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photo NASA en fausses couleurs: alentours du glacier Jakobshavn sur la côte ouest du Groenland
Encore deux études, parues récemment dans GEOPHYSICAL RESEARCH LETTERS,
confirmant l'accélération de la perte de glace de l'inlandsis groenlandais.
Cet article fait suite à un article précédent, paru sur climat-evolution, il y a un an environ.
Voici le résumé de la première:
GEOPHYSICAL RESEARCH LETTERS, VOL. 35, L20502, doi:10.1029/2008GL035417, 2008
Mass balance of the Greenland ice sheet from 1958 to 2007
E. Rignot: Department of Earth System Science, University of California, Irvine, California, USA Jet Propulsion Laboratory, California Institute of Technology, Pasadena, California, USA
J. E. Box: Byrd Polar Research Center, Ohio State University, Columbus, Ohio, USA
E. Burgess: Department of Geography, University of Utah, Salt Lake City, Utah, USA
E. Hanna: Department of Geography, University of Sheffield, Sheffield, UK
Received 21 July 2008; accepted 22 September 2008; published 22 October 2008.
Nous combinons des estimations de balance massique de surface (SMB) de la calotte groenlandaise entre 1958 et 2007 avec les mesures de la variabilité temporelle de la décharge de glace (vélage), D, pour déduire le budget massique total.(total ice sheet mass balance = TISMB)
Pendant cette période, nous trouvons une corrélation robuste (R2 = 0.83) entre les anomalies de SMB et de D, que nous utilisons pour reconstruire des séries continues de TISMB total.
Nous trouvons que la calotte perdait 110+-70 Gt/an dans les années 60, 30+-50Gt/an dans les années 70 et 80 et 97+-47 Gt/an en 1996 augmentant rapidement à 267+-38 Gt /an en 2007.
Les variations pluriannuelles de D, elles-mêmes liées aux variations de SMB, ont un effet sur le TISMB supérieur de 60+-20% à l'effet lié aux variations de SMB et dominent donc le budget massique de la calotte groenlandaise.
notas:
le SMB, surface mass balance, est le bilan massique à la surface.
Il est égal aux précipitations, moins l'évaporation, moins la neige éliminée par le vent, moins l'eau de fonte éliminée de la calotte (run-off), moins la sublimation.
le "ice discharge" est la glace qui s'écoule des glaciers de la calotte, dans l'océan, sous forme d'icebergs.
Il est à noter que le TISMB flirte maintenant avec les 300 Gt/an, selon cette étude.
résumé de la deuxième étude:
GEOPHYSICAL RESEARCH LETTERS, VOL. 35, L20501, doi:10.1029/2008GL034816, 2008
GRACE observes small-scale mass loss in Greenland
B. Wouters: Delft Institute of Earth Observation and Space Systems, Delft University of Technology, Delft, Netherlands
D. Chambers: Center for Space Research, University of Texas at Austin, Austin, Texas, USA
E. J. O. Schrama :Delft Institute of Earth Observation and Space Systems, Delft University of Technology, Delft, Netherlands
Received 28 May 2008; accepted 8 September 2008; published 16 October 2008.
Utilisant les données gravitaires, mesurées par satellites (GRACE), entre février 2003 et janvier 2008, nous examinons les changements de distribution de masse à l'échelle régionale.
Pendant cette période, la perte de masse moyenne du Groenland a été de 179+-25Gt/an, équivalente à une augmentation du niveau de la mer de 0.5+-0.1mm/an.
Le taux de pertes augmente avec le temps, suggérant une accélération de la perte de masse pendant l'été.
Les plus grandes pertes se sont produites le long des côtes sud-est et nord-ouest pendant les étés 2005 et 2007, alors que la calotte a perdu 279 Gt et 328 Gt de glace en 2 mois.
En 2007, une forte perte de glace est observée pendant l'été à des altitudes de plus de 2000 m, pour la première fois depuis le début des observations.
Cette étude, bien qu'utilisant une autre technique que la précédente, fournit des résultats assez proches.
A savoir une accélération de la perte de masse de la calotte groenlandaise au cours de ces toutes dernières années.
PS: ci dessous, une représentation possible de l'évolution de la perte de masse de la calotte groenlandaise.
un changement de pente est visible entre 2004 et 2006.
à prendre, cependant, avec des pincettes.
EDIT:
ci-dessous un petit schéma tout simple, paru dans le New York Times en janvier 2008, qui résume bien les grands traits des mécanismes impliqués.
je ne peux m'emêcher de vous faire part de
l'articlehttp://www.crikey.com.au/Business/20081001-Keane-There-is-no-evidence-for-a-human-induced-credit-crisis.html
magnifique satire du "scepticisme" climatologique, ou de l'art de faire dire n'importe quoi à des chiffres...
Quasi-exponentielle pour des raisons mécaniques, les glaciers côtiers constituant des verrous, empêchant le gros de l'inlandsis de se précipiter dans l'océan."
Bonjour,
De récentes études parues dans Science montrent que ce seraient les courants marins anormalement chauds ( + vents et anomalies des T° associés) qui ont accélérés la fonte de la banquise et des glaciers artiques ces 2 dernières années, et non le RCA...
