Samedi 27 décembre 2008 6 27 /12 /Déc /2008 15:15

A lire cet article paru dans Nature


traduction rapide


"AGU 2008 : des évidences que l'Antarctique s'est réchauffé significativement depuis 50 ans.


L'étude, conduite par Eric Steig de l'université de Washington à Seattle, remet en question l'évidence existante qui montrait que l'ensemble du continent antarctique s'était refroidi au cours de la deuxième moitié du dernier siècle.


Steig et ses collègues ont combiné des mesures satellitaires IR et des mesures de stations météo de la région.

Bien que les mesures satellitaires n'aient lieu que depuis une plus courte période et qu'elles ne soient valables que par ciel clair, elles offrent une couverture bien plus complète du continent, ce qui ne peut être obtenu par des mesures au sol parcellaires.

Par contre les mesures météo couvrent  complètement la période analysée.


Utilisant un processus itératif de traitement des données, ils trouvent un réchauffement de l'Antarctique pour la période 1957-2006.

Se restreignant à la période 1969-2000, pour laquelle d'autres études ont trouvé un refroidissement net, l'étude de Steig trouve un léger refroidissement dans l'est du continent alors que l'ouest connaissait un réchauffement net.


En même temps que la mise en évidence d'un réchauffement sur une plus grande zone que précédemment estimé, les chercheurs ont découvert que ce réchauffement se produisait tout au long de l'année et était plus important en hiver et au printemps.

En contraste, le refroidissement à l'est était limité à l'automne.

Ils ont confirmé les trends en utilisant les relevés des stations météo automatiques indépendamment des données satellites.


Plus que tout, l'étude suggère que le réchauffement n'est pas limité à la péninsule antarctique.

Steig indique que leurs découvertes sont vérifiées par des résultats récents de David Bromwich du Byrd Polar Centre de l'université d'état de l'Ohio et par une étude par modèle climatique.


Les auteurs spéculent que ce trend de réchauffement peut être du à des mouvements de circulation couplés à des changements dans la banquise......."


L'étude complète de Steig sera éditée prochainement dans Nature.




En marge de cette étude, et pour l'illustrer, un document, qui la préfigure peut-être un peu, issu de earthobservatory.nasa.







Il figure le trend de température de l'Antarctique, mesuré par satellite de 1981 à 2007 et nous montre le « refroidissement » de l'Antarctique sous un tout autre jour.


PS: ce "réchauffement" de l'Antarctique n'est pas forcément incompatible avec la théorie du refroidissement stratosphérique induit par la déplétion en ozone dans cette région.

Voir cette étude de Gavin Schmidt en particulier.

Comme on peut le voir sur la représentation ci dessus, ce sont principalement les zones d'altitude très élevée (mise à part une zone côtière en bas de l'image) qui se refroidissent.

Je ne suis pas assez expert en physique atmosphérique, mais il me semble que la descente des géopotentiels devrait se faire sentir d'avantage en altitude.

Si quelqu'un a une idée à ce sujet, son commentaire sera le bienvenu.



edit du 28/12/2008 : ajouts des abstracts et de quelques liens supplémentaires



abstract de l'étude de Steig et Schneider dans AGU 2008-12-28



"Significant warming of continental West Antarctica in the last 50 years


AU: * Steig, E J
EM: steig@washington.edu
AF: University of Washington, Department of Earth and Space Sciences Box 351310, Seattle, WA 98195, United States
AU: Schneider, D P
EM: dschneid@ucar.edu
AF: National Center for Atmospheric Research, Climate and Global Dynamics Division P.O. Box 3000, Boulder, CO 80307, United States


