Mardi 29 avril 2008

 

 

Le fait que cette période de réchauffement climatique paraisse, au premier abord, interrompue depuis quelques années, peut dérouter même les plus acquis à la thèse du réchauffement anthropique.

 

Les fluctuations que nous constatons, pas seulement à court terme (mois, année), pourraient, cependant masquer l'évolution long terme, nous faisant ainsi "oublier" certaines bonnes résolutions de modération énergétique.

 


C'est cet article récent de la NASA qui a attiré mon attention.

 

résumé traduit:

 

 

 

"Un phénomène climatique de grande ampleur, dans le Pacifique, fait persister la Niña actuelle.

 

 


 

Boosté par l'influence d'un plus vaste phénomène climatique dans le Pacifique, une des plus fortes Niña depuis de nombreuses années, commence actuellement à s'affaiblir, mais recouvre encore l'océan Pacifique près de l'équateur...

La représentation des niveaux de l'océan montre que la Niña se produit dans le contexte du début de la phase froide de la Pacific Decadal Oscillation (PDO) .


La PDO est une oscillation à long terme dans le Pacifique qui alterne ses phases froides et chaudes tous les 5 (?) à 20 ans.

Dans la phase froide, des hauteurs de niveau océanique  plus élevées, venant d'eaux plus chaudes, forment une structure en  "fer à cheval" qui connecte le nord, l'ouest et le sud du Pacifique, alors qu'une zone plus froide, et de hauteur de niveau plus bassse, se situe au mileu de ce fer à cheval.

Pendant les années 80 et 90 nous étions en phase chaude durant lesquelles les comportements des régions indiquées étaient inversés.
 .....


Cette tendance froide sur plusieurs années peut intensifier les Niña et diminuer les Niño.

La persistance  de ce comportement de grande échelle, nous dit qu'il y a bien plus qu'un évènement Niña isolé " dit Bill Patzert, un océanographe et climatologiste du NASA JPL Pasadena...

Le changement dans la PDO, aura des implications pour le climat global étant donnée l'étendue  concernée.

Cela peut affecter l'activité cyclonique atlantique et Pacifique, les sécheresses et les inondations autour du bassin Pacifique, les écosystèmes marins et les températures terrestres.
 
Les allées et venues des El Niño, La Niña, et de la PDO, font partie (?) du plus long changement, en cours, du climat, dit Josh Willis, océanographe et scientifique du climat au JPL.

L'augmentation du niveau de la mer et le réchauffement global, dus à l'augmentation des gaz à effet de serre, peuvent être fortement affectés par de grands phénomènes naturels, tels la PDO et l'ENSO.

En fait, dit Willis, ces phénomènes naturels peuvent quelquefois cacher le réchauffement global du aux activités humaines.

Ou ils peuvent avoir l'effet inverse en l'accentuant...

Jason 2 est prévu être lancé en juin prochain et étendra la durée de mesures de Jason 1 et de Topex/Poseidon, sur les deux prochaines décennies...."

 


ci-dessous, extraite de ce lien, une représentation des caractéristiques de circulation atmosphérique et de SST sur le Pacifique, pendant les phases froide et chaude de la PDO.

 

 


 

 

 

 

Nous allons maintenant essayer de déterminer l'influence réelle de la PDO.


 

 

reconstruction des températures et projections

 

 

Dans l'article sur l'inertie thermique, nous avions vu, qu'actuellement, et étant donnée la forte inertie thermique estimée dans les océans de l'hémisphère sud, la hauteur d'eau équivalente corroborant l'augmentation de température globale, était de l'ordre de 450m.

Je rappelle que le "modèle" utilisait les données de Levitus, l'évolution du forçage selon NASA-GISS (de 1880 à 2003) , ainsi que l'évolution des températures selon NOAA.

On aboutissait ainsi à une sensibilité climatique estimée à 0.75°C/(W/m2).

Bien entendu, cette reconstruction ne tenait pas compte des derniers résultats des balises ARGO, signalés dans l'article "le mystère de la chaleur manquante".

Les simulations, concernant l'après 2003, dans le présent article,sont effectuées en tenant compte d'une augmentation de forçage radiatif de 0.03W/m2.an, ce qui correspond, grosso modo, à une augmentation annuelle de la teneur en CO2 d'un peu plus de 2 ppm.

