Partager l'article ! Réchauffement climatique et El Niño: Le réchauffement climatique, issu du forçage radiatif ...
Le réchauffement climatique, issu du forçage radiatif d'origine anthropique, est souvent appréhendé par ses conséquences globales en termes de température, de précipitations, de niveau de la mer, de quantité de glaces, etc.
Il est bien clair cependant que les estimations de ces conséquences globales sont les résultats de modèles numériques qui calculent à l'échelle locale (en 3D) suivant un maillage de plus en plus fin et des algorithmes sans cesse plus sophistiqués.
La circulation atmosphérique, et, de plus en plus, la circulation océanique, sont des composants intrinsèques de ces modèles.
En ce sens elles participent aux calculs mais on peut aussi en faire ressortir les évolutions.
Les oscillations climatiques internes au système représentent, généralement, des fluctuations plus ou moins périodiques de ces circulations.
Nous nous intéressons ici à l'ENSO, avec ses deux composantes célèbres que sont El Niño (phase chaude) et La Niña (phase froide).
Nous rappelons que cette oscillation, bien qu'elle concerne le Pacifique équatorial, a des conséquences locales et globales très importantes en termes de températures et de précipitations.
Il n'est donc pas uniquement théorique d'essayer de prévoir le comportement de cette oscillation à l'aune du réchauffement climatique.
Le lecteur se référera à la littérature abondante sur l'implication de la circulation atmosphérique dans l'ENSO.
Voir, par exemple, cet article de wiki à ce sujet, dont est extrait, en guise d'illustration, le schéma simplifié de la circulation de Walker.
Les modèles actuels (voir ici et ici) ayant plutôt tendance à prévoir une diminution de l'intensité de la circulation de Walker, il est tentant d'envisager comme probable une tendance à un comportement El Niño plus prononcé sur le Pacifique équatorial.
Le GIEC, dans son dernier rapport, n'est pas très affirmatif puisqu'il déclare, au chapitre 10 :
« Based on various assessments of the current multi-model archive, in which present-day El Niño events are now much better simulated than in the TAR, there is no consistent indication at this time of discernible future changes in ENSO amplitude or frequency »
Dans ce contexte, une étude récente, parue dans le Journal of climate AMS,
apporte des précisions théoriques intéressantes.
Voici une traduction de l'abstract :
"Réponse climatique du Pacifique équatorial au réchauffement global.
Pedro N. DiNezio, Amy C. Clement, Gabriel A. Vecchi, Brian J. Soden, Benjamin P. Kirtman, Sang-Ki Lee
(voir les organismes d'appartenance des différents auteurs dans lien)
La réponse climatique du Pacifique équatorial est étudiée en utilisant des expérimentations numériques de 11 modèles climatiques participant au 4ème rapport du GIEC.
Les réponses climatiques moyennes au doublement du CO2 sont identifiées et reliées aux changements thermiques de la couche de surface.
Des courants de surface plus faibles, drivés par un ralentissement de la circulation de Walker, réduisent le flux thermique divergent à travers le Pacifique équatorial.
L'anomalie de dynamique océanique, et le chauffage radiatif du au CO2, sont compensés par différents processus dans les bassins ouest et est : rétroaction nuageuse et évaporation équilibrent le chauffage de la « warm pool » ouest, pendant qu'une augmentation du refroidissement par transport de chaleur vertical refroidit le réchauffement de la langue froide à l'est.
L'augmentation du refroidissement par transport de chaleur vertical, provient d'une stratification thermique accrue près de la surface, en dépit d'une réduction de la vitesse verticale.
La réponse de stratification devient un caractère permanent à l'équilibre, potentiellement lié aux changements thermodynamiques et dynamiques dans le Pacifique équatorial.
En bref, les changements de dynamique océanique agissent pour réduire le chauffage net à l'est et augmenter celui de l'ouest.
Ceci explique pourquoi les modèles simulent une amplification du chauffage équatorial plutôt qu'un comportement El Niño, en réponse à l'affaiblissement de la circulation de Walker.
Pour conclure, les implications concernant la détection de ces signaux dans les observations actuelles sont discutées."
Ce que l'on peut en penser
La littérature compilée par le GIEC, montre que, contrairement à des rumeurs diverses, les modèles ne peuvent discerner une réponse claire de l'ENSO au réchauffement global.
Ce qui semble à peu près sûr c'est que ces modèles prévoient un affaiblissement de la circulation de Walker (indépendamment de ce qui se passe dans l'océan bien sûr).
Cette dernière étude indique que l'on n'assisterait pas à un renforcement de la tendance Niño, ce qui paraîtrait pourtant logique étant donné l'affaiblissement de la cellule de Walker, mais plutôt à un réchauffement généralisé du Pacifique équatorial avec une tendance Niño maîtrisée par un phénomène de refroidissement dans sa partie est.
Ce refroidissement serait du, lui-même, à l'accroissement du transport vertical de chaleur dans cette région.
Ce dernier point peut sembler, en première approche, paradoxal, puisque ce serait dans un contexte de stratification thermique augmentée.
En conséquence, et selon cette étude, il n'y aurait pas d'intensification des épisodes Niño dans un monde plus chaud.
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