Le célèbre chercheur de la NASA, James Hansen, vient de commettre un article, qui, soyons en sûrs, risque de faire quelque bruit.
De quoi s'agit-il?
(voir EDIT du 17/04/2008)
La précédente cible, concernant la teneur en CO2 à ne pas dépasser pour éviter des conséquences dangereuses pour l'humanité, était, selon Hansen, de 450ppm.
Cela correspondait à une augmentation de température de 1°C par rapport à 2000 et 1.7°C par rapport à l'époque préindustrielle.
Cette cible était basée d'une part, sur une sensibilité climatique de 3°C (pour un doublement du CO2) et d'autre part, sur des conséquences jugées dangereuses ( à mon sens à juste titre) par Hansen.
La nouvelle cible, basée sur une nouvelle valeur de sensibilité climatique de 6°C, est maintenant de 350ppm, soit inférieure à la teneur actuelle égale à 385ppm.
Je compléterai cet article au fur et à mesure de sa lecture, mais je traduis un des premiers paragraphes, assez signifiant, à mon sens.
"...Les données paléoclimatiques et le changement global en cours, indiquent que les processus lents de rétroaction, non pris en compte par les modèles, tels la désintégration des inlandsis, les migrations de végétation, les GES largués par les sols, la tundra et les sédiments océaniques, peuvent commencer à jouer un rôle à des échelles de temps de l'ordre de quelques siècles ou moins.
Des changements en cours rapides, et le fait que la Terre n'est pas en équilibre énergétique, impliquant que du réchauffement est dans le pipeline, ajoutent l'urgence à l'investigation sur les niveaux dangereux de GES...."
EDIT du 12/04/08
époque du Pléistocène
Nous allons essayer de comprendre le cheminement par lequel Hansen passe d'une sensiblité de 3 à 6°C.
extrait article Hansen
"Atmospheric composition and surface properties in the late Pleistocene are known well enough for accurate assessment of the fast-feedback (Charney) climate sensitivity. We first compare the pre-industrial Holocene with the last glacial maximum [LGM, 20 ky BP (before present)]. .......
........This empirical fast-feedback climate sensitivity allows water vapor, clouds, aerosols, sea ice, and all other fast feedbacks that exist in the real world to respond naturally to global climate change."
traduction approchée:
"Cette époque est bien connue pour permettre de calculer avec précision la sensibilité Charney.
On peut comparer le LGM (dernier maximum glaciaire) avec la période préindustrielle de l'Holocène, 2 périodes en équilibre thermique (à 1W/m2 près).
Le forçage radiatif au LGM du aux rétroactions lentes en période glaciaire, telles l'augmentation de la surface des glaces, la distribution, modifiée, de la végétation et l'exposition des plateaux continentaux, était de -3.5+-1 W/m2 relative à l'Holocène.
Les effets additionnels des GES (CO2, CH4,N2O) étaient de -3+-0.5W/m2.
Le forçage global orbital était inférieur à 1W/m2 donc négligeable.
La variation, estimée, de la température globale étant de 5+-1°C cela nous mène à une sensibilité de 0.75+-0.25 °C par W/m2 ou une sensibilité Charney de 3+-1°C pour les 4 W/m2 de doublement de CO2.
Cette sensibilité "rapide" (au sens où elle fait intervenir les forçages rapides) empirique comprend la rétroaction vapeur d'eau, au sens large (vapeur, nuages, gradient), les aérosols, la glace de mer (banquise) et toutes les autres rétroactions rapides qui existent dans le monde réel."
voici mon commentaire à ce sujet:
Ce premier paragraphe décrit un calcul de sensibilité auquel les personnes qui naviguent de temps à autre autour de ces problèmes, sont habituées.
On peut cependant s'étonner de l'assimilation des rétroactions lentes à des forçages radiatifs.
En tous cas si on s'en réfère à la définition du forçage radiatif, qui fait intervenir la notion d'irradiance externe nette TOA.
L'albédo des glaces et les changements de végétation ne sont pas, jusqu'à maintenant, à considérer comme des forçages radiatifs externes, même s'ils sont exprimables en irradiance nette TOA.
La logique voudrait que l'on ne considère que les forçages externes, à savoir la variation d'insolation globale, que l'on prendra égale à -0.5W/m2, et les GES, soit -3W/m2.
Le paramètre de sensibilité climatique (PSC) devrait être de:
-5°C/-3.5W/m2 = 1.43°C.m2/W
La sensibilité climatique, en cas de doublement, et si on prend le chiffre d'Hansen (un peu fort par rapport à la formule 5.3Ln2=3.67W/m2), de 4W/m2de RF pour 2XCO2, devrait donc être de:
1.43°C.m2/W*4W/m2 = 5.72°C arrondis à 6°C.
Le système climatique n'évolue cependant pas de façon linéaire entre les deux états très stables que sont le "earth snowball" ( Terre boule de neige) et le "hot house climate".
Ce dernier étant un état climatique dit "de serre", très chaud, sans aucune glace.
Calculer une sensibilité climatique dans un état donné (par exemple le climat des âges glaciaires) ne peut, a priori, être pertinent pour estimer la sensibilité dans un autre état (par exemple l'actuel).
