moyenne est de l'ordre du km.

Les stratus océaniques tropicaux ont une importance considérable dans le bilan radiatif terrestre.

En effet, dans les régions tropicales, une insolation très forte associée à une variation d'albédo avec et sans stratus, également très forte, provoquent des variations considérables de flux solaire absorbé par la surface.

C'est pourquoi l'effet GCR est  particulièrement traqué de ce côté de la planète.

 

 

Venons en donc à l'actualité récente qui motive cet article.

 

Le CERN a édité ce communiqué de presse dont ce paragraphe me semble contenir l'essentiel:

 

"Ces nouveaux résultats de CLOUD sont importants car nous avons fait une série de premières observations de quelques processus atmosphériques très importants" a dit le porte parole du projet, Jasper Kirkby.

Nous avons découvert que les rayons cosmiques augmentent significativement la formation des particules d'aérosols dans la moyenne troposphère et au dessus.

Ces aérosols peuvent éventuellement grossir en semences pour nuages.

Toutefois nous avons découvert que les gaz précédemment suspectés d'être responsables de la formation de tous les aérosols dans la très basse atmosphère n'interviennent en fait que très peu, même avec l'aide des rayons cosmiques."

 

….

 

Les résultats de CLOUD montrent qu' à quelques kilomètres de hauteur dans l'atmosphère l'acide sulfurique et la vapeur d'eau peuvent rapidement former des agglomérats, et que les rayons cosmiques  renforcent le taux de formation de près de dix fois ou plus.

Cependant, dans les basses couches de l'atmosphère, dans environ un kilomètre de la surface de la Terre, les résultats montrent que des vapeurs supplémentaires tels que l'ammoniac sont nécessaires.

Fondamentalement, toutefois, les résultats CLOUD montrent que l'acide sulfurique, l'eau et l'ammoniac seuls - même avec l'aide des rayons cosmiques - ne sont pas suffisants pour expliquer les observations de formation d'aérosols dans l'atmosphère. Des vapeurs (gaz ou substances) supplémentaires doivent donc être impliquées, et découvrir leur identité sera la prochaine étape pour CLOUD.

«Ce fut une grande surprise de constater que la formation d'aérosols dans la basse atmosphère n'est pas due à l'acide sulfurique, l'eau et l'ammoniac seuls», a déclaré Kirkby. "Maintenant, il est d'une importance vitale de découvrir quelles vapeurs supplémentaires sont impliquées, qu'elles soient largement naturelles ou d'origine humaine, et comment elles influencent les nuages. Ce sera notre prochain travail. "

 

 

 

L'abstract dans Nature  permet une lecture selon un angle un peu différent:

 

 

"Les aérosols atmosphériques exercent une influence importante sur le climat par leurs effets sur l'albédo et la durée de vie des nuages ​​stratiformes  ainsi que sur la dynamisation des tempêtes convectives. Les calculs sur modèle indiquent que presque la moitié des noyaux de condensation nuageuse globale dans la couche limite atmosphérique peut provenir de la nucléation des aérosols à partir de traces de vapeurs condensables, bien que la sensibilité du nombre de noyaux de condensation des nuages ​​à l'évolution du taux de nucléation peut être faible.

 Malgré des recherches approfondies, des questions fondamentales demeurent quant à la vitesse de nucléation des particules d'acide sulfurique et aux mécanismes responsables, y compris les rôles des rayons cosmiques galactiques et d'autres espèces chimiques telles que l'ammoniac.

 Nous présentons ici les premiers résultats de l'expérience CLOUD au CERN. Nous constatons que des valeurs de ratio, pertinentes dans l'atmosphère de 100 parties par billion en volume (0.1vpb), ou moins, en ammoniac, permettent d'augmenter le taux de nucléation des particules d'acide sulfurique de plus de 100 à 1000 fois.

 Des mesures moléculaires au fil du temps révèlent que la nucléation se produit par un mécanisme de base de stabilisation impliquant l'accrétion progressive des molécules d'ammoniac.