AB: We use statistical climate field reconstruction techniques to determine monthly temperature anomalies for the near-surface of the Antarctic ice sheet since 1957. Two independent data sets are used to provide estimates of the spatial covariance patterns of temperature: automatic weather stations and thermal infrared satellite observations. Quality-controlled data from occupied instrumental weather stations are used to determine the amplitude of changes in those covariance patterns through time. We use a modified principal component analyses technique (Steig et al., in review, Nature) to optimize the combination of spatial and temporal information. Verification statistics obtained from subsets of the data demonstrate the resulting reconstructions represent improvements relative to climatological mean values. We find that significant warming has occurred over most of continental West Antarctica. This is an area much larger than previously reported; most studies have concluded that warming is limited to the Antarctic Peninsula. An updated version of the recent temperature reconstruction of Monaghan et al. (2008, JGR) independently confirms our results. Warming in continental West Antarctica in the last 50 years exceeds 0.1 °C/decade, and is strongest in Spring. A possible explanation is an increase in storms in the Amundsen-Bellinghausen sea, resulting in enhanced warm air fluxes to the continent. Increased storminess in this sector is associated with the positive phase of the zonal wave-3 pattern, which independent observations suggest has increased since the 1970s (Raphael, GRL, 2004). The substantial negative sea ice anomalies in the Amundsen-Bellinghausen sea may also play a role. Our results suggest that changes in the wave-3 pattern dominates over (possibly anthropogenic) changes in the Southern Annular Mode in explaining recent Antarctic temperature variability."


l'abstract de l'étude de Bromwich, Monaghan, Colwell


"Surface and Mid-tropospheric Climate Change in Antarctica


AU: * Bromwich, D H
EM: bromwich.1@osu.edu
AF: Byrd Polar Research Center, Ohio State University, 1090 Carmack Road, Columbus, OH 43210, United States
AU: Monaghan, A J
EM: monaghan@ucar,.edu
AF: Research Applications Laboratory, National Center for Atmospheric Research, P.O. Box 3000, Boulder, CO 80307, United States
AU: Colwell, S R
EM: src@bas.ac.uk
AF: British Antarctic Survey, High Cross, Madingley Road, Cambridge, CB3 0ET, United Kingdom


AB: Near-surface air temperatures and 500-hPa temperatures over Antarctica for 1960-2007 have been reconstructed over the entire continent using manned station observations and radiosonde records, respectively, from the READER database maintained by British Antarctic Survey. The 50-year trends found in our near-surface temperature reconstruction agree with recent work by others using a variety of spatial extrapolation techniques. It is found that the statistically significant Antarctic Peninsula near-surface warming on an annual basis has spread into West Antarctica reaching as far as east as the Pine Island Bay-Thwaites Glacier region. The warming is most marked in recent years with 2007 being the warmest year in the 1960- 2007 interval. In contrast to the western (eastern) Antarctic Peninsula warming which is maximized in winter (summer), the warming over West Antarctica is maximized in the spring (SON) and in that season statistically significant warming stretches across all of West Antarctica and into northern Victoria Land. Weak near- surface warming is found over East Antarctica and the continent as a whole on an annual basis although continental warming in the spring is statistically significant and driven largely by the strong and widespread changes in West Antarctica. The 1960-2007 500-hPa temperature reconstruction is compared to the changes described by Turner et al. (2005), who found strong winter warming in radiosonde records over Antarctica for 1971-2003 but noted greater uncertainty over West Antarctica where there are few observational constraints."


enfin une étude de Schneider et Steig concernant les relations entre  l'ENSO et l'Antarctique ouest révélées par l'étude des carottes glaciaires


"Ice cores record significant 1940s Antarctic warmth related to tropical climate variability

 


David P. Schneider

and Eric J. Steig


*Climate and Global Dynamics Division, National Center for Atmospheric Research, Boulder, CO 80307; and

‡Department of Earth and Space Sciences, Box 351310, University of Washington, Seattle, WA 98195

Edited by Richard M. Goody, Harvard University, Cambridge, MA, and approved June 30, 2008 (received for review April 15, 2008)


Abstract

Although the 20th Century warming of global climate is well known, climate change in the high-latitude Southern Hemisphere (SH), especially in the first half of the century, remains poorly documented. We present a composite of water stable isotope data from high-resolution ice cores from the West Antarctic Ice Sheet. This record, representative of West Antarctic surface temperature, shows extreme positive anomalies in the 1936-45 decade that are significant in the context of the background 20th Century warming trend. We interpret these anomalies-previously undocumented in the high-latitude SH-as indicative of strong teleconnections in part driven by the major 1939-42 El Niño. These anomalies are coherent with tropical sea-surface temperature, mean SH air temperature, and North Pacific sea-level pressure, underscoring the sensitivity of West Antarctica's climate, and potentially its ice sheet, to large-scale changes in the global climate."


on lira également ce lien, d'un abord plus facile, à ce sujet:


Il faudra cependant attendre la publication complète de toutes ces études pour avoir un peu plus de quantification.