En conséquence il est assez normal de considérer que les rétroactions lentes d'une période glaciaire sont à éliminer du calcul d'une sensibilité hors période glaciaire.
Ceci revient donc à tenir compte du "forçage radiatif" de ces rétroactions lentes au dénominateur de l'équation plus haut et donc à diviser la sensibilité par 2.
On peut donc, un tout petit peu mieux, comprendre pourquoi Hansen parle ensuite d'une sensibilité de 6°C pendant le Pléistocène.
On peut le comprendre en ayant toutefois en tête que tous les "forçages" hormi le forçage initial, sont des rétroactions de ce même forçage initial.
Cette sensibilité qui est établie, répétons le, en tenant compte d'une période particulière, n'a cependant pas de raison d'être utilisée pour la période actuelle, sans démonstration.
Nous verrons un peu plus tard la suite de l'article d'Hansen.
EDIT du 17/04/08
Cénozoïque
La période du Cénozoïque concerne les dernières 65 millions d'années.
Le proxy utilisé pour étudier les températures de cette époque est principalement le δ18O des foraminifères benthiques.
La courbe du δ18O au cours des 65 Ma, présente un saut brutal vers 34 Ma.
Ce saut correspond à l'entrée en glaciation de l'Antarctique (voir fig 3 dans article).
Les variations de δ18O dépendent de la température du fond des océans (Tdo).
En effet la précipitation du carbonate dans les tests des forams dépend de la température de l'eau ambiante.
Elles dépendent également de la formation d'inlandsis qui piègent le 16O et font augmenter la teneur en 18O dans l'océan.(l'évaporation de 16O est favorisée par rapport à celle du 18O)
C'est la raison pour laquelle il y a 2 équations distinctes de 65 à 34 Ma (monde sans glace) et de 34 Ma à maintenant (monde avec glace).
Pour passer de Tdo à la température de surface (Ts), Hansen considère (en s'appuyant sur des études dont on verra les réf dans l'article) que les variations de température au fond et en surface sont les mêmes pendant les périodes sans glace, alors que les variations de Ts sont 1.5 fois Tdo pendant les périodes glaciaires.
En utilisant la sensibilité rapide et en soustrayant les forçages lents ainsi qu'en utilisant les données paléo disponibles concernant le CO2, il démontre que:
- la sensibilité long terme, entre un interglaciaire actuel et un monde sans glace, est de 6°C, égale donc à la sensibilité entre cet interglaciaire et un maxi glaciaire.
- la teneur en CO2, où les premières glaces apparaissent, est de 425ppm.
Anthropocène
Hansen insiste sur le fait que ce qui est dans le pipeline, compte tenu de la sensibilité de 6°C, est de 2°C actuellement.
Il nous fait quelques généralités sur les seuils climatiques et sur les points de non-retour, mais rien de précis sur ce qui nous attendrait.
Dire que les dynamiques de certains phénomènes, ne sont pas linéaires,... oui,d'accord, mais avec ça on est guère avancé.
Il énumère ensuite un certain nombre d'observations et d'évolutions qu'il attribue entièrement au forçage anthropique.
Concernant la chaleur piégée dans les océans, il cite une étude de Levitus concernant l'évolution jusqu'en 2003, mais il se garde bien de citer les derniers résultats des capteurs ARGO sur la dernière période.(voir article sur le mystère de la chaleur manquante)
Ce n'est pas correct.
Bon la suite n'est ni enthousiasmante ni très nouvelle.
Simplement les projections qu'il fait sur les possibilités de réduction des émissions futures de CO2 ( en supprimant le charbon avec CO2 non sequestré) et sur les possibilités de réduction du CO2 atmosphérique (biochar, reforestation, captage physico-chimique...) me semblent relever d'une certaine candeur.
Bref, cet article, finalement, me laisse le goût un peu amer d'une "fuite en avant" de l'ami Hansen, ayant pour but de presser les décideurs, concernant l'utilisation du charbon.
On peut comprendre, d'un certain côté, en espérant toutefois, que l'on ne torde pas trop la science ni les observations pour parvenir à ses fins.
Là, ce ne serait pas honnête, et ce ne serait franchement pas mieux que l'attitude de certains sceptiques.
Ce genre d'article scientifico-politique me fait, sans doute à tort, douter un peu.
"Our current analysis suggests that humanity must aim for an even lower level of
GHGs.Paleoclimate data and ongoing global changes indicate that ‘slow’ climate feedback processes not included in most climate models,
such as ice sheet disintegration, vegetation migration, and GHG release from soils, tundra or ocean sediments, may begin to come into play on time scales as short as
centuries or less (7)."
Donc il ne s'agit pas de millénaires mais plutôt de siècles, ou moins.
Enfin c'est comme ça que je comprends les choses, mais il n'en reste pas moins que je ne comprends pas les calculs d'Hansen concernant les périodes glaciaires, faisant passer la sensibilité de 3
à 6°C.
Le passage des ice-sheet de forcing à feedback est bizarrement justifié.
valikor