L'ionisation augmente le taux de nucléation par un facteur supplémentaire de deux à plus de dix avec des intensités de GCR constatées au niveau du sol, à condition que le taux de nucléation se situe en dessous du taux de production de paires d'ions limitant.

Nous constatons que la nucléation binaire ionique induite de H2SO4-H2O peut se produire dans la moyenne troposphère, mais est négligeable dans la couche limite. Cependant, même avec les améliorations du taux par l'ammoniac et les ions, les concentrations atmosphériques d'ammoniac et d'acide sulfurique sont insuffisantes pour rendre compte de la nucléation observée dans la couche limite"

 

 

J'en retiens personnellement 3 points importants:

 

1-dans des conditions approchées(apparemment pas dans les conditions de pression mais de température, ce qui est un peu gênant) de moyenne et haute atmosphère, les rayons cosmiques auraient un rôle significatif dans la formation des aérosols, notamment à très basse température.

Mais ce rôle devient négligeable, d'après les extraits et résumés plus haut, dans les basses couches de l'atmosphère et notamment dans la couche limite atmosphérique, siège des stratus océaniques, notamment.

Il est à noter que les variations de taux de nucléation en fonction du flux de GCR ont été effectuées en faisant varier ce flux de 0 à 100%, alors que les variations réelles sont de 10 à 20% et comme on a une histoire de racine carrée on est plutôt à des variations de nucléation de 1 à 12% dans des conditions froides extrêmes. (voir fin d'article de realclimate)

Les conséquences sur le plan climatique seraient donc quelque peu différentes de celles attendues puisque la formation des stratus océaniques serait peu affectée.

 

2- l'ammoniac jouerait un rôle très important, bien plus que celui des GCR, dans la formation des aérosols puisque des traces infimes pourraient multiplier par 1000 leur taux de formation.

Il est bon je pense de rappeler que le développement continu de l'utilisation d'engrais agricoles, notamment l'urée, augmente le taux d'ammoniac atmosphérique dans les mêmes proportions.

 

3-il reste l'inconnue de la formation des aérosols dans la couche limite, car on est incapable d'expliquer les taux observés à partir, uniquement, d'H2SO4, d'NH3 et de GCR.

 

 

En conclusion, il faut  attendre la suite, mais les premiers résultats non seulement ne confirment pas l'hypothèse "stratus", mais suscitent de nouvelles interrogations, du moins aux yeux des gens de CLOUD.

Par meteor - Publié dans : température des planètes - Voir les 8 commentaires
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Commentaires

Meteor : comme tu m'as supprimé un message dans l'autre discussion, car je n'étais pas repassé assez vite pour répondre à tes questions, je ne te cache pas que j'aimerais que l'on éclaircisse ici nos interprétations sur CLOUD. Il se peut très bien que je lise mal le papier et qu'il ait démontré le caractère nécessairement négligeable des GCR de basse couche, mais comme je n'ai jamais lu cela, il faut m'expliquer ce qui permet de le déduire chez Kirkby et al 2011. J'attends donc avec intérêts tes explications, ou de nouveau les questions que tu m'avais posées dans l'autre discussion.
Commentaire n°1 posté par skept le 06/11/2011 à 12h56

Je ne lis pas uniquement Kirkby.

 

Je me suis donc basé, comme je l'avais déjà écrit, je pense, sur les écrits de Jeff Pierce via G Schmidt sur Realclimate

je cite:

 

"So what changes did they show as a function of the CR activity? In going from neutral (shielded) conditions to ambient CR levels typical of the lower atmosphere, the ionisation changed by a factor of 2 to 10 (depending on the temperature – colder conditions are more sensitive). However this is a much bigger change (by an order of magnitude or more) than the percentage change in CR activity over a solar cycle (i.e. ~10-20%). A rough calculation (by way of Jeff Pierce) that takes into account the square root dependence of ion concentrations on GCRs and the neutral nucleation in the CLOUD results, suggests that for average conditions the solar modulation of GCR would impact nucleation by about 1% – rising to perhaps 12% for the biggest changes in GCR seen in figure 2 at very cold temperatures. Thus the nucleation change as a result of real world GCR modulation is going to be much smaller than seen in these experiments, and much less important than the amount of pollutants."