Les trends semblent en effet varier considérablement d'une étude à l'autre et les zones dont il est question sont relativement peu précisées.(par exemple on passe de >0.1°C/décennie à 0.4°C/décennie pour les derniers 50 ans)

S'il y a confirmation, cela relancera sans doute le problème de la vulnérabilité de la WAIS dont l'implication en terme de niveau de la mer est potentiellement importante (jusqu'à 6m)


on suivra tout ça.


Par meteor - Publié dans : cryosphère - Voir les 4 commentaires
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Commentaires

"Encore de la désinformation"

En tous cas, de ta part, c'est de la désinformation.

Tu nous ressors à chaque fois la même découverte scientifique alarmiste mais réecrite par des journalistes différents... Si tu cherches bien, tu peux encore nous trouver d'autres articles de ce genre. Il en sort encore actuellement (et pas du 25/09). C'est à la mode en ce moment.... Le CO2 devient has-been.

Ca a été déjà commentée, ici ou ailleurs. Pas besoin de nous regurgiter les mêmes informations périmées. Tes interventions deviennent limite trolliennes... 
Commentaire n°1 posté par Le fils caché d'Al-Gore le 03/01/2009 à 10h16

Encore de la désinformation


Les hydrates de méthane commenceraient-ils à fondre ? - 25 septembre

Résumé :
Pour la première fois, une équipe de scientifiques aurait pu mesurer la libération d’importantes quantités d’hydrates de méthane dans différentes zones de l’Océan Arctique. Ce phénomène de relargage pourrait être le pendant marin de ce qui se passe déjà pour le permafrost terrestre. La principale hypothèse avancée pour expliquer la fonte de cristaux de méthane pourtant piégés au fond de la mer résiderait dans les apports grandissants d’eau douce en provenance des fleuves sibériens, sous l’effet de la fonte accélérée du permafrost.
Le méthane étant un gaz à effet de serre au PRG bien plus élevé que le CO2, ce phénomène, s’il était confirmé, pourrait s’avérer une très mauvaise surprise pour le climat.


1 article

La bombe méthane est amorcée
Louis-Gilles Francoeur
Édition du jeudi 25 septembre 2008

Pour la première fois, une équipe de scientifiques a pu noter et mesurer la libération de millions de tonnes d'hydrures de méthane, enfouies dans le permafrost sous-marin de l'Arctique, un phénomène que les théoriciens du climat appréhendaient parce qu'il pourrait rendre incontrôlable le réchauffement du climat par des apports de gaz à effet de serre inimaginables jusqu'ici.

La nouvelle a été publiée hier par le journal britannique The Independant à partir d'informations transmises par une équipe de chercheurs suédois en mission sur le navire de recherche russe, le Jacob Smirnitskyi.

Orjan Gustafsson, de l'Université de Stockholm, a écrit un courriel au journal britannique dans lequel il fait état de la découverte d'une vaste zone de libération de méthane sous-marin.

Jusqu'ici, les chercheurs avaient identifié des zones des océans arctiques où on trouvait d'inquiétantes concentrations de méthane dissous dans l'eau.

«Mais hier, a écrit Orjan Gustafsson, pour la première fois, nous avons identifié un champ de relargage où les émissions étaient si intenses que le méthane n'avait pas le temps de se dissoudre dans l'eau de mer et qu'il atteignait plutôt la surface en grosses bulles. Ces cheminées de méthane ont été localisées avec un écho-sondeur et avec des instruments de détection sismiques.»