De plus, si "les glaciers côtiers constituent des verrous", tu concidéres que l'inlandsis est sur une sorte de tapis roulant qui glisse tranquillement vers la mer.. Or qu'est-ce qui te fait dire que celà est le cas ? Le planché continental du groenland est propablement aussi sinueux que des "vallées" avec de profondes dépressions et donc les glaciers ne peuvent pas TOUS glissés sur un plan incliné.
Tout çà pour dire que mise a part les bordures, tout l'inlandsis ne va pas etre engloutis dans les eaux, surtout si la fonte actuelle vient d'un phénomène naturelle et cyclique, les courants marins.
Dans le schéma que j'ai ajouté dans l'article, le réchauffement des eaux (pas forcément provenant des courants chauds dont on parle) a fait sauté des "bouchons" marins, accélérant ainsi la vitesse des glaciers côtiers.
On peut peut-être ausi subodorer qu'une banquise plus faible en 2007 puisse avoir une action sur l'inlandsis.
D'ailleurs, au sujet de ces courants chauds ou des circonstances atmosphériques cycliques ou non, régnant sur la zone, il n'est pas exclu que leur intensité soit, plus ou moins, liée au RCA.
Mais cela demanderait d'autres études car, à priori, on n'en sait rien.
Ceci dit, je n'ai pas attribué, dans cet article, la perte de masse à une cause quelconque.
On ne fait que constater ou calculer au travers de ces deux études.
Je ne m'avancerai pas sur le relief sub-glaciaire du Groenland ni sur une étude de la mécanique de la chose.
Certaines zones centrales du Groenland sont à 300 m sous le niveau de la mer donc c'est un drôle de plan incliné.
Néanmoins, il faut bien avoir en tête que la pression qui s'exerce verticalement dans le gros de l'inlandsis, a tendance à faire fluer la masse de glace horizontalement du centre vers la périphérie.
La force de fluage est équilibrée par les forces de frottement de la glace sur le socle rocheux et sur la glace elle-même.
Ces forces de frottement, elles-mêmes, dépendent du poids qui s'exerce, de la "viscosité" de l'interface, de la rugosité du socle, du coeff de frottement des différentes couches de glace entr'elles.
Bon, concernant la rugosité du socle, je crains bien que des centaines de milliers d'années de fluage, en aient eu raison (voir les vallées glaciaires chez nous, par exemple).
N'oublions pas non plus que c'est l'ensemble de la masse qui flue, à des vitesses cependant différentes.
En conséquence, des couches de glace peuvent glisser (surtout en étant aidées par l'eau de fonte) l'une sur l'autre, et là on peut trouver de vrais plans inclinés.
Ce n'est pas pour rien que des essais de modélisation numérique sont réalisés actuellement pour essayer de décrire et prévoir ces mécanismes.
Ce phénomène de fluage est permanent.
Il permet au Groenland d'évacuer une bonne partie des 30 cm de précipitations (estimé d'après hwkf) qui tombent annuellement, enfin dans la partie suffisamment haute pour que la neige ne fonde quasiment pas en été.
C'est d'ailleurs ce phénomène qui permet au Groenland, dans sa partie centrale la plus haute, de ne pas mesurer 0.2m/an * 1000000 années (si on considère que la calotte est présente depuis 1 Ma), soit 200 km de haut.(0.2m basés très grossièrement sur l'étude de Rignot)
Il n'est pas idiot de penser que ce fluage puisse augmenter si on diminue la force verticale en périphérie et/ou si on diminue la viscosité de l'interface (par injection d'eau de fonte par exemple) et on peut concevoir que:
baisse de poids en périphérie ==> plus de fluage ==> baisse de poids et ainsi de suite.
Ce serait donc un phénomène qui contiendrait sa propre rétroaction positive et l'équilibre de la masse de glace serait donc, plus ou moins, instable.
Mais je ne me fait que l'interprète de ceux qui craignent une accélération quasi-exponentielle, ce qui ne veut pas dire que j'ai les moyens de confirmer ou d'infirmer.
En me basant sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Groenland, 300GT de glace cela fait environ 300G m3 de glace, avec une superficie de 2 166 086 Km2 cela représente une perte homogène de 13.8 cm... c'est finalement pas énorme par rapport à l'épaisseur des glaciers non ?
Surtout que la précipitation moyenne annuelle est de 600mm.
Mais la perte de glace est certainement localisée sur la région cotière ce qui est bien sur différent.
Bonne continuation pour ce blog très intéressant.
A Nuuk d'accord, mais pour l'ensemble du Groenland...
Les 300Gt de perte tiennent compte, de toute façon, des précipitations.
C'est le bilan net, égal à gains moins pertes.
Sûr que pour le moment, l'inlandsis groenlandais, dans sa partie centrale, n'est pas menacé.
Au rythme actuel, il faudrait 14000 ans pour le voir disparaître complètement.
Ce qui est intéressant, c'est le suivi de l'évolution.
En particulier le suivi de l'influence du "ice discharge" qui semble prendre une importance de plus en plus grande par rapport à la fonte proprement dite.
C'est une hypothèse d'accélération quasi-exponentielle de ce "ice discharge", ayant pour conséquence une hausse bp plus brutale du niveau de la mer, qui est envisagée par certains.
Quasi-exponentielle pour des raisons mécaniques, les glaciers côtiers constituant des verrous, empêchant le gros de l'inlandsis de se précipiter dans l'océan.
A suivre donc.