 

Donc, la modulation solaire et non pas la modulation de CLOUD, ne ferait changer la nucléation que de 1% dans les conditions les plus chaudes de la manip donc de la couche limite.

Le changement de 1% aboutit vraisemblablement à moins de 1% pour les CCN et donc moins de 1% pour l'effet radiatif des nuages de basse couche.

Il faudrait voir à quoi çà correspond au niveau forçage mais c'est vraisemblablement très faible.

 

Réponse de meteor le 12/11/2011 à 14h28
Meteor : je reviens sur ce papier, puisque visiblement il y a incompréhension entre nous sur son interprétation.

Premier point : le rayonnement cosmique augmente la nucléation dans TOUTES les conditions de température, y compris celles de la couche limite (entre 278 et 292 K), par rapport aux conditions neutres. Le papier est clair là-dessus :

"The presence of ions from ground-level GCR ionization (Jgcr curves) enhances the neutral nucleation rate roughly twofold at 292 K and more than tenfold at 278 and 248 K."

Donc les rayons cosmiques favorisent d'un facteur 2 à 10 selon la température. Ce n'est en rien négligeable, même en basse couche avec une facteur 2 pour les températures les plus élevées (292K).

Deuxième point : les gens de CLOUD ne parviennent pas à reproduire la nucléation en basse couche (couche limite), AVEC ou SANS l'ionisation induite par GCR. Leur papier est encore précis là-dessus :

"In contrast, we show that binary nucleation within the boundary layer is negligible in all except the coldest conditions, so additional species are required. It has been reported29 that H2SO4 at atmospheric concentrations can explain atmospheric nucleation rates in most locations even without the clear participation of ammonia or organic substances. In view of the CLOUD results, we consider it likely that the result in ref. 29 was affected by the presence of ternary vapours below the detection limits of the experiment."


Donc la nucléation binaire négligeable en basse couche ne vient PAS d'un manque d'influence des GCR, mais du fait que l'on ne parvient pas du tout à la reproduire avec les traces chimiques qui sont habituellement jugées nécessaires à cela (il faut des conditions très froides qui ne sont pas compatibles avec la couche limite). Ils le redisent ensuite clairement ("avec ou sans ions", même en rajoutant de l'ammoniac, cela ne marche pas de faço réaliste) :

"(...)for typical boundary-layer ammonia mixing ratios, below about 1 p.p.b.v., ternary nucleation of NH3–H2SO4–H2O, with or without ions, is unable to explain atmospheric observations"

Leur conclusion résume tout cela :

"Although we have not yet duplicated the concentrations or complexities of atmospheric organic vapours, we find that ion enhancement of nucleation occurs for all temperatures, humidities and cluster compositions observed so far. Ion-induced nucleation will manifest itself as a steady production of new particles that is difficult to isolate in atmospheric observations because of other sources of variability but is nevertheless taking place and could be quite large when averaged globally over the troposphere. However, the fraction of these freshly nucleated particles that grow to sufficient sizes to seed cloud droplets, as well as the role of organic vapours in the nucleation and growth processes, remain open questions experimentally. These are important findings for the potential link between galactic cosmic rays and clouds."


Le renforcement de la nucléation par ionisation survient à TOUTES les conditions de température, d'humidité et de composition observées jusqu'à présent. Savoir si cela suffit à passer à la taille-limite des CCN est une autre question non encore étudiée expérimentalement (mais qui le sera, c'est leur programme complet).

Donc je persiste : quand tu interprètes CLOUD de la façon suivante (autre discussion sur BEST, ta réponse à Robert) :

"L'influence des rayons cosmiques n'est pas confirmée ou du moins est négligeable dans les conditions de la basse troposphère"

Eh bien tu ne reflètes pas ce que disent Kirkby et al (les "al" étant une bonne cinquantaine de chercheurs). Le premier résultat publié par CLOUD n'a en rien montré que l'influence des RC est "négligeable" en basse couche, ni ailleurs dans l'atmopshère.