À certains endroits, les concentrations atmosphériques dépassaient de plus de 100 fois les concentrations dites du «bruit de fond» naturel. Partout où les chercheurs en ont trouvé, soit plus particulièrement dans l'est de la mer de Sibérie et dans la mer Laptev, les zones de relargage couvraient non pas des dizaines, mais des milliers de kilomètres carrés.

Personne, ont précisé les chercheurs, ne peut dire, faute de relevés exhaustifs, quelle est actuellement l'importance de cette libération de méthane dans l'atmosphère terrestre, mais un scientifique russe, qui a étudié cette année le plateau sibérien et qui prépare un article scientifique pour l'Union géophysique américaine, Igor Semiletov, de l'Académie russe des sciences, a déclaré au journal britannique qu'il n'avait pas décelé de concentrations élevées de méthane dans les eaux de ces mers au cours de la dizaine d'expéditions qu'il y a faites depuis les années 1990.

Mais, a-t-il précisé, le nombre de points de relargage a été multiplié par cinq depuis 2003, ce que confirment les relevés de l'équipe suédoise sur le Jacob Smirnitskyi.

La communauté scientifique s'inquiète, d'autant plus de cette libération de méthane que ce gaz est de 20 à 22 fois plus actif comme gaz à effet de serre que le gaz carbonique. Or, les quantités de méthane stockées sous les fonds sous-marins de l'Arctique dépasseraient en importance la totalité du carbone contenu dans les réserves mondiales de charbon, le combustible fossile le plus abondant sur la planète jusqu'à présent.

Une bombe à retardement

Rejoint hier à ses bureaux de l'Institut des sciences de la mer de Rimouski, le professeur Émilien Pelletier, chimiste et écotoxicologue marin, voit dans ce phénomène «l'extension en milieu marin de ce qui se passe dans le permafrost terrestre». Si les constats des scientifiques suédois annoncent le début d'un dégel du permafrost sous-marin, dit-il, l'humanité doit s'attendre à une libération massive de gaz à effet de serre susceptible de lancer le climat dans un changement potentiellement irréversible.

Les hydrates de méthane, dit-il, sont présentes dans plusieurs grandes mers. Sous l'effet des eaux très froides et aux pressions inimaginables des grandes profondeurs, le fonds, le méthane s'y solidifie parfois sous forme d'énormes cristaux. Des sociétés commerciales cherchent même à exploiter ces combustibles stockés à grande profondeur.

Dans les mers arctiques, un autre phénomène semble se produire, dit-il, d'après les constats rapportés par The Independant.

Il y a «quelques» millions d'années, explique le professeur Pelletier, le continent arctique était émergé. À l'île d'Elsemere, on trouve d'ailleurs aujourd'hui une forêt ancienne totalement fossilisée, que fréquentaient sans doute des dinosaures. Puis survint la grande glaciation, la dernière, qui a gelé les sols de l'Arctique en profondeur au point qu'il n'a pas dégelé, même quand ce territoire a été de nouveau enseveli par la mer. La pression et le grand froid qui sévit dans ces eaux glacées -- souvent liquides même à quelques degrés sous notre point de congélation à cause de la salinité -- ont gardé étanche le fonds marin, agissant comme un couvercle de marmite sur le méthane présent dans le permafrost engendré par la dernière glaciation.

Pour le professeur Pelletier, les constats de l'équipe suédoise semblent indiquer que certaines zones des mers arctiques se perforent par endroits, créant des cheminées par où le méthane s'échappe vers la surface. Le phénomène n'est pas différent, dit-il, de ce qui se passe dans le permafrost terrestre, qui ne dégèle pas partout également.

Il suffit, ajoute Émilien Pelletier, d'un changement de quelques dixièmes de degrés centigrades pour amorcer le relarguage d'un gaz solidifié comme le méthane. Cette hausse pourrait s'expliquer par les apports croissant d'eau douce en provenance des rivières russes, une hypothèse avancée par les chercheurs suédois. Et toute cette eau, dit-il, résulte de la fonte accélérée du permafrost. Quant au méthane ainsi libéré, il va lui-même accélérer le réchauffement du climat, qui va faire fondre plus rapidement le reste du permafrost, ce qui pourrait enclencher une «réaction en boucle fatale» pour le climat, à laquelle s'ajoute l'impact sur la température de l'océan d'une calotte polaire de plus en plus petite.