 

voici tout d'abord le graphique rassemblant l'indice PDO et l'anomalie globale NOAA.

 

 

puis la courbe de corrélation entre les deux séries

 

 

 

La corrélation est très mauvaise.

Cet indice est toutefois corrigé du trend global d'augmentation des SST, ce qui,étant donnés les ordres de grandeur respectifs, ne modifie que légèrement une tendance éventuelle.

 

voici d'ailleurs la définition de cet indice, telle qu'elle apparaît dans la base de données:

 

 

"Updated standardized values for the PDO index, derived as the leading PC of monthly SST anomalies in the North Pacific Ocean, poleward of 20N. The monthly mean global average SST anomalies are removed to separate this pattern of variability from any "global warming" signal that may be present in the data."

 

 

voici ce que donne la reconstruction des températures avec les paramètres rappelés plus haut suivie de la corrélation entre cette reconstruction et l'anomalie globale NOAA.

 

 

 

 

 

la corrélation entre les deux séries est très bonne.

Il semble qu'il y ait une bonne cohérence entre toutes les séries de données utilisées.

 

Le signal PDO est maintenant ajouté en utilisant différents coefficients d'atténuation.

Le meilleur coefficient d'atténuation est déterminé par le meilleur coefficient de corrélation entre l'anomalie globale et la reconstruction.

On aboutit à un coefficient d'atténuation très faible de 0.05.

 

 


 


 

 

Ce résultat, un peu surprenant, étant donné ce qui est dit dans l'article NASA, nous mène à une amplitude maximale de signal PDO, sur l'anomalie globale, de 0.2°C environ.

 

La comparaison des reconstructions et de l'anomalie NOAA, ci-dessous, montre que la reconstruction avec PDO, reproduit l'anomalie avec d'avantage de réalisme, notamment la stagnation/baisse des températures, à partir des années 45-50.

 

 

 

 

Par contre la baisse des températures de 1900 à 1910 est très faible avec les reconstructions (avec ou sans PDO), comparée aux séries de données climatologiques, en l'occurrence, ici, de la NOAA.

L'influence d'autres oscillations climatiques, ENSO, AMO, AO, NAO,... serait sans doute à prendre en compte, mais la combinaison de toutes ces oscillations climatiques déborde largement des capacités de calcul utilisées ici.

 

Afin de prévoir l'influence future de la PDO, on peut se livrer à une petite simulation, à prendre pour ce qu'elle est, c'est-à-dire une  grosse approximation.

 

On utilise pour cela un signal sinusoïdal, sensé reproduire le signal PDO.

 

 

 

 

Il est évident, au regard de ce graphique, que l'oscillation PDO est loin d'être régulière.

Par exemple, la phase froide entre 1900 et 1920, est en fait une phase neutre.

Il en est de même de la fréquence du signal et de son amplitude.

 

 

La période actuelle semble entrer avec retard en phase froide et nous ne sommes pas du tout certains que cette dernière ne sera pas une phase neutre, comme au début du 20ème siècle.

 

Néanmoins, il peut être intéressant de pousser un peu la simulation.

 

ci-dessous une projection d'un futur possible, où l'on voit bien l'oscillation PDO qui accélère ou ralentit le réchauffement.

 

 

 

 

Il peut être intéressant également de mettre en évidence l'influence de la PDO sur la tendance décennale calculée par régression linéaire sur des périodes de 30 ans.

 

 

 

 

Si cette simulation se réalisait, la tendance devrait continuer à ralentir jusqu'en 2020-2025 jusqu'à 0.13°C/décennie puis accélérer à 0.3°C/décennie jusqu'en 2045-2050.

Puis à nouveau ralentir,....puis à nouveau accélérer, et ainsi de suite.

 

Il faut avoir conscience qu'il ne s'agit que d'un exercice destiné à montrer l'influence d'une oscillation climatique, dont on connaît mal l'amplitude et dont on n'est pas sûr qu'elle ne peut être modifiée avec l'évolution à long terme.

 

Disons que cela permettra peut-être d'aider à comprendre notre situation actuelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par meteor publié dans : mécanismes climatiques commentaires (3)   
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Commentaires

C'est pas une corrélation avec l'index PDO qu'il faudrait faire mais avec son intégrale.
Il faut imaginer la PDO comme une source de chaleur ou de froid. Quand on allume la source, la température change progressivement, en intégrant le flux dans le temps.