Je peux bien sûr me tromper, mais c'est ainsi que je l'interprète. Les extraits ci-dessus comme les déclarations de Kirkby me semblent assez clairs, quoique le sujet soit compliqué.

Et inversement, ces premiers travaux n'ont rien indiqué non plus sur un effet quelconque des GCR sur la nébulosité : ils n'ont pas encore travaillé le passage CN > CCN et il n'y a de toute façon AUCUNE quantification sur ce que cela pourrait donner dans l'atmosphère terrestre – déjà, ce ne sera pas le boulot de CLOUD mais des modèles, et de toute façon cette quantification est impossible tant que les chercheurs du CERN n'ont pas :
- reproduit de façon réaliste les conditions chimiques une atmosphère en basse couche (étape 1), - quantifié l'influence de l'ionisation sur la formation des CCN de taille critique et non des simples CN (étape 2)
- analysé l'autre mécanisme dit "near-cloud d'influence (étape 3). (Le near-cloud, c'est une hypothèse sur l'accrétion d'aérosols dans des nuages déjà formés et le changement de propriété microphysiques des goutelettes, donc un autre mécanisme que la nucléation)

Quand ils auront fait cela, les modèles auront des paramètres physiques qu'ils pourront implémenter pour voir ce que cela donne dans le climat réel en fonction des variations connues de GCR.

Bref, à mon avis, plusieurs lignes d'évidence suggèrent que l'influence des GCR, si elle existe dans le climat réel, ne devrait pas expliquer une part très importante du RC observé. Mais le premier papier de CLOUD ne permet pas de déduire quoique ce soit de concluant à ce sujet : il suggère fortement que nous manquons un forçage naturel ou anthropique important pour la formation des nuages en basse couche, ce qui ne serait pas rien si cela se révèle exact.
Commentaire n°2 posté par skept le 05/11/2011 à 14h13
warm : c'est cela qu'il va être intéressant de préciser. L'AR4 rappelait qu'on trouve toutes sortes de choses en basse atmosphère (des composés organiques de combustion ou naturels, des particules de sels, des poussières, des suies, etc. en plus de particules soufrées). Ce qui paraît déjà acquis, c'est que NH3-H2SO4-H2O à ratio de mélange réaliste ne suffit pas à nucléer en basse couche. Je suis incapable de dire si, une fois le bon mélange reproduit en chambre pour obtenir des nucléations à un taux comparable à celui de l'atmosphère en basse couche, on verra ou non un effet résiduel des GCR. Mais Kirby est assez clair (dans ses déclarations) sur la volonté de continuer les expériences CLOUD jusqu'au moment où ces questions auront une réponse satisfaisante.

Meteor : je ne sais pas non plus pourquoi on ne parle pas des nuages de moyenne et haute couche. Pour ceux de basse couche, il me semble difficile de se prononcer sur quoi que ce soit tant que l'on n'a pas déjà reproduit correctement la nucléation dans cette couche-limite. J'ai l'impression (peut-être erronée) que le principal résultat de cette première expérience, c'est que rajouter de l'acide sulfurique, des ions ou de l'ammoniac ne change strictement rien, alors que les chercheurs s'attendaient à autre chose.
Commentaire n°3 posté par skept le 01/09/2011 à 18h50

Un point fondamental est que les températures élevées sont tout à fait défavorables à l'action des GCR.

Celà c'est clairement établi.

Et les températures élevées sont le domaine de la BL notamment tropicale.

Alors çà ne veut pas forcément dire qu'ils n'auraient aucune influence comme 4ème ou 5ème élément d'une mixture d'H2SO4, de sel marin, d'NH3, d'amines, particules solides, ...

 

 

 

Réponse de meteor le 01/09/2011 à 19h52
"L'incapacité à reproduire la nucléation basse couche avec les particules soufrées suggère que l'effet refroidissant des aérosols n'est peut-être pas si évident."