Au fond, dit-il, ce qui se passe, c'est une extension -- jusqu'ici théorique -- du dégel du permafrost terrestre jusqu'aux milieux marins, ce que les modèles prévisionnels n'ont pas inclus dans leurs calculs. Les surprises, à son avis, pourraient s'avérer «potentiellement catastrophiques» en raison de la magnitude des apports supplémentaires en GES si le phénomène, marginal pour l'instant, devait s'étendre à la plupart du sous-sol marin des mers arctiques.

 

Commentaire n°2 posté par amourabi le 02/01/2009 à 21h24
Amourabi, cela a fait l’objet d’un article sur ce même blog.
Réponse de meteor le 03/01/2009 à 16h44

J'ai trouvé une publication qui me parait intéressante et je vous la joins.

 
Dossier : Climat   
    Système et facteurs climatiques
  Le théorie astronomique du climat
 
   
 
   

 

Issue de la théorie proposée en 1924 par le yougoslave Milankovitch, théorie qui explique les variations de l’ensoleillement des différentes régions sur Terre suite à l’évolution du mouvement de la Terre autour du Soleil.

L’alternance des époques glaciaires et interglaciaires qui se sont succédé sur les hautes latitudes de l’hémisphère nord (HN) depuis deux millions d’années est initiée par la combinaison des paramètres orbitaux qui définissent la position de la Terre dans l’espace par rapport au soleil. Une fois déclenchée, la construction (ou la fusion) de calottes de glace conduit à une diminution (ou une augmentation) des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, ce qui amplifie le refroidissement (ou le réchauffement) du climat.

Nous présentons ci-dessous la définition et l’évolution des différents paramètres orbitaux, dont les cycles et leur relation avec les glaciations ont été en particulier étudiés par Milankovitch. Afin d’appréhender, de façon simple, comment les situations deviennent, de façon cyclique, favorables à la construction (ou la diminution) des calottes glaciaires, nous nous baserons sur le raisonnement simplifié suivant : plus les étés sont chauds plus la situation est favorable à la fusion progressive d’une calotte sur l’H.N, lorsque celle-ci existe, car la fusion des glaces a lieu l’été. Inversement, plus les étés sont frais, plus la situation est favorable à l’installation ou à la croissance de la calotte (si celle-ci existe déjà). La réalité est plus subtile, mais ce mécanisme est majeur et permet d’appréhender comment les cycles, liés à l’influence des différentes planètes sur le mouvement de la Terre, vont conduire le ballet des glaciations durant le quaternaire.


Pourquoi, pour expliquer les glaciations, s’intéresse-t-on à l’ensoleillement de l’hémisphère nord et non pas à celui de l’hémisphère sud ?

Parce que, lors des périodes glaciaires/interglaciaires, peu de choses changent dans l’hémisphère sud, excepté l’extension de la banquise autour de l’Antarctique, mince pellicule de glace de 3 m d’épaisseur. La calotte antarctique, qui recouvre le continent antarctique centré sur le pôle sud, reste quasiment inchangée entre ces deux climats : elle persiste. Autour de ce continent, entre 60°S et 30°S, aucun grand continent n’existe pouvant servir de support à l’établissement d’une grande calotte glaciaire. Par contre dans l’hémisphère nord (HN) une ceinture de continents existe à ces latitudes en Amérique et en Eurasie. C’est donc dans ces régions que vont pouvoir se construire puis disparaître les grandes calottes glaciaires. Une fois établies dans l’hémisphère nord ces calottes glaciaires vont modifier le climat de la Terre dans son ensemble, refroidissant toute la planète, y compris l’hémisphère sud.