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"Le fait que cette période de réchauffement climatique paraisse, au premier abord, interrompue depuis quelques années, peut dérouter même les plus acquis à la thèse du réchauffement anthropique."

Il aurait fallu écrire "peut dérouter même les MOINS acquis à la thèse ...", ce aurait été plus proche de la réalité.
commentaire n° : 1 posté par : miniTAX le: 30/04/2008 11:50:24
Je ne suis pas trop d'accord.
On ne peut considérer un phénomène tel la PDO ou l'ENSO comme une source de chaleur que s'il s'agit d'un phénomène diabatique.
Ce n'est pas parce qu'il y a un phénomène de bascule entre des eaux chaudes et des eaux froides, qu'il y a forcémement échange de chaleur.
Il y a bien sûr une part de diabatisme, mais à mon sens, elle n'est pas facile à déterminer, sans moyens de calculs et de filtration statistique puissants.

Je complète.
Intégrer un signal n'a guère de sens, si on ne tient pas compte de l'inertie thermique du système.
Pour tout de même "intégrer", comme tu dis, il faudrait connaître le forçage thermique global associé à l'évènement, et le passer à la moulinette du "modèle".
Si on se contente d'intégrer sur une période variable, que l'on peut faire varier, il peut être intéressant d'effectuer des corrélations avec le signal global, afin de déterminer la meilleure période d'intégration.
Ceci dit, il faut auparavant extraire les autres forçages.
Pas évident, mais ce serait à regarder.

réponse de : meteor (site web) le: 30/04/2008 12:32:37
Voici par exemple ce que ça donne en intégrant l'ENSO:
http://pichuile.free.fr/images/enso_integrated1.png
commentaire n° : 2 posté par : miniTAX le: 30/04/2008 11:54:22
"Ce n'est pas parce qu'il y a un phénomène de bascule entre des eaux chaudes et des eaux froides, qu'il y a forcémement échange de chaleur."

Il n'y a pourtant rien de controversé à ça: les tenants même du réchauffement anthropique utilisent ces fluctuations océaniques pour "expliquer" les variations de température de ces dernières années, comme par exemple le pic de 1998 ou le refroidissement depuis 2002. Toi-même as expliqué sur ce blog que la chute de température en 2007 a été due à la Nina donc il te sera difficile d'affirmer maintenant qu'il n'y "pas forcément échange de chaleur".

D'ailleurs, la théorie du RCA nous dit que même si on stabilisait les GES et donc le forçage, le réchauffement devrait se poursuivre pendant x années. Pourquoi le forçage par les GES serait intégré et non le forçage (interne) par les oscillations océaniques?

La couche thermocline des océans stocke 90% de la chaleur par rapport à l'atmosphère. Nier que les oscillations océaniques constituent un forçage interne, surtout compte tenu de la parfaite coïncidence entre les régimes atmosphériques et océaniques sur ces 100 dernières années, c'est refuser de voir l'éléphant dans le couloir.

Parce que à part les oscillations océaniques, rangée commodément dans la case "variations naturelles" par les tenants du RCA, que leur reste-t-il pour expliquer le refroidissement depuis 6 ans ?
- Le soleil ? Même pas puisque seul le TSI a été pris en compte par le GIEC dans les forçages et ses variations sont considérés comme négligeables
- Les aérosols ? Même pas puisqu'il n'y a pas eu de grosses éruptions depuis 17 ans et l'épaisseur optique n'a jamais été aussi faible depuis (cf par ex. http://www.giss.nasa.gov/research/features/temptracker/mishchenko_aerosol_532.gif )
- Les GES ? Même pas parce qu'il aurait fallu que ça baisse, or la hausse des émissions humaines est passé de moins de 1%/an avant 2000 à plus de 3%/an depuis.