Ce n'est pas mon interprétation de l'article. En effet, ils ont comparés les taux de nucléation mesurés dans l'atmosphère à ceux de CLOUD: la nucléation est bien plus forte dans la réalité. Si on tient compte de l'effet "catalysant" du NH3, la conclusion est qu'au contraire, la nucléation dépend bien plus (en basse couche) des nano-particules en tout genre que des RC... Du reste, d'autres expériences sont planifiés pour tester d'autres molécules organiques.

Un autre effet mis en évidence par CLOUD, mais qui avait déjà été proposé, c'est une rétroaction positive. En effet T en hausse = nucléation en baisse => moins d'effet directs et indirects des aérosols

http://www.albany.edu/~yfq/papers/YuIMN2009JD012630.pdf

"Such high sensitivity of JIMN [taux de nucléation induit par ionization] to temperature may have important implications. For example, future global warming may significantly suppress new particle formation in the atmosphere, reduce CCN abundance and aerosol indirect radiative cooling, and thus may imply a positive climate/nucleation feedback mechanism. The magnitude of this new positive feedback mechanism proposed here should be assessed with global climate models that incorporate the IMN mechanism and proper size-resolved aerosol microphysics."
Commentaire n°4 posté par Warm le 01/09/2011 à 16h15
Bonjour, merci pour ce résumé.

Pour lever une ambiguïté (et sous réserve que j'ai bien compris), la phase actuelle de l'expérience CLOUD n'a pas infirmé non plus le rôle des GCR en basse atmosphère. Elle ne trouve pas d'effet en couche-limite car elle ne parvient pas (dans toute condition sauf les plus froides) à reproduire la nucléation tout court (avec ou sans ionisation additionnelle). Pour savoir si les GCR influencent les nuages bas, il faut d'abord arriver à comprendre cette nucléation, ce qui n'est pas le cas avec l'ammoniac ou H2SO4-H2O, et demande apparemment d'autres composés volatiles.

Autre détail : les formations en couche moyenne peuvent avoir une influence par transport vers des couches inférieures (milieu du paragraphe de l'article ci-après).

The CLOUD measurements address a long-standing controversy in atmospheric nucleation, namely whether binary nucleation of sul- phuric acid and water vapour can account for new particle formation in the boundary layer. Figure 5 presents a comparison of our GCR nucleation rates with atmospheric observations of boundary-layer nucleation8,32,33 and recent laboratory experiments19,29. We find that ion- induced binary nucleation proceeds at a significant rate in the cool temperatures of the free troposphere at atmospheric concentrations of sulphuric acid, and may be an important process when ternary vapour concentrations are low. Some fraction of these particles may be transported downwards and could constitute an important source in the remote marine boundary layer. In contrast, we show that binary nucleation within the boundary layer is negligible in all except the coldest conditions, so additional species are required. It has been reported29 that H2SO4 at atmospheric concentrations can explain atmospheric nucleation rates in most locations even without the clear participation of ammonia or organic substances. In view of the CLOUD results, we consider it likely that the result in ref. 29 was affected by the presence of ternary vapours below the detection limits of the experiment.


Il faut enfin signaler que la difficulté à reproduire la nucléation (et les progrès attendus en ce domaine) peut également avoir une grande importance pour l'estimation de l'effet des aérosols, notamment indirect. Selon que cet effet sera précisé à la hausse ou à la baisse, cela permettra de mieux apprécier les facteurs influençant les T 1950-2010. L'incapacité à reproduire la nucléation basse couche avec les particules soufrées suggère que l'effet refroidissant des aérosols n'est peut-être pas si évident.


Plusieurs années d'expériences sont prévues selon Kirby, donc la compréhension des nuages devrait progresser. C'est un point sur lequel tout le monde est d'accord, et c'est ma foi lus intéressant que le polémiques stériles!
Commentaire n°5 posté par skept le 01/09/2011 à 13h39

Ca devient très technique...

Mais oui, comme l'indique ce lien, il y a vraisemblablement transfert d'aérosols de la FT à la PBL.