Les trois paramètres orbitaux
Trois paramètres indépendants caractérisent la position de la Terre par rapport au Soleil, et donc définissent l’énergie solaire reçue selon les différentes saisons. Chacun de ces paramètres varie au cours du temps avec des périodes indépendantes; leur conjonction va rendre plus ou moins favorable la construction (ou disparition) des calottes glaciaires de l’hémisphère nord.

  • l’excentricité, «e», qui caractérise la forme de l’orbite décrite par la Terre en un an autour du Soleil, orbite qui n’est pas circulaire mais elliptique et dont le soleil occupe l’un des foyers (voir la figure Théorie astronomique du climat/excentricité).

    La distance Terre-Soleil , qui est en moyenne de 149 millions de km, varie donc au cours de l’année, la Terre passant tous les 6 mois au périhélie (point le plus près du soleil) puis à l’aphélie, (point le plus loin). L’écart entre ces deux distances est fixé par l’excentricité. Si celle-ci est nulle, l’ellipse devient un cercle; si elle est de 0,015 (valeur proche de la valeur actuelle) la distance Terre-Soleil varie de 3% (2 fois l’excentricité) entre la position la plus proche et la position la plus éloignée. L’énergie solaire qui parvient à la Terre (1367 w/m2 en moyenne au cours de l’année) varie alors de 6% (4 fois l’excentricité) passant de 1408 W/m2 au point le plus proche à 1326 W/m2 au point le plus éloigné.

    Cette excentricité évolue au cours du temps avec comme principales périodes 412 800 ans et un ensemble de périodes proches de 100 000 ans (voir la figure Théorie astronomique du climat/excentricité). Par exemple, lors de la précédente période interglaciaire, il y a 128 000 ans, l’excentricité était proche de 4%, (l’ellipse s’éloignait plus d’un cercle qu’à l’époque actuelle) et l’énergie reçue par la Terre entre le périhélie et l’aphélie variait d’environ 16%.
  • l’inclinaison (actuellement proche de 23°) de l’axe de rotation de la Terre sur l’écliptique, plan dans lequel se déplace la Terre autour du Soleil au cours de l’année (voir la figure Théorie astronomique du climat/inclinaison).

    La Terre tourne en 24 heures autour de cet axe. La direction de cet axe est facilement matérialisable car, lorsqu’on regarde la voûte céleste la nuit, une étoile située dessus doit rester immobile au cours des 24 heures de rotation de la Terre : c’est actuellement le cas de l’étoile polaire. Cette direction ne bouge quasiment pas au cours de l’année (l’étoile polaire reste l’étoile fixe sur la voûte céleste). L’inclinaison de cet axe est responsable de l’existence des saisons : pas de saisons si l’inclinaison est nulle, et plus l’axe est incliné, plus l’écart est fort entre l’été et l’hiver. La position de cet axe oscille entre 21° et 24,5°, avec une période principale de 41 000 ans. Plus l’axe est incliné, plus les étés sont chauds, en particulier aux hautes latitudes où les jours sont longs. Inversement, moins il est incliné, plus les étés sont frais. Par exemple, passer d’une inclinaison de 21 à 24,5° entraîne en été à la latitude de 70° une augmentation de l’insolation de Exsin(70-21) à Exsin(70-24,5) soit 5,6% avec E, énergie solaire incidente.

    Ceci conduit, environ tous les 20 000 ans, soit à une situation favorable à la fusion de calottes glaciaires aux hautes latitudes de l’H.N. (inclinaison forte, étés chauds) soit à une situation favorable à la croissance des calottes (inclinaison faible, été frais). Mais ce paramètre n’est pas le seul à influer sur l’établissement des époques glaciaires / interglaciaires : l’influence de la précession est au moins aussi importante.
  • la précession de l’axe de rotation de la Terre (voir la figure Théorie astronomique du climat/précession)