L'ironie dans tout ça, c'est l'explication de Willis :
"ces phénomènes naturels peuvent quelquefois cacher le réchauffement global du aux activités humaines" !
Si ça peut "cacher" le RCA, ça voudrait dire que celui-ci ne serait pas majoritaire, non ? (à moins que ce ne soit majoritaire seulement quand ça chauffe, pas quand ça refroidit, lol). Ce n'est pas exactement le discours du GIEC.
commentaire n° : 3 posté par : miniTAX le: 30/04/2008 14:54:36
"Il n'y a pourtant rien de controversé à ça: les tenants même du réchauffement anthropique utilisent ces fluctuations océaniques pour "expliquer" les variations de température de ces dernières années, comme par exemple le pic de 1998 ou le refroidissement depuis 2002. Toi-même as expliqué sur ce blog que la chute de température en 2007 a été due à la Nina donc il te sera difficile d'affirmer maintenant qu'il n'y "pas forcément échange de chaleur".

Attention , je ne dis pas qu'il n'y a pas du tout d'échange de chaleur, il y en a un.
Je dis par contre que tout n'est pas échange, loin de là et, à mon avis, bien sûr.

Lorsque l'on considère l'ENSO.
Il y a un phénomène de bascule qui, en phase Nino repousse l'eau froide en profondeur et permet aux eaux chaudes accumulées, pendant la phase Nina, de se répandre sur tout le Pacifique équatorial.
Et inversement lorsqu'on est en Nina.
Les masses d'eau ne se mélangent pas ou très peu.
Par contre je suis d'accord, il y a des variations de forçages radiatifs et convectifs.
Mais rien que le fait que les SST d'une zone de superficie de l'ordre de 20 à 30Mkm2 changent fortement (pas loin de 1 à 2 °C tout de même!), fait changer l'anomalie globale océanique et globale tout court.
Si tu considères par ex une anomalie de 0°C pour tous les océans hors zone Pacifique équatorial, l'impact de 1.5°C aussi par exemple sur 25 Mkm2 est de 1.5*25/325 = 0.12°C sur l'océan global.
Bon c'est un peu élevé, c'est pour fixer les idées et la zone en question n'est peut-être pas si grande mais c'est pas loin du chiffre que j'avais trouvé dans l'article sur la Nina.(0.08°C de mémoire).
Un info intéressante vient aussi du décalage entre les variations de l'ENSO et les variations d'anomalie.
S'il y a décalage, il y a sûrement échange.
Et il y a un peu de décalage, généralement.
Lorsque tu regardes l'impact du gros Nino de 1998 il est de 0.2°C, je crois, sur le global cette fois.
Trenberth disait que pour ce gros Nino il devait y avoir une part diabatique, c'est à dire d'échange de chaleur.
Pour ce Nino là il y avait un gros retard dans la phase de descente de température globale (pas loin de 6 mois).
En fait, on pourrait avoir une approche de cette part en faisant la part directe des SST dans le global qui serait comparée à l'anomalie trouvée et en tenant compte du décalage.
Mais il faudrait faire le bilan complet avec le bilan radiatif, donc on est pas sorti de l'auberge.
C'est pourquoi, je ne considère que la part directe et donc pas l'adiabatique, car je ne sais pas faire, mais je ne pense pas faire une très grosse erreur.

Bon je sais pas si je suis clair.

"L'ironie dans tout ça, c'est l'explication de Willis : "ces phénomènes naturels peuvent quelquefois cacher le réchauffement global du aux activités humaines" ! Si ça peut "cacher" le RCA, ça voudrait dire que celui-ci ne serait pas majoritaire, non ? (à moins que ce ne soit majoritaire seulement quand ça chauffe, pas quand ça refroidit, lol)"

pour Willis, l'oscillation climatique naturelle, la PDO, en l'occurrence, est forte.
Bon perso je trouve une amplitude de 0.2°C, raisonnable, entre un mini et un maxi, sur pas loin de 25 ans donc.
Si tu considères une part, appelons-là anthropique, de 0.15°C/décennie, dans la phase montante de la PDO on a (0.15°C*2.5+0.2°C)/2.5 = 0.23°C/décennie tandis que dans la phase descendante on a (0.2*2.5-0.2)/2.5 = 0.07°C/décennie.
C'est ce que j'ai fait figurer dans le dernier graphique de l'article.
Bon c'est ce que j'ai trouvé et je ne vais pas me montrer présomptueux sur mes compétences (ce n'est qu'un blog), mais si la force est plus grande, bien sûr, j'ai tout faux.
Ce qui voudrait donc dire que le forçage anthropique est plus faible que ce que l'on croît.
Je vais pas en faire une maladie.
J'ai passé ce cap, lol.


réponse de : meteor (site web) le: 30/04/2008 18:55:18

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