Je ne sais si c'est représentatif mais il est indiqué une augmentation de 12% due au transport FT à PBL.

Donc, en relation avec ce que je disais plus haut, une augmentation de 1% des aérosols dans la FT, suite aux variations réelles de flux de GCR,  entraînerait une variation de 0.1% environ des aérosols, au plus, dans la PBL, provenant de la FT.

 

C'est pas bézeff…

 

CLOUD se voulant une expérience scientifique en bonne et due forme, celà me gêne un peu qu'on commence à formuler des phrases telles que:

 

"Some fraction of these particles may be transported downwards and could constitute an important source in the remote marine boundary layer."

des "peut" des "pourrait" des "quelque", celà fait plutôt mauvais genre dans une publication, enfin bref.

 

 

Alors effectivement on n'a pas reproduit la nucléation d'une façon convenable dans la PBL mais on n'y a trouvé tout de même que les GCR n'avaient pas d'action sur ce qu'on arrivait à "nucléer".

 

A mon avis ce n'est pas bon signe tout de même pour les stratus, et si celà ne condamne pas les GCR dans la PBL (ne pas oublier qu'on a bâti CLOUD pour le vérifier et à mon avis avec l'idée préconçue que celà devait être ainsi) celà ne les confirme certes pas, comme je le disais.

 

 

PS

 

 

extrait de realclimate:

 

"So what changes did they show as a function of the CR activity? In going from neutral (shielded) conditions to ambient CR levels typical of the lower atmosphere, the ionisation changed by a factor of 2 to 10 (depending on the temperature – colder conditions are more sensitive). However this is a much bigger change (by an order of magnitude or more) than the percentage change in CR activity over a solar cycle (i.e. ~10-20%). A rough calculation (by way of Jeff Pierce) that takes into account the square root dependence of ion concentrations on GCRs and the neutral nucleation in the CLOUD results, suggests that for average conditions the solar modulation of GCR would impact nucleation by about 1% – rising to perhaps 12% for the biggest changes in GCR seen in figure 2 at very cold temperatures. Thus the nucleation change as a result of real world GCR modulation is going to be much smaller than seen in these experiments, and much less important than the amount of pollutants.

 

 

 

 

Comme l'indique cet extrait, la modulation solaire réelle devrait être responsable de 1% d'augmentation d'aérosols et au plus de 12% dans certaines conditions très froides.

Ces conditions très froides ne sont pas rencontrées, à ma connaissance, dans la FT tropicale et donc on est au maximum qu'à quelques %.

En conséquence 12% de quelques % çà fait pas beaucoup.

Lorsqu'on sait, qu'en plus, tous les aérosols, ne donnent pas des CN (la moitié selon CLOUD mais c'est peut être moins) on est bien dans une augmentation possible de CN probablement inférieure à 0.5%.

 

 

Lorsqu'on a dit çà, celà ne veut même pas dire que la couverture nuageuse va augmenter de ce chiffre.

En effet on peut avoir des stratus avec des microgouttes plus nombreuses et plus fines.

Avec donc un albédo un peu augmenté.

Mais de combien?

De 1 pour 1000?

Soit un forçage de l'ordre de -0.01W/m2?

 

 

De plus, si des aérosols se forment en FT, je ne comprends pas bien pourquoi on ne parle pas de formation accrue de nuages élevés ou moyennement élevés.

 

 

Il est vrai que ces nuages ont un effet climatique plutôt neutre ou réchauffant ...

Réponse de meteor le 01/09/2011 à 14h56
Merci pour ces précisions.(je n'ai pas l'article intégral)

"En fait je ne m'étais pas interrogé sur l'obtention des conditions neutres.