    Tout en gardant son inclinaison proche de 23° au cours des milliers d‘années, l’axe de rotation précesse autour de l’axe de l’écliptique (il décrit un cône) avec un cycle de l’ordre de 22 000 ans (en fait les principales périodes de précession sont proches de 19 000 et 23 000 ans). La conséquence de cette précession est que le solstice d’été dans un hémisphère donné (moment où l’hémisphère reçoit le maximum de chaleur), aura lieu alternativement tous les 11 000 ans soit au périhélie (c’est-à-dire près du Soleil), soit à l’aphélie (loin du soleil). Donc, dans cet hémisphère, les étés seront tous les 11 000 ans soit plus chauds soit plus frais, l’écart d’énergie reçue étant fixé par l’excentricité de l’ellipse (soit 4xe, voir 1er paragraphe).
    Si la Terre décrivait un cercle autour du Soleil (e = 0), la distance Terre-Soleil étant alors constante, la précession n’aurait alors aucune influence sur les saisons. Ceci conduit tous les 11 000 ans, soit à une situation favorable à la fusion de calottes glaciaires aux hautes latitudes de l’H.N. (étés chauds) soit à une situation favorable à la croissance de ces calottes (été frais).
    On caractérise l’évolution de cette situation par la distance Terre-Soleil au 21 juin (solstice d’été de l’hémisphère nord), représenté sur la figure Théorie astronomique du climat/précession. Ainsi, il y a 11 000 ans dans l’hémisphère nord, nous recevions en été 6% de plus d’énergie solaire qu’à l’heure actuelle. Inversement, en hiver il y a 11 000 ans, nous recevions 6% de moins d’énergie solaire qu’à l’heure actuelle.

La combinaison des deux paramètres (distance Terre-Soleil le 21 juin et inclinaison de l’axe de rotation de la Terre) vont conduire à des situations plus ou moins favorables à la dynamique des calottes dans les hautes latitudes de l’hémisphère nord. Cette dynamique est enregistrée dans l’évolution du niveau marin dont la baisse caractérise le volume des glaces stockées dans les calottes glaciaires. On constate que les enregistrements des niveaux marins dans les sédiments océaniques sur les deux derniers millions d’années présentent bien les 3 périodes clés (19 et 23 000, 41 000 et 100 000 ans) des trois paramètres astronomiques décrits ci-dessus (voir la figure Variation des paramètres orbitaux de la Terre). Ce fait a été la première confirmation éclatante de la validité de la théorie astronomique du climat. La combinaison de l’ensemble des fréquences conduit à l’émergence en moyenne environ tous les 100 000 ans d’un interglaciaire marqué suivant une glaciation importante. De la même manière, en moyenne, les périodes interglaciaires (dont les durées peuvent s’étendre de quelques milliers d’années à plusieurs dizaines de milliers d’années, selon la conjoncture astronomique) durent en moyenne une dizaine de milliers d’années.

 

Quelques exemples

Comparaison entre les deux derniers interglaciaires

Inclinaison, excentricité et précession se sont combinées de façon particulièrement favorables pour conduire il y a 128 000 ans à l’avant dernière grande déglaciation (position de la Terre en été de l’H.N. proche du Soleil et forte inclinaison de l’axe de rotation, atteignant 24,2°). Une conjonction semblable, favorable à la déglaciation, a eu lieu il y a 11 000 ans avec la distance Terre-Soleil faible en été H.N. et une forte inclinaison (24,2°), qui a conduit à l’établissement de l’interglaciaire actuel. Cependant, l’excentricité ayant été plus forte il y a 128 000 ans qu’il y a 11 000 ans, le précédent interglaciaire a connu des étés plus chauds que l’actuel, ce qui s’est traduit par une température moyenne plus élevée (une estimation d’environ 2 degrés semble plausible) ainsi qu’un niveau des mers plus haut de quelques mètres (une estimation d’environ 2 mètres semble également plausible).

Depuis le précédent interglaciaire (centré sur environ 125 000 ans) les situations qui, à chaque cycle de précession, correspondaient à une distance Terre-Soleil faible en été (H.N.), n’ont pas été renforcées par une forte inclinaison : il y a 100 000 ans (position B sur la figure Théorie astronomique du climat/précession), l’inclinaison était particulièrement faible et n’a conduit qu’à un interstade chaud où le niveau des mers est resté d’environ 16 mètres plus bas que le niveau actuel.


L’interglaciaire actuel
Il y a 11 000 ans , dans l’HN, la Terre se trouvait le plus proche du soleil en été (configuration étés chauds, hivers froids). Actuellement au cours de l’année (voir la figure Marche des saisons), c’est en été (de HN) que la Terre se trouve le plus éloigné du soleil (configuration étés frais, hivers doux). Ceci peut être mis en relation avec le fait qu’au cours des dix mille dernières années, les hautes latitudes de l’hémisphère nord se sont progressivement refroidies : le pergélisol initialement restreint aux très hautes latitudes a progressé vers le sud. Une telle situation prépare l’établissement d’une couverture neigeuse permanente aux hautes latitudes de l’hémisphère nord, prémisse à la prochaine glaciation. C’est ce qui limite en général la durée d’un interglaciaire à une dizaine de milliers d’années. Cependant dans le cas actuel….


Le futur ?
Dans le cas actuel, l’excentricité de l’ellipse étant particulièrement faible, alors que l’inclinaison est loin d’être à son minimum, la situation est peu favorable au retour d’une glaciation; de plus, cette situation va évoluer progressivement à l’établissement d’étés de plus en plus chauds en H.N. (diminution de la distance Terre-Soleil en juin, au cours des prochains milliers d’années (voir la figure Théorie astronomique du climat/précession). Tout indique l’absence de construction d’une calotte dans les prochains siècles, prochains millénaires, mais à nouveau un réchauffement naturel des étés de l’H.N. Que nous enseigne le passé ? Cette configuration astronomique est rare au cours des dernières centaines de milliers d’années (faible excentricité) mais s’est produite il y a environ 400 000 ans (stade isotopique 11), où l’interglaciaire a été particulièrement long (environ 30 000 ans). A cette époque, le balancier des 11 000 ans a peu joué, et le nouveau cycle de 22 000 ans s’est établi alors que le niveau des mers était encore élevé. Bien que la reconstitution du climat de cette époque soit encore difficile, les données actuelles suggèrent un état plus chaud que la moyenne des interglaciaires (cela semble être la seule époque où l’on ait trouvé des pollens de vigne sauvage dans le Vercors), et un niveau des mers plus élevé (une dizaine de mètres ?).


Article rédigé par :
Marie-Antoinette Mélières
Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement
(Grenoble)

 



© CNRS Contact : Sagascience@cnrs-dir.fr site CNRS : http://www.cnrs.fr

Commentaire n°3 posté par amourabi le 30/12/2008 à 15h59
euh je n'ai pas reçu la publication en question...

ah ben si elle est apparue

merci
Réponse de meteor le 30/12/2008 à 17h34
Eh bien, voici une étude aux conclusions plutôt étonnantes. Loin de moi l'idée de remettre en cause cette étude -je n'aurais de toute manière pas le bagage scientifique pour le faire-, mais n'y aurait-il pas une erreur dans la carte du réchauffement de l'Antarctique ? Un trend de +0.5° à +1.0° / décennie sur d'aussi larges portions du continent, cela me paraît assez énorme pour un coninent dont on pensait qu'il était en train de se refroidir légèrement !
Commentaire n°4 posté par TreizeVents le 27/12/2008 à 18h19
Il faut lire le texte qui accompagne la carte en question dans le lien de l'Earth Observatory.
Il y a de grandes incertitudes sur les mesures de température absolue (température de peau) mais on peut supposer aussi que les gens de la NASA n'ont pas mis cette carte sur leur site, sans un minimum de vérifications.
L'étude citée ainsi que d'autres (citées également) confirmerait au moins les ordres de grandeur c'est à dire le fait que l'Antarctique, globalement, se réchaufferait.
Je signale d'autre part, que pour la péninsule, l'augmentation sur 50 ans est de 2.8°C, soit 0.056°C/an.
La carte ne contredit pas cette tendance pour la péninsule.

Réponse de meteor le 27/12/2008 à 18h45

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