Bon je suppose qu'on se protège des rayons cosmiques (les pas trop durs) par de l'épaisseur de matériau. "

J'ai relu l'article plusieurs fois (en fait, c'est la version online qui a le plus de détail sur la méthode), et comme j'ai compris la chose, c'est le rayonnement naturel qui crèe leur condition à 400ions/cm^3

Je cite (supplementray material):

" The nucleation rates (Jcm−3s−1) are measured under neutral (Jn), galactic cosmic ray(Jgcr) or charged pion beam (Jch) conditions. For Jgcr a beam stopper blocks the pions and the chamber is irradiated by GCRs together with a small parasitic component of penetrating beam muons, whereas, for Jch, the beam stopper is opened and the pion beam is normally set to a time-averaged rate of (5−6)•104s−1. Neutral nucleation rates are measured without any beam and with the high voltage (HV) of the clearing field electrodes set to ±30kV. Ion induced nucleation is therefore completely excluded as a background to the measured neutral nucleation rates since, under these conditions, small ions are swept from the chamber in about one second. Both Jgcr and Jch comprise the sum of ion-induced and neutral nucleation rates, whereas Jn measures the neutral rate alone."
Commentaire n°6 posté par Warm le 29/08/2011 à 22h13

OK.

le supplément en ligne est ici

La chambre est grande et un potentiel de 30 kv sur 3 m çà ne doit pas influencer beaucoup des molécules neutres même si elles ont un moment dipolaire.

Enfin je dis çà intuitivement.

Sinon ce champ est effectivement en action pour les conditions "neutres".

 

ci dessous le schéma de la chambre:

 

Réponse de meteor le 29/08/2011 à 23h15
Petite précision:

"Il est à noter que les variations de taux de nucléation en fonction du flux de GCR ont été effectuées en faisant varier ce flux de 0 à 100%, alors que les variations réelles sont de 10 à 20% et comme on a une histoire de racine carrée on est plutôt à des variations de nucléation de 1 à 12% dans des conditions froides extrêmes."

En fait, l'expérience a été fait sous 3 conditions. 1) Condition neutre (pas de ions à cause d'un champs électrique). 2) Rayonnement cosmique naturel de surface, environ 400pairs d'ion par cm^3. 3) Rayonnement cosmique forcé (faisceau de l'accélérateur), 3000 pairs d'ions par cm^3. Il n'y a donc pas eu de variation, mais des paliers, ce qui fait que l'effet d'une changement modéré n'a pas été étudié du tout.

L'article ne parle pas de l'effet potentiel du champs électrique qui maintient la condition "neutre": il s'agit d'une tension de 20kV/m qui est maintenu dans la chambre pour chasser les ions. Je me demande quel effet ça peut avoir sur les molécule polaires (H2O, H2SO4, NH3), qui doivent s'orienter dans ce champs électrique: est-ce que ça pourrait modifier les vitesse de nucléation ?
Commentaire n°7 posté par Warm le 29/08/2011 à 18h59

Merci pour ces précisions.(je n'ai pas l'article intégral)

En fait je ne m'étais pas interrogé sur l'obtention des conditions neutres.

Bon je suppose qu'on se protège des rayons cosmiques (les pas trop durs) par de l'épaisseur de matériau.

Sinon le champ électrique doit être appliqué avant la manip en elle-même, afin de "nettoyer" la chambre d'expérience de toutes traces d'ions puis de la mettre à la terre, non?

Dans la cas contraire on peut s'interroger sur le fait que l'influence d'un tel champ électrique pourrait contrarier l'expérience, sauf si on démontre au préalable son innnocuité.

Champ qui n'existe pas dans la nature sauf par temps orageux et encore.

Réponse de meteor le 29/08/2011 à 21h21
Ah ! Enfin quelqu'un qui a réellement lu le papier ! Bravo ! ça nous change des délires qu'on lit actuellement dans la blogosphère.

Dans la liste de vos "bémols", j'ajouterais que l'ionization dans la couche limite (près du sol) est influencé par d'autres facteurs, dont le plus important est la radioactivité naturelle. Les auteurs de l'article de Nature disent du reste expressément qu'ils n'ont pas mis de radon dans leur expérience pour voir plus clairement le signal, mais qu'au dessus des continents, cela peut avoir un effet plus important que les RC.
Commentaire n°8 posté par warm le 29/08/2011 à 16